L'appel de Nemesis

L'ébauche des premiers chapitres du tome 1

Chapitre 1

Call of NEMESIS

 

De Thomas Carnicer ©Copyright 2005

 

 

L'appel de nemesis


Chapitre 1 : L'ordinaire d'un ado commun

 

 

 

 

 

 

Il pleuvait. Les gouttes de pluie se mêlaient aux larmes qui coulaient le long de mes joues. Les éclairs illuminaient le ciel noir et obscur de la nuit, laissant paraître des corps tout autour de moi, baignant dans des flaques d'eau et de sang entremêlées. Ils étaient morts. Tous. J'étais le seul survivant de je ne savais quel massacre. Je me trouvais à bout de force, trempé, à genoux dans l'herbe humide, dans ce qui semblait être une plaine entourée, à en juger par les ombres, par deux collines opposées. J'avais mal. On n'entendait que le son de la pluie tombante, dont la monotonie était rompue de temps à autre par le tonnerre grondant. J'avais si mal. De grosses gouttes s'abattaient sur ma tête, sur les corps, leurs armures, leurs armes, et sur le sol devenu boue. Tenant dans ma main gauche le manche de l'énorme poignard qui me transperçait le ventre, je le retirai, dans un dernier effort. Je contemplai, sans trop savoir pourquoi, l'instrument immaculé de sang. La lame principale d'une quinzaine de centimètre était à double tranchant. Large au départ, elle s'affinait rapidement, formant avec le manche une courbe rappelant celle d'un sabre japonais. Elle présentait en son intérieur une sorte d'encoche en forme de trapèze présentant deux énormes crochets. Sans doute pour mieux trancher les gorges et éventrer. Sur le manche violet finement travaillé était gravé un symbole. J'avais toutes les peines du monde à le distinguer, tant ma fatigue brouillait ma vue. Je ne voyais plus du manche que la seconde lame, plus petite, telle un S, qui protégeait la main du porteur… D'épuisement, je lâchai l'objet qui alla s'écraser lourdement sur l'herbe, éclaboussant ma jambe gauche.

La douleur disparaissait, petit à petit. Mes forces me quittaient. Tout taché de sang, de mon sang, je m 'écroulai, lâchant un dernier soupir.

 

 

 

 

Couvert de sueurs, assis dans mon lit, je me tenais la tête dans les mains. J'avais mis environ un quart d'heure à me rappeler ce rêve. Il avait été si réel… Je n'en avais jamais fait de la sorte. Bien sûr, il m'arrivait, comme tout le monde, de faire des rêves réalistes, où on ressent des choses, et où on observe beaucoup de détails, mais celui-là m'avait particulièrement marqué. Je me serais presque cru dans « Freddy : les griffes de la nuit », vivant je ne sais quel cauchemar, mais cette fois-ci pour de vrai. Autant dire que c'était flippant.

La chaîne hi-fi meuglait les débilités quotidiennes des animateurs radio. Je pris la télécommande et mis un cd, histoire de me changer les idées. Après tout, ce n'avait été qu'un rêve stupide. Sans doute était-ce le fruit de mon subconscient qui voulait dire à mon conscient une chose que j'avais refoulé. Je ris, seul dans ma chambre, m'asseyant sur le bord du lit.

« Non seulement tu es débile, mais t'es aussi cinglé » pensai-je.

Cela avait été la fin d'une semaine chaude et ensoleillée. Je lâchai un soupir.

 Dernier jour avant le week end, ce n'était pas le moment de se rendormir, il fallait aller au lycée. Nous étions au début du mois d'octobre. Mon préféré.

_ Et merde, dis-je, dans un second soupir, en me levant.

J'avais le temps de me préparer. Il était sept heures du mat', et je devais partir à huit heures moins dix. J'habitais relativement près du lycée, ce qui ne m'empêchait pas d'être quelques fois à la bourre.

La musique que j'avais mise était décidément beaucoup mieux que les voix stridentes de certains blaireaux, sois disant intellectuels.

C'était le « Best of B.B.King », du blues à l'état pur. C'était tout à fait le genre de musique grâce auxquelles je me perdais dans mes pensées. Le sourire aux lèvres, je songeai donc, sans réellement comprendre pourquoi, aux bars miteux que l'on trouve habituellement dans les vieux films policiers. Je m'imaginais entrer dans un de ces bars, pestant contre la fumée ambiante de cigarette, et commandant un double scotch au barman.

Je me retrouvai dans la salle de bain, une grande glace en face de moi. Je pouvais y voir une partie du couloir et l'entrée de ma chambre, se situant juste à côté. J'y observai le regard de mon reflet. Brun, les yeux marrons, je n'étais pas gros, pas maigre, ni trop musclé. Le visage plutôt rond, c'était le genre à passer inaperçu, car banal. Mon style vestimentaire était du gothique pour les pompes, au skate pour le reste. Je n'aimais pas ce type là, en face de moi. Comment pouvait-on l'aimer, d'ailleurs? C'était un gars moyen. Les autres ne faisaient même pas attention à lui. Ce n'était qu'un fantôme, une ombre. Il avait –j'avais- cependant des qualités, du moins je l'espérais. J'essayais de mon mieux de faire attention aux autres, de les préserver de quoi que se soit. Je pouvais me dire qu'au fond, j'étais un gars sympa. C'était tout ce que je pouvais me dire pour me remonter le moral.

Ça avait été une de ses semaines pourries, où la seule chose de bien pour moi dans la journée était de me coucher chaque soir. Durant cette semaine, des contrôles durs, des gens désagréables et des filles qui m'ignoraient totalement. Ce dernier point était devenu une habitude, étant donné que la popularité m'allait aussi bien que la compassion à un officier SS devant un juif, c'est dire.

Je sortis de la douche, pris une serviette et quittai la pièce, sans me raser. Je savais que pour plaire aux filles, il me fallait soigner mon apparence, mais vu mon succès très relatif, voire nul, je n'en voyais pas l'utilité. Une fois séché, je m'habillai en repensant à la dague, si étrange, que j'avais vu cette nuit. Je regardais l'heure en enfilant un pull.

_ 7 heures 51… Putain, j'suis en retard.

 

 

 

 

Après dix minutes de marche, j'arrivai au portail « sud » du lycée, assailli comme à son habitude par une myriade d'élèves. Je n'aimais pas arriver au lycée. Je ressentais une sorte de malaise lorsque j'approchais de ces inconnus; chacun, chaque groupe se trouvant peut être en train de me regarder, de me juger, de se moquer de moi. J'assimilais cette sensation à de l'égocentrisme pur et dur. Je savais qu'en réalité, personne ne faisait attention à moi. J'étais du genre à me fondre dans la masse, sans me faire remarquer, mais sans chercher à disparaître pour autant. Je les voyais, les autres, à rigoler et discuter ensemble.

Je me rapprochais peu à peu de ma classe. J'observais avec envie ceux qui serraient tendrement leurs petites amies, ceux qui chahutaient avec des filles, qui les amusaient…

« C'est dingue, pensai-je, de se sentir seul lorsqu'il y a plein de monde autour de soit. Ils ont l'air si heureux…Si seulement je pouvais me dire qu'un jour je serai comme eux. »

Je me dis qu'il n'y avait pas de raison que ça ne m'arrive pas un jour.

« Ne l'ai-je pas assez mérité ? Pourquoi il ne se passerait jamais rien pour moi, alors que les autres ont tellement ? »

Penser ça m'énervait, car c'était aussi égoïste que stupide. Comme s'il fallait l'avoir mérité, comme s'ils l'avaient tous mérité, que tout ce qui arrive est ce qu'on mérite. C'était idiot de penser ça. Je n'étais pas non plus à plaindre, et je le savais. Il me manquait juste un peu d'affection, mais j'y repensais à chaque arrivée en cours.

« Il y a certainement d'autres personnes dans mon cas, songeai-je, voire dans une situation pire que la mienne; ce ne serait pas difficile. Je n'ai pas le droit de m'apitoyer sur mon  sort.»

C'était pourtant devenu, depuis un certain temps, une de mes spécialités.

Ce lycée était quand même sympa. Il avait une architecture basique, pour un lycée, mais il était bien équipé question matériel scolaire, profs, filles. Un complexe sportif, inauguré il y a de ça quelques années, incorporait un terrain de football honorable, une salle de gymnastique, de handball, d'arts martiaux et même une assez grande piscine. Il m'arrivait de m'y promener, lorsque l'endroit était désert. Au détour d'un couloir, j'aperçus ma classe encore en train d'attendre le prof d'histoire.

« Ouf, je ne suis pas trop à la bourre cette fois ! »

Comme à leurs habitudes, les gars de l'équipe de rugby monopolisaient l'attention générale. Les « beaux gosses » comme les appelaient la plupart des filles de la classe. Ils étaient sept, représentant une moitié de l'équipe de rugby du lycée, la fierté de la ville. Ils avaient écrasé tout le monde pendant les trophées régionaux et avaient réalisé le rêve du proviseur en gagnant quarante-sept à treize en finale contre « les Goliaths », remportant « la coupe des champions. »  Depuis ce jour, ils étaient les héros du lycée. On ne leur refusait rien, et ils le savaient. La classe quant à elle n'était pas plus fantastique que ça. Les poufs faisaient de la lèche aux rugbymen, les intellos restaient entre eux, les rugbymen eux-mêmes se prenaient pour des dieux vivants… Elles étaient tous fans de ces gars-là, que je ne pouvais pas saquer. Toutes, sauf, bien sûr, les intellos et elle. Je posais mon regard sur la seule fille de la classe à valoir la peine qu'on s'y intéresse. Elle était là, adossée au mur, seule, à côté de la porte de la salle. Ses cheveux noirs détachés tombaient sur son joli décolleté, regardant de ses yeux bleus autour d'elle,  le regard perdu au loin. Un corps véritablement magnifique; une personnalité et un caractère vraiment à elle. L'approcher était une de mes ambitions tenues vigoureusement secrètes. Mais je ne lui avais jamais parlé, de peur de me faire jeter.

« Elle est vraiment… Enfin… Elle l'est. »

Vu qu'elle avait déjà rembarré un certain nombre de gars dans la classe, je n'avais pas trop de quoi être rassuré. En ce qui concernait les filles, je n'étais jamais vraiment à l'aise. Il valait donc mieux passer son chemin, ce que je faisais depuis le début de l'année, courageux que j'étais. Je fus interrompu dans mes pensés par une voix, derrière moi.

_Ben alors, tête de bite, tu fous quoi à rêvasser, tu penses à ta mère ?

_Non, à la tienne, abruti! rétorquai-je, du tac au tac en souriant.

C'était Yann. Yann était plutôt sympa. Blondinet, mal coiffé, avec des pare-brise en guise de lunettes et très petit en plus de ça. Il n'était pas du genre à ameuter les filles. Je le surnommais des noms de chacun des sept nains, suivant les humeurs du jour et son état de santé. Il supportait sans broncher le traitement que je lui infligeais, sûrement du fait que j'étais son seul ami dans la classe. Les autres ne l'aimaient pas beaucoup. C'était plutôt compréhensible, le manque de tact étant pour lui un sport, plus qu'un défaut, ce lui avait valut de mémorables embrouilles. Mais les autres lui fichaient la paix la plupart du temps, notamment quand ils voulaient qu'il leur donne un coup de main en sciences. Malgré la sympathie que j'avais pour lui, il fallait admettre que c'était un boulet toujours dans mes pattes. Tout en discutant avec lui, je ne pouvais m'empêcher de penser :

« Pourquoi est-ce qu'il se met devant Tania, ce con ? Il ne peut pas me laisser la vue, non?»

Je faisais des efforts pour apercevoir Tania, sans me faire remarquer. Elle faisait partie des gens de la classe que je n'approcherais jamais de toute l'année, elle, les rugbymen et leurs groupies. A part Yann, il ne restait alors que peu de gens cautionnant le fait de me parler, surtout depuis le jour où les rugbymen m'avaient désigné comme souffre-douleur.

 

 

 

 

La journée se déroula sans trop d'encombres, si ce n'était les habituelles vannes que me balançaient les « dieux du stade » avec, à leur tête, David.

David n'était pas le capitaine, mais un membre de l'équipe qui semblait m'avoir dans le collimateur. C'était lui qui me prenait le plus souvent pour cible. Ces potes, qui étaient aussi débiles que lui, suivaient alors joyeusement. Dans ma chambre, le soir même, je songeai à ce type. Blond, les yeux verts, fin et musclé, il attirait beaucoup de filles. C'était sans doute dû à son sens inné de la psychologie féminine.

_ Qu'est-ce que tu t'en fous de leur conversation, c'est quand même au lit qu'elles sont les plus utiles ! me disait-il, tout content, cette après midi.

 « Quel con, celui-là. »

Comment des filles pouvaient sortir avec ce gars ? Sans doute qu'elles ne se rendaient pas compte ou alors qu'elles s'en foutaient, simplement. Je devais être quelque par jaloux de son succès.

« Comment ce mec peut sortir avec presque toutes les filles qu'il veut, alors que moi, je lutte comme un malade pour en trouver une seule ? »

Cela devait faire partie des secrets de mère nature. Elles étaient toutes à ses pieds.

« Toutes ? …Non. »

La pensée de Tania me venait à l'esprit. Elle, elle valait la peine qu'on s'y intéresse. Je savais qu'il ne fallait pas que je pense à elle. Je savais que si je pensais trop à elle, je me ferais des films du genre :

_Oh, Tom ! Tu es si beau ! Comment ne m'en suis-je pas rendue compte avant ?

Ou, plus vraisemblablement :

_Ecoutes, Thomas, ça fait un certain temps que je voudrais te demander un truc… En fait, dès le début de l'année, je craque pour toi… Enfin bref, ça te dirais si on sortait ensemble, toi et moi ?

Et après, je m'imaginerais sortir avec elle, devant les yeux éberlués des autres… Elle serait évidemment comme je l'imagine, avec les mêmes références cinématographiques et les mêmes habitudes que moi. On se complèterait à merveille, finissant la phrase que l'autre commence…

Vu que je commençais réellement à imaginer ce genre de possibilité, je décidai de changer rapidement de sujet de réflexion.  

« Le week end... Enfin. »

Je regardais la télé au dessus de la chaîne hi-fi, éteinte, repensant au rêve de la veille. Je ne comprenais pas pourquoi il m'avait préoccupé toute la journée, pourquoi j'avais besoin de me persuader que ce n'était pas réel. J'avais déjà eus ce genre de sentiment à propos d'un rêve, la sensation de déjà-vu, de revoir quelque chose, alors qu'on ne l'a jamais vraiment vécu. C'était le cas lorsque je refaisais un rêve sans me souvenir que je l'avais déjà fait.

«  Tout le monde à dû faire ça un jour ou l'autre. Pas de quoi faire une histoire. »

De toute manière, il n'y avait rien qui m'obsédait plus que Tania.

« Rien à faire, je peux pas penser à autre chose ! » songeai-je en soupirant.

Le pire était sans doute le fait d'envisager une probabilité selon laquelle il y aurait une alternative où une hypothèse disant qu'il serait possible d'imaginer que, dans un futur indéterminé, je pourrais peut être songer à l'éventualité de sortir avec Tania. C'était pourtant impossible.

« Et si… ? »

Je détestais cette question là. C'était la porte ouverte à l'espoir et dans ce cas, l'espoir était bien le meilleur chemin sur la route de la déception.

« D'un autre côté… si tu n'avais pas simplet dans les pattes à longueur de temps, ni David et sa bande de morveux qui passait son temps à te ridiculiser…. »

Et puis quoi encore ? Je ne pouvais remettre constamment la faute sur les autres.

« C'est vrai ! T'es moche, c'est de ta faute ! »

J'avais vraiment l'impression par moments de me dédoubler, ou d'avoir, à l'image des cartoons, le diable et l'ange me soufflant des conseils à l'oreille.

Il arrivait tout de même que je sois d'accord avec moi-même, ce qui n'était pas peu dire. C'était le cas pour David. Je me demandais souvent si la seule solution pour qu'il me foute la paix n'était pas de lui en retourner une. D'un autre côté, je savais peut être me battre, mais je n'étais sûrement pas capable d'affronter la moitié d'une équipe de rugby à moi tout seul. J'étais persuadé qu'à la minute où mon poing atteindrait son visage, ils débouleraient tous sur moi comme les petites vielles sur les pulls durant les soldes. Ou peut être avais-je tout simplement peur de me battre ? Comment savoir ?

« Pourquoi me poser tous ces problèmes ? Ce ne sont que des sarcasmes la plupart du temps. Seulement, le jour où il faudra me battre contre lui… Il est quand même plus grand et fort que moi, mais… »

Je fus stoppé dans mes méditations philosophiques par l'arrivée de mes parents que j'entendis depuis ma chambre à l'étage.

_ Coucou ! On est là ! crièrent-ils, depuis l'entré en claquant la porte.

« Ils me gavent à claquer la porte ceux-là ! »

En réalité, je ne savais pas pour quelle raison leur arrivée m'avait mis de mauvaise humeur, mais je savais que je l'étais désormais.

Traînant des pieds, je descendis l'escalier qui menait au salon. Mes parents étaient dans l'entrée en train d'enlever leurs manteaux.

_Alors, ça va ? La journée c'est bien passée ? Me demanda ma mère, la tête dans la penderie pour y poser sa parka.

_Ouais, c'était une journée sympa !

Je mentais. Ce n'était pas une journée sympa.

 « Et alors, quelle importance ? »

Je fis mine de rien devant mes parents. Après tout, c'était une journée si ordinaire. La monotonie était une maladie grave selon moi, qui touchait tous ceux qui n'étaient pas capable de faire quelque chose de leurs vies.

Un des premiers symptômes était l'ennui, ensuite venait l'indifférence. Celle qui nous fait rester impassible devant les atrocités du journal télévisé, quand le journaliste parle des attentats du jour, pour enchaîner sur le même ton, devant les spectateurs légumés, avec les résultats sportifs ou la météo…

C'était ce qu'il me manquait, je crois. Une vie qui ait un sens. Je savais ce sentiment étrange et inapproprié pour quelqu'un d'aussi jeune. D'un autre côté, je redoutais par dessus tout de ne pas être capable de donner un sens à ma vie. Mais comment pouvais-je m'échapper de ce « comme d'hab' » que je pouvais placer dans chacune des phrases qui décrivaient mes journées?

« Tania. »

La pensée de cette alternative me fit sourire bêtement. Après le dîner, j'évitai le film du soir et montai dans ma chambre. Ces pensées étaient difficiles à déterminer. C'était comme si, au fond de moi…

« Je ne sais pas… »

Je faisais les cent pas dans ma chambre, en prenant soin d'éviter à chaque passage la chaise de mon bureau. La musique me servait de bruit de fond et camouflait le son de mes pas. Je ne voulais pas que mes parents entendent que je marchais dans la chambre. Je ne voulais pas qu'ils se demandent ce que je faisais. Ma chambre devait rester mon jardin secret, coupé du reste de la maison. Tout le monde possède un refuge. Cette pièce était le mien.

La vison de l'emploi du temps punaisé au mur me rappela le lycée.

« A coup sûr, je ne vais pas voir passer le week end ».

Ce n'était pas loin de la vérité. Entre les jeux vidéo, les devoirs, les jeux vidéo, les corvées, les jeux vidéo…

« J'ai vraiment pas eu le temps de souffler, moi ! » me dis-je, le dimanche soir.




24/11/2006
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Chapitre 2

Chapitre 2 : Un invité de marque

 

 




La pluie tombait. Les gouttes de pluies s'écrasaient sur les corps. Je connaissais ce lieu. Je l'avais déjà vu.
Je m'observais, à genoux dans l'herbe humide, retirant le poignard violet de mon ventre. Tout semblait être comme figée. Seule la pluie continuait de s'écraser sur le sol.
« Qu'est ce que... ? »
Un doux vent soufflait dans mes cheveux. Je pouvais sentir l'odeur caractéristique du sol mouillé et de l'air humide, celle que l'on sent juste avant et juste après la pluie. Sauf que celle-ci continuait de s'abattre. J'avais les vêtements que j'avais porté la journée.
« Où est l'appareil photo ? »
Je ne savais pas où j'allais chercher cet humour douteux, mais j'avais raison sur ce point : j'étais en train de visiter mon rêve. J'étais debout, juste à côté de celui que j'avais été l'autre nuit.
Alors que j'approchais d'un des corps pour voir à quoi il ressemblait, j'entendis une chanson, celle de Green Day…
Je me rendis compte que pendant que je visitais mon rêve, ma mère avait visité ma chambre.
_Pardon poussin, je voulais te réveiller en douceur ! me dis ma mère,
totalement désolée.
_Alors touches pas à ma chaîne ! dis-je en marmonnant.
J'avais un mal de crâne horrible. Je portais ma main au front.
_Oh ! Ça va ! Je voulais juste éviter que tu te rendormes comme la semaine dernière !
Il était vrai que je m'étais rendormi lundi dernier. Cela m'avait fait manquer une matinée de cours. Mes parents n'avaient pas pris le fait que je dormais mal comme une excuse valable. Je n'avais toujours pas compris pourquoi. Ces derniers temps, j'avais vraiment beaucoup de difficultés à trouver le sommeil. Il fallait néanmoins que je m'excuse, si je ne voulais pas qu'elle me rabâche encore la leçon.
_Désolé, c'est que j'ai un marteau piqueur dans la tête.
_Oui, et bien tu ferais mieux d'y avoir tes cours !
Il était vrai aussi que j'avais récemment loupé des contrôles parce que j'avais comme qui dirait oublié mes leçons… Là encore, mes parents n'avaient rien voulu savoir.
« De toute façon, ils ne m'écoutent jamais. »
J'attendis pour me lever que ma mère soit parti. Je me préparais machinalement, tout content de retrouver Tania. J'avais le sourire aux lèvres.
C'est vraiment l'âge bête, mon fils ! me dis mon père qui me croisait dans la salle de bain.
« Pourquoi appelle-t-on ça l'âge bête, alors que c'est sans doute celui où on réfléchi le plus à ce qu'on veut faire, à ce qu'on est et ce qu'on va devenir ? En plus, c'est le moment où on

se remet le plus en question ! »
Je hochais la tête, la brosse à dents dans la bouche, comme pour montrer que j'étais d'accord avec moi-même. 

 

 

 


Pour la première fois depuis le début de l'année, et pour une raison que j'ignorais, j'étais heureux d'arriver au lycée. Il y a des jours où tout va mal. Celui-là, je sentais qu'il allait être agréable. Le temps n'était pourtant vraiment pas clément. Les nuages noirs s'approchaient du lycée et le vent soufflait très fort, comme à l'accoutumé dans cette région du Vaucluse. J'avançais parmi la foule, confiant, presque pressé d'arriver à la salle de cours. C'était tout à fait paradoxal, quand on y pense. Je n'avais aucune raison d'être heureux d'y aller. Je savais que je n'allais rien rencontrer d'exceptionnel.
« Je n'ai aucune raison d'être aussi content. Pourquoi est-ce que je suis tant de bonne humeur ? Et puis, c'est quoi ce délire d'arriver et de… »
J'en étais bouche bée. Même dans mes rêves les plus beaux je n'avais jamais assisté à un tel spectacle. J'étais à une vingtaine de mètres du reste de la classe. Je ne voyais plus qu'elle.
_Oh, mon Dieu ! dis-je, marmonnant.
_Tu sais, tu peux aussi m'appeler Yann me dis le petit blondinet en face de moi.
_Parfois, je suis content de faire une tête de plus, ça m'évite que tu me caches la vue ! rétorquai-je, ignorant sa blague douteuse.
Il tourna la tête et vit Tania, adossée contre le mur à côté de la porte. Il me regarda, le sourire en coin.
_C'est un sacré gibier, cette fille. Plus d'un s'y sont cassé les dents. Fais gaffe à ne pas être le futur édenté…
Je fus d'abord paniqué, me rendant compte que je m'étais bêtement trahi, puis je fus étonné qu'il ne se précipite pas pour raconter la nouvelle à qui voudrais l'entendre. Cela faisait partie de ses habitudes, mais je voyais qu'autre chose le préoccupait.
_T'inquiètes, ce sera notre petit secret ! me dit-il avec un clin d'œil.
_Qu'est ce qu'il t'arrive ? Tu es mourant ?
Je savais que c'était sympa de sa part de ne rien dire, mais je n'étais pas sûr de ne pas devenir dépendant de son bon vouloir si je montrais à quel point je désirais garder ça secret.
_Non, crétin ! me fit-il. Je faiblis ! Je deviens gentil !
_Tu deviens un vrai pote, c'est tout !
Nous commencions à marcher vers la classe. Je ne pouvais m'empêcher de sourire. Lui qui était tellement « il a dit si, elle a dit ça ». J'étais vraiment content de pouvoir enfin compter sur quelqu'un de la classe.
« Il reste à espérer que ce n'est pas temporaire ! »
Le prof d'Histoire se faisait attendre. Yann me laissa m'installer en face de Tania et pris la place à côté de moi. Alors que je levais les yeux furtivement vers elle, Yann me mis un coup de coude dans les cotes.
_Que veux-tu, Thomas, t'es un romantique un point c'est tout ! T'es le seul à avoir de telles idées ! Il marqua une pause. Tania ?
Il se tourna vers elle, comme pour continuer une conversation. Elle leva les yeux vers nous. Il reprit.
_Excuses-moi, mais tu ne crois pas que Thomas est un gars romantique ?
Je ne pouvais pas le croire.
« Le salaud ! »
J'aurais du savoir qu'il me préparait un truc de ce genre. Le pire, c'est qu'il devait être persuadé qu'il pourrait m'arranger le coup. Au mieux, tout ce qu'il pouvait faire, c'était que les autres se rendent compte de la chose. S'en serait fini de moi !
_Un gars romantique ? dit-elle, haussant un sourcil. Elle se tourna vers moi, dubitative. Et pourquoi es-tu si romantique ?
_Ben vas-y tom, dis-lui !
Je regardais Yann. Ce nain, tout content, m'avait fichu dans de beaux draps. Je n'avais pas trente-six mille solutions.
_Je ne suis pas un romantique. Il n'arrête pas de me le rabâcher sous prétexte que je dis des trucs que soit disant d'autres ne disent pas…
Je fis mine de ne pas y accorder plus d'importance que ça. S'il y a un truc que je savais, c'est qu'il ne faut jamais faire son malin devant une fille si on n'a pas ce qu'il faut derrière. Et vu que les gars du rugby étaient juste à côté…
Je pensais à une multitude de choses en même temps. Tout se mélangeait, David et ses potes, yann que je devais tuer, le lycée, les rêves.
« Les rêves… »
Les voix autour de moi semblaient désormais lointaines. Le regard fixe, perdu dans celui de Tania, je fus sorti de mes pensées par David.
_Ben alors, thomas ? On peut dire qu'elle te fait de l'effet, la donzelle !
_Pauvre con ! Qu'est-ce que ça peut te faire ?lança Tania.
La classe s'était immobilisée et nous écoutait. Toujours à moitié dans les vapes, ma tête se tourna machinalement vers l'offenseur.
_T'es vraiment un moins que rien...
J'entendis le son de ma voix, sans comprendre ce que je disais, comme si cela avait été un bruit de fond, une télé qu'on laisse allumée.
Les autres me regardaient bizarrement, comme si j'avais fait une bêtise.
Le prof arriva, ouvra la porte. La classe entra –une fois n'est pas coutume- silencieusement. Je regardais mes deux pieds, avançant l'un après l'autre au milieu des autres.
Je m'assis comme d'habitude tout seul à la table double du fond. Machinalement, je mis mon cartable sur la chaise d'à côté. Yann préférait être à côté des filles, dans l'espoir qu'elle puisse enfin le remarquer. J'étais assez inquiet de la façon dont ils m'avaient tous regardé…
« Qu'est-ce que j'ai dit ? Tout le monde semblait bizarre… »
Perdu dans mes pensés, je n'entendis même pas qu'on me parlait. On me bouscula.
_Dis, je te parle !
_Hein, quoi ?

« Qu'est-ce qu'il me veut celui-là ? »

_Est-ce que je peux m'asseoir ? répéta le type sans s'énerver.

_Oui, bien sûr.

Je retirai mon sac pour lui permettre de se mettre à sa place. Il s'assit tranquillement. C'était la première fois que je le voyais. Il devait être nouveau dans le lycée…

_Je m'appelle Thomas, dis-je pour débuter la conversation.

Il était plus grand que moi, plus comme les rugbymen, avec de larges épaules et la peau mate.

_Content de te connaître, dit-il en me serrant la main, tu peux m'appeler Nat'.

_Comme Nathan ? fis-je, amusé.

Il sourit.
_Non, comme Nataniel.

J'eu du mal à dissimuler ma surprise d'entendre un nom pareil.

« Je croyais que c'était un nom de fille, ça ! »

Le cours d'histoire était soporifique au possible. Après une demi-heure d'attention, je commençais à jouer avec mes stylos, pour passer le temps. C'était un cours sur la cinquième république… Même le prof semblait s'endormir au tableau. Au cours d'une bataille spatiale que je menais silencieusement contre ma trousse à l'aide de mes stylo, l'un d'eux se fit toucher et atterris avec fracas sur la table de mon nouveau voisin…

_Désolé ! murmurai-je.

_Pas grave, dit-il sans quitter des yeux le prof. On fait ce qu'on peut pour s'amuser ! De toute manière, je ne vois pas ce qu'on peut faire d'autre…

Il sourit. Il avait raison. C'était un cours de deux heures, mais il paraissait en durer quatre.

« Il a l'air sympa…autant discuter avec lui, tant qu'à faire ! »

Le reste du cours passa plus vite, beaucoup plus vite, même. J'appris qu'il s'était fait renvoyé de son lycée pour mauvais comportement.

Il s'était battu avec une bande pour protéger une fille, mais celle-ci n'avait pas témoigné en sa faveur devant le principal, sans doute de peur de représailles. Je n'avais pas de mal à le croire tant il paraissait gentil, mais le fait qu'il s'était inscris dans l'équipe de rugby attisait ma méfiance. Il avait une coupe bizarre. Ses cheveux lui tombaient un peu sur le front et couvraient en parti ses yeux clairs. Il fallait le dire, il était plutôt baraqué. Son calme apparent lui donnait un air ténébreux, qui faisait tourner certaines têtes féminines dès son arrivé en cours.

Il était habillé d'un style que j'aimais plutôt bien : tie shirt noir avec un pull blanc en dessous, un pantalon noir et large.

La matinée passa assez rapidement. Il s'assit à côté de moi en anglais et en physique. On discutait de tout, de nos goûts, pour les jeux, les filles, etc.

Arrivé à la pause de midi, je l'attendis à la sortie de cours.

« Ah, oui, je n'avais pas remarqué qu'il était aussi baraqué !»

Ce mec faisait une tête de plus que moi tout en étant plus large. C'était typiquement le genre de mec qui m'agaçait habituellement.

_Au fait, Nat', tu manges où à midi ?

J'espérais pouvoir l'inviter à manger à la maison, comme je le faisais pour mes potes. J'avais un bon a priori sur lui.

_Je mange au self aujourd'hui…

_Bon, d'accord. On se voit cette après midi !

Je ne voulais pas insister ni lui demander ouvertement. Je traçais donc ma route en prenant soin d'être juste devant Tania dans les escaliers, des fois qu'elle m'aperçoive…

Une fois sur le chemin du retour, Je me rendis compte que j'avais totalement oublié de demander à Nat' s'il avait entendu ce que j'avais bien pu dire à David.

 « Mieux vaut ne pas tenter le diable, il vaudrait mieux que tout le monde oublie ça, sinon, je vais y avoir droit pendant des semaines…Tout ce que j'ai à faire, c'est éviter que cela se reproduise… »

Ce petit « incident » me préoccupait tout autant que mes rêves. Le plus étrange était sans doute que cela arrive en même temps. Cela ne m'inquiétait pas non plus tant que ça. Je n'étais pas d'un naturel inquiet, et j'étais un peu fataliste quelque part. Je pensais qu'on pouvait prendre sa vie en main, bien sûr, mais certaines choses qui y surviennent ne peuvent pas être changées. J'acceptais tout simplement que malgré toute la bonne volonté que l'on peu  avoir pour contrôler sa vie, certains éléments surviennent sans qu'on puisse faire quelque chose. Certains pensent que c'est le hasard, mais j'ai souvent pensé qu'entre destin et coïncidences étranges, il n'y avait qu'une fine barrière dont le franchissement était subtil et pas à la portée de tous.

Une fois mes méditations philosophiques terminées, j'arrivai enfin chez moi. J'étais seul le midi depuis le collège, donc j'avais depuis un véritable rituel de préparation. Le sac était la première chose dont je m'occupais. Je l'envoyais amoureusement valdinguer à l'autre bout du salon. Il s'écrasait toujours avec fracas contre le buffet. 

Certaines fois, il m'arrivait de simplement le lâcher par terre comme on se débarrasse d'un fardeau. Ensuite venait la musique. Il me fallait impérativement un bruit de fond, que se soit la musique ou la télé. La troisième étape consistait à trouver le repas du midi, préparé par les soins de ma maman. Enfin, je mettais la table, et mangeais, devant la télé.

C'était ce qu'on pouvait appeler le train-train quotidien. Mais quelque chose n'allait pas. Un je-ne-sais-quoi qui rendait l'atmosphère pesante.

« C'est idiot. Me voilà angoissé dans ma propre maison ! »

Alors que le micro-onde tentait de faire chauffer mon déjeuner, je commençai à me sentir vraiment en danger. Je regardai par la fenêtre. Les nuages noirs étaient sur la ville désormais.

« La tempête n'est pas loin… »

La nausée gagnait petit à petit sur mon envie de manger.

« Je ferais mieux d'aller aux toilettes.»

Je montai donc les escaliers. Je pouvais aussi aller aux toilettes d'en bas, mais je ne les aimais pas trop. Une fois la porte de « mes » toilettes fermée à clef, je me mettais à faire ce que tout le monde fait dans des toilettes : lire.

Alors que je finissais un paragraphe d'un article d'un magazine de jeux vidéo, j'eu une sensation terriblement étrange.

« Ce n'est pas possible. »

Je posai doucement le numéro, sans bruit.

« Je dois rêver. C'est forcément une fausse impression ! »

J'en avais les larmes aux yeux d'angoisse.

« Je suis seul dans cette foutue maison. Personne ne peut être là à part moi ! »

Et pourtant je sentais une présence, juste devant moi. J'aurai juré que quelqu'un se tenait debout, devant la porte des toilettes.

Tout ce que j'avais à faire, c'était regarder en dessous de la porte pour vérifier qu'il n'y avait rien. La vérité c'est que j'étais pétrifié à l'idée que je puisse y trouver autre chose qu'un filet de lumière.

Après dix minutes où, immobile, je cherchais en moi le courage de regarder, et en même temps je tentais de m'expliquer ce sentiment de sentir la présence, je me décidai enfin à tenter le coup.

Le plus doucement possible, je remis mon pantalon et me mis à genoux. Jamais une boucle de ceinture me paru faire autant de bruit.

La respiration tremblotante, je baissai lentement la tête. La lumière passait naturellement en fil continu en dessous de cette fichue porte. Je fus soulagé, mais pas moins angoissé pour autant. J'avais toujours le même pressentiment. Je n'avais pas le choix, pourtant. Je n'allais pas non plus rester là à stresser alors qu'il n'y avait sûrement rien.

Très doucement, j'ouvris le verrou intérieur, sans qu'il puisse grincer comme il avait l'habitude de le faire. Ma seule préoccupation était surtout de rester concentré sur le faible bruit de fond qu'émettait la télé, en bas. C'était le seul moyen que j'avais trouvé pour être sûr de ne pas céder à la panique. Je pris la poigné des deux mains et m'apprêtai à l'ouvrir. Il me semblait que ma respiration faisait cent fois plus de bruit que la poignée qui tournait. La porte ne demandait qu'à être ouverte. Tout ce que j'avais à faire, c'était de la tirer vers moi. Ce que je fis, tout doucement, scrutant le moindre mouvement.

« Je le savais. Il n'y a rien. »

J'étais en colère contre moi, contre ma peur. Certaines personnes avaient des crises d'angoisse, je le savais, mais je ne me doutais pas que j'en faisais partie…

 

 

 

 

Le sport l'après midi me permit de me changer un peu les idées, et de bénéficier pour une fois de l'aide d'un sportif. Nous faisions du basket ball jusqu'à fin décembre. Depuis le premier jour où nous avions commencé, je n'avais cessé de changer d'équipe, car à chaque fois on se plaignait que je n'étais pas assez actif, ce qui m'avait valut plusieurs fois les foudres du prof de sport, qui devait avoir oublié que nous n'étions pas dans une école militaire. La vérité est que dans chaque équipe se trouvait des rugbymen, et qu'ils s'arrangeaient pour que je n'obtienne que rarement la balle. Cette fois-ci pourtant, je pus jouer à ma convenance. Cela venait sûrement du fait que j'étais dans l'équipe de Nataniel et de Tania. Je me donnais à fond pour l'impressionner. Je voulais juste qu'elle me remarque, en fait. D'après la façon qu'elle avait de bouger, son endurance… Elle devait être sportive.

Je devais mettre le paquet si je voulais être de taille, mais les autres ne me facilitaient pas la tâche…

Je tombai lourdement au sol

_Ben alors, Thomas ? On ne tient pas sur ses petites jambes !?  me cracha le prof de gym alors que je venais de me prendre un pl#BDB9B7ge en règle par Marek, le pilier de l'équipe des « Dieux du stade », qui jouait dans l'équipe adverse.

Il me regardait en souriant. Je commençais à avoir les nerfs.

« Ok, tu veux jouer comme ça ? »

J'étais particulièrement rancunier comme garçon, mais c'était un trait de caractère qui servait souvent ma cause. C'était aussi le cas pour cette fois. Après que Marek ait encore marqué un panier, je fis signe à Nat' de me passer directement la balle. Dès qu'il me l'envoya, je sus que les autres me fonçaient déçu. Je pris la balle, et l'envoyais directement au panier adverse, sans qu'elle ne touche l'anneau.

Devant l'étonnement de tous, je jubilais. Je me tournai vers Marek.

_Pour jouer au gros dur, t'es fort, mais dès qu'il s'agit de vraiment jouer en respectant les règles, on ne peut pas dire que tu assures…

Je me sentais d'attaque contre tous.

« Une forme du tonnerre de Zeus ! »

_Qu'est-ce qui t'arrive ? me dis Tania juste derrière moi. D'habitude, tu es moins bon ! mes dit-elle, les yeux perçants.

_Disons que le basket, ça marche mieux avec une balle dis-je en souriant.

Elle me renvoya mon sourire. Je n'en croyais pas ce que je venais de faire. Être bon en sport, tenir tête à Marek et par-dessus tout draguer Tania ! Il y a une heure et demie, je n'osais pas ouvrir une porte de toilette, et maintenant, je me sens la force d'en éclater au poing !

« Ça doit être ça, l'amour ! »

Je savais que cela n'avait rien à voir… Depuis l'arrivée de Nataniel, beaucoup de choses étaient arrivées… Tout en continuant le sport, je réfléchissais à tout ça.

Une fois le remplacement fait, je m'assis sous le regard du prof, toujours étonné de mes prouesses techniques. Je regardais les autres se défoncer à mort. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qu'ils faisaient là, à se dépenser. Sans doute le faisaient-ils pour se prouver qu'ils étaient des battants, pour prouver qu'ils valaient la peine au prof…Peut être se donnaient-ils à fond juste pour aller jusqu'au bout de ce qu'on leur avait demandé, ou qu'ils y prenaient tout simplement plaisir.

Je me rendais progressivement compte que quelque soit leurs motivations, tous jouaient sur le même terrain. Certains étaient des adversaires, mais il y avait toujours une raison à leur présence sur ce terrain, toujours une utilité. Cependant, seuls ceux qui savaient jouer, ceux qui savaient pourquoi ils étaient là, ceux qui ne subissaient pas le fait d'y être s'en sortaient mieux. Les autres restaient passifs, à rien faire. Je n'allais tout de même pas jusqu'à dire que le basket ball était une métaphore de la vie, mais la comparaison me semblait évidente sur le moment.

Après le sport, je croisai Tania à la sortie. Je lui fis un sourire timide.

_Tu t'es bien défendu aujourd'hui, commença-t-elle.

_Merci ! J'étais en forme…

_C'est plutôt surprenant, surtout quand on sait que tu n'as jamais mis un panier de toute l'année.

Ces yeux perçants étaient braqués sur moi.

« Méfies-toi, Tom, c'est pas le moment de flancher ! »

_Comme je te l'ai dit tout à l'heure, si on me file le ballon de temps en temps, j'arrive à faire deux trois trucs.

_Je vois, dit-elle, lentement, comme si elle analysait ce que je lui disais.

Elle ne me quittait pas du regard. Je ne savais pas trop ce qu'elle avait en tête, mais je savais qu'elle avait quelque chose à l'esprit me concernant. Elle détourna le regard quelques secondes, puis le reposa sur moi.

_Bon, et bien, soignes-toi bien ! Je dois y aller.

« Soignes-toi bien ? De quoi elle parle ? »

Je la vis s'en aller tranquillement… Elle n'avait pas tout à fait tort d'être suspicieuse envers moi. Moi-même, j'aurais des soupçons sur un gars comme moi, si je n'étais pas ce gars…Ce n'était pas très courant pour un habitué des bancs de touches de mener une équipe à la victoire du jour au lendemain, en faisant comme si le ballon avait accompagné ses mains dès la naissance.

« J'y vais peut être un peu fort, là. J'ai marqué un panier, je ne suis pas non plus allé sur la lune ! »

Mais le fait est que j'avais fait quelque chose qui m'était impossible à réaliser ne serait-ce que la semaine dernière. Cela méritait d'y porter attention.

Je repensai à Nat'. Tout avait commencé un peu avant son arrivé. Je n'étais pas homme à croire vraiment aux coïncidences douteuses…

« Il faut croire que l'arrivée de Nataniel fut précédée et suivie d'évènements assez peu… »

Je ne pris même pas la peine de finir ma phrase, tant ma pensée était évidente. Nataniel était pour quelque chose dans tout ça, c'était certain. Ce nouvel arrivant dans la classe avait peut être provoqué des troubles chez d'autres que moi…restait à savoir comment il avait fait son compte.

« Je crois bien que lui et moi, on va se dire des trucs… »

Je devais à tous prix savoir le fin mot de cette histoire, quitte à lui tirer les vers du nez. Si Nat' y était pour quelque chose dans mes « petits » problèmes, j'allais bientôt le savoir, c'était certain.

 

 

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24/11/2006
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Chapitre 3

Chapitre 3 : Le rêve

 

 

 

 

 

Je tendis la main. C'était sans doute une pluie d'été. Elle était chaude. De grosses gouttes tombaient. Mes vêtements mouillés collaient sur ma peau. Je ne pouvais voir autour de moi qu'une personne. Cette personne me ressemblait comme deux gouttes d'eau, à ceci près qu'il saignait. Le poignard était planté dans son ventre. Il le tenait, en le regardant alors que la pluie s'abattait sur nous comme pour nous frapper d'une force dérisoire, mais acharnée.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Il agonisait, toujours genoux à terre. Il me regarda.

_Tu… Tu veux… Vraiment… Savoir?

Sa voit était saccadée.

« Il est gravement blessé... »

J'étais comme figé, stupéfait de ce qu'il arrivait. Il me voyait et pouvais me parler. Mais il fallait en finir, je devais savoir, quelque chose me poussait à vouloir connaître le fin mot de tout.

_Racontes-moi lui dis-je en m'approchant de lui.

_Je ne vais pas te raconter…

Il tenta de se relever, sans que je l'aide et resta avec un seul genou à terre.

_Je vais plutôt te montrer.

_Me montrer quoi ?

Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, il disparu. Je regardai l'emplacement où il se trouvait, il y a quelques secondes. Il y avait toujours cette mare de sang et les deux immenses ombres qui ne pouvaient être que deux collines. J'étais au milieu. D'un coup, le paysage s'éclairci. Le soleil se levait. Je découvris avec horreur que mon « double » n'avait pas été seul blessé. Des cadavres à perte de vue s'entassaient les uns sur les autres. Les épées, tantôt plantées dans les victimes, tantôt dans le sol étaient couvertes de sang. S'entremêlaient les boucliers, épées longues, courtes, fléaux, haches…

« Je veux savoir! Que s'est-il passé !? »

_Patience, me répondit ma voix.

Le soleil se recoucha lentement. Autour de moi, le paysage changeait. Les cadavres disparaissaient, les armes également. Je me retrouvai rapidement seul, seulement entouré du relief de ce lieu peu commun. J'entendais un bruit, comme un bourdonnement. Cela venait d'une des collines, mais je ne savais pas laquelle…

Le bourdonnement se rapprochait. Suivant mon instinct, je commençai à courir en direction de la  colline d'où je pensais que les sons venaient. Dans ma course folle, j'étais aveuglé par les grosses gouttes qui me tombaient dessus. Je trébuchais de temps à autre, parvenant à me ressaisir. Cependant, plus j'avançais vers la colline, et plus elle me paraissait lointaine. Je m'arrêtai, essoufflé, m'appuyant sur mes genoux. Je me rendis compte en regardant devant moi que la colline était toujours à la même distance.

Tout devenait flou, petit à petit. J'étais en train de me réveiller.

« Non ! Pas maintenant ! »

_Patience…

 

 

 

 

La lumière était aveuglante. Je soupirai. Encore dans ce que j'appelais le brouillard matinal, je regardais ma montre.

_7h40 ? Merde !

Je me levai d'un bon et courait de par et d'autre de la chambre pour me préparer.

D'abord, les habits, pour éviter d'aller en cours à poil, puis ensuite le sac, pour éviter de venir les mains vides.

Une fois en bas, je prenais en coup de vent mon manteau et les clefs pour fermer. Sur le chemin, je pressai le pas, jusqu'à courir. Je devais faire des efforts pour ne pas penser au rêve. Je n'avais pas vraiment le temps.

« Ce soir…On verra ce soir. »

Arrivant au lycée, je vis un surveillant qui commençait à fermer le portail « Sud ».

_Non ! Attendez !

_Désolé, tu as trois minutes de retard !

D'après son regard, on aurait cru que j'avais commis la pire faute de ma vie. Après, tout cela n'avait sonné qu'il y a cinq minutes.

« Cinq minutes !? »

J'étais vraiment en retard. J'avais déjà manqué des cours ce mois-ci.

« Je vais me faire tuer. »

On avait cours de biologie durant trois heures consécutives, et le prof avait la fâcheuse habitude de ne jamais être en retard. Il lui arrivait même d'être en avance. Vu que le portail se fermait devant moi, il ne me restait qu'une option : le portail Nord, qui était à 100 mètres plus loin…

Mes pensées se bousculaient. Je pensais au rêve que j'allais faire ce soir, à mon retard, à Nataniel que je devais démasquer, à comment le démasquer et à Tania…

Dans la cours, en direction du bâtiment scientifique, j'eu la surprise de croiser Nataniel, visiblement tout aussi surpris que moi.

_Tu n'est pas sensé être en cours ? On est en retard ! lui lançai-je, à demi paniqué.

_Tu n'est pas au courant ? Monsieur Charançon est tombé malade ! Une semaine d'absence ! Il est marqué au tableau, dit-il en rigolant.

On pouvait dire que ça tombait vraiment à pique. Un peu trop, même, mais soit. La vie est toujours faite de ce qu'on attend le moins. Cela ne nous faisait donc que deux heures de cours l'après midi…

« Parfait, je vais enfin pouvoir parler avec lui… »

_Et si tu venais chez moi, on pourrait parler comme ça ?

Il sourit.

_Oui, pourquoi pas ?

Sur le chemin, alors qu'il me parlait du lycée, de la classe, de la manière dont il essayait de s'intégrer, je ne pensais qu'à essayer de le démasquer. Cette idée m'occupait tellement l'esprit qu'il s'en rendit compte. Alors que je cherchais mes clefs pour ouvrir la porte, il prit subitement un air sérieux.

_Qu'est-ce qu'il y a ? Tu me regardes bizarrement depuis ce matin… C'est par rapport au fait que j'ai parlé à Tania en sport ?

_Non, désolé, c'est que je dors très mal en ce moment.

Je comptais voir sa réaction, mais je n'y vis rien de très révélateur. Je ne me rendis même pas compte qu'il savait pour Tania.

_Comment ça se fait ?

_Tu n'en as aucune idée ?

Je perdais patience. Autant en finir en posant carte sur table. Tout en parlant, on s'installait dans la salle à manger. On s'assit tous les deux.

_Pourquoi tu me demandes ça, Tom ?

Mon manque de sommeil ne me facilitait pas la tâche. D'ordinaire calme, j'en finissais par m'énerver.

_Arrêtes de te foutre de moi, Nat' tu le sais très bien ! Tout a commencé quand tu es arrivé ! Tu crois que je n'ai rien vu ?

Il me regardait avec de grands yeux, comme si je lui parlais une autre langue. Cela m'énervait d'autant plus que d'être pris pour un idiot.

« Il sait. C'est sûr. »

Je m'approchai de lui. Je devais savoir.

_Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas !

Le temps que je me rende compte de ce que je faisais, je l'avais pris par le col, soulevé de sa chaise, et plaqué contre le mur.

_Tu me dois une explication, je crois !

Il me regardait de ses yeux clairs, effrayé.

_De quoi tu parles Thomas ? Je n'ai rien fait ! Lâches moi, qu'on discute calmement ! Je ne comprends rien !

Je m'exécutai, totalement désemparé par ce que je venais de faire. Jamais je n'avais fait de telle démonstration de force. Il resta à me regarder, à me jauger. Il restait très calme. Inquiet, mais calme.

« Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Sans se quitter des yeux, il se décolla du mur, et je m'assis. Je baissai les yeux vers la table.

« Le roi des cons, je suis le roi des cons ! Non, celui des cinglés, plutôt. »

Mes pensées s'embrouillaient, se mêlaient. J'arrivais à ne plus savoir comment j'avais pu croire que…

_Nataniel, je suis vraiment désolé…

Il me regardait. Il paraissait aussi perdu que moi.

_Ecoutes, commença-t-il, on se connaît encore mal, mais autant te dire que j'ai vu comment tu regardais Tania…je n'oserais pas… Je ne suis pas du style à couper l'herbe sous le pied, ou coiffer au poteau, si tu vois ce que je veux dire.

J'eu un rire presque moqueur.

_Il ne s'agit pas de ça. C'est autre chose. Quelque chose est en train de m'arriver… Il se passe des trucs depuis quelques jours.

Il s'assit. Je lui racontai alors tout ce que j'avais vécu ces derniers jours. Je lui parlai du rêve, du poignard violet, de la présence de l'autre jour. Il m'écouta pendant près d'une heure, sans rien dire. J'essayais de n'oublier aucun détail. Lorsque mon récit fût terminé, il resta quelques secondes à me regarder, sans rien dire. J'avais l'idée qu'il se précipite vers la porte d'entrée pour s'enfuir en criant au fou. Il n'en fit rien. A ma grande surprise, il le prit plutôt bien.

_Tu te drogues, c'est ça ? Tu te drogues, et tu veux me faire essayer, me dit-il doucement.

« Comment lui faire croire ? Je ne suis même pas sûr d'y croire moi même. »

_Ok, admettons que ce soit vrai. Tu penses que c'est quoi tout ça ?

_J'en sais absolument rien soupirai-je.

_Ca expliquerait pourquoi tu as dit ces trucs à… Comment il s'appelle déjà celui-là ? …Ah, oui, David, l'autre jour.

_Qu'est-ce que j'avais dit ? répondis-je, impatient d'entendre la réponse.

_Tu as dit un truc du style, heu… Que tu espérais vraiment que le jour venu, il saura prouver sa véritable valeur.

Je le regardai, désolé. C'était donc pour ça seulement que tous m'avaient regardé comme un alien? J'hochai la tête pour lui signifier que j'avais saisi sa, ou plutôt ma phrase, sans pour autant en comprendre le sens.

Nous restâmes quelques minutes à fixer chacun un bout de la table à manger, perdus dans nos pensées. Au bout d'un moment, il s'accouda à la table, comme pour réfléchir. Je levai les yeux vers lui, interloqué.

_Quoi ?

Il me regarda, un sourire en coin, les yeux brillants.

« Lui, il a une idée stupide derrière la tête ! »

Il s'approcha de moi.

_On doit en savoir plus, non ? Il faut qu'on explique ça !

« Je savais bien qu'il avait une idée débile ! »

_On ? répétai-je.

_Bien sûr ! Tu me raconteras ! Il faut savoir ce qui se cache derrière ça !

Il regarda sa montre.

_Bon ! Je dois y aller, ma mère m'attend pour le déjeuner. On se revoit cet aprèm' !

Je le raccompagnai à la porte, pensif. Lorsque j'eus refermé la porte, la situation me paraissait encore moins claire qu'avant. Pourquoi Nataniel avait une réaction si…

« Enthousiaste. »

Ce mot résonna dans ma tête. Je replaçai les chaises, lentement.

« Moi, si on m'annonce un truc comme ça…surtout quelqu'un que je connais à peine… »

Mais Nataniel était manifestement d'un vrai soutien. Pour une fois que c'était le cas, j'avais plus envie d'y croire que de me poser des questions dont je savais que les réponses ne me plairaient sûrement pas.

« Bon, vivement la fin de journée ! Nataniel a raison. Il faut que je sache.»

 

 

 

 

Je ne sais pour quelle raison, mais l'après midi me paru drôlement courte. Les deux heures de physique furent assez rapides. J'expliquais cela par la bataille de gommes assez monumentale qui avait eût lieu. Nous étions beaucoup à « taquiner » le professeur, surtout du fait qu'il avait la fâcheuse habitude de mettre tout le monde un par table. Du coup, pour discuter, cela rendait les choses très dures. Alors les mots fusaient. Cependant, lorsque le bout de papier roulé en boule atteignait une mauvaise personne, celle-ci répliquait souvent avec un bout de gomme. Pour peu qu'il manque sa cible et en touche une autre, la bataille était déclenchée.

J'appris d'ailleurs par un de ces fameux mots que les vacances de la Toussaint étaient proches. Une nouvelle qui ne présageait pas que du bon puisque les vacances se faisaient précéder d'une semaine de devoirs surveillés. Étant donné les circonstances, les études servaient pour une fois de passe-temps, me sortant de mes inquiétudes

Le soir, je me posais sur mon lit et essayais de faire le point.

« C'est franchement bizarre…Je n'ai aucun sentiment vis à vis de tout ça.»

Cela faisait un petit bout de temps que je faisais mes cent pas en essayant de m'expliquer pourquoi je n'arrivais pas à avoir de véritable peur. J'avais seulement de l'inquiétude et de l'excitation.

« De toute manière, je suis, que je le veuille ou non, dans la merde ! Alors autant que j'y reste de mon plein gré ! »

Il arrivait souvent que mes pensées n'est pas grand sens pour moi, mais je m'avouais à cet instant que celle-là était vraiment incompréhensible.

Je me cachais avec peine l'appréhension que je ressentais. Mes idées et mes pensées, dont la plupart n'avaient aucun sens, se mélangeaient, se fondaient les unes aux autres, me troublant encore plus que ce que je ne l'étais.

Je m'allongeais dans mon lit, comme on s'installe sur la table de torture du dentiste. Je restais là, les yeux grands ouverts, attendant bien sagement que Morphée me prenne dans ses bras. Mes paupières devenaient de plus en plus lourdes, au fur et à mesure que le temps s'écoulait. D'un coup, j'eu l'impression de tomber de haut, je rouvris les yeux, en sursaut, pour voir au dessus de moi un ciel noir dont les gouttes de pluie commençait à me mouiller.

Je me levai d'un bon. Tout était comme à l'accoutumé. Le bourdonnement que j'avais entendu la dernière fois avait disparu, tout comme les cadavres qui gisaient en ce lieu si singulier. Ce dernier me semblait le seul point commun entre chaque rêve.

« Et si je l'avais vu en vrai ? »

Cela ne me disait pas grand-chose. Un bref son dans les airs me fit lever la tête. Il devait sûrement y avoir des oiseaux dans les parages. En y regardant de plus près, j'aperçu une plume qui, perturbé par les trombes d'eau, retombait. Je n'eu qu'à tendre ma main afin de cueillir cet étrange présent.

Tandis que l'eau ruisselait sur mon visage, je fixais dans l'incompréhension cette plume noire.

« Qu'est-ce que…? »

Je n'eu le temps de finir mes pensées. Quelque que chose me passa juste au dessus de la tête. Je m'agenouillai dans l'herbe, alerte. La chose ailée se dirigea vers l'une des montagnes et disparu derrière. Le grondement se fit de nouveau entendre. Le son semblait plus proche désormais. Instinctivement, je ne regardais que la colline où ce truc était parti…Prenant mon courage à deux mains, je commençais à courir de toute mon énergie vers la colline. Je grimpai la pente avec vigueur. D'autres choses passèrent au dessus de moi. Arrivé en haut, en regardant de plus près l'une d'elle passer, je découvris avec stupeur qu'il s'agissait d'hommes aillés.

« Des anges? »

Je n'étais pas au bout de mes surprises. Le sommet de la colline dévoilait un spectacle tout aussi terrifiant que saisissant. Des soldats à perte de vue se battaient en armure. Les fameux anges se précipitaient tels des aigles sur leurs proies. Des hurlements se firent entendre. Le ciel s'embrasa. Des boules de feu apparurent dans la nuit, et atteignirent lourdement en différents points la masse incroyable de guerriers, éclaboussant certains de flammes. Je regardais, immobile, impuissant. Les guerriers ne semblaient pas perdre en vivacité et rage. On devinait le bruit d'os brisés sous l'impact des fléaux de certains. Des cris de toute part résonnaient dans la plaine. Quelques boules de feu éclataient sur les anges en vol. Eux et leurs ailles enflammées tombaient alors dans le flot d'armures et de cadavres. Mais des cris plus horribles que d'autres se firent bientôt entendre. Des renforts venaient renforcer chacun des camps. Les corps s'entassaient alors que d'autres guerriers arrivaient encore et encore. J'en voyais qui enjambaient les corps des leurs, d'autres qui trébuchaient dessus.

Une lueur bleue-nuit à l'horizon faisait fuir un des camps. Lorsque cette lueur que je voyais comme une sorte de nuage arriva à hauteur des « chevaliers », des cris horribles se firent entendre. Le bleu fit très rapidement place au rouge sang.

« Mais qu'est-ce que ça veut dire? Quel rapport avec les autres rêves? »

La bataille faisait rage, les guerriers en armures laissaient rapidement place à un tout autre type d'armée composée de quelque chose qui n'avait rien d'humain. Les cris devenaient bestiaux, enragés. Les anges eux aussi se multipliaient sur le champ de bataille. Les explosions de boules de feu n'étaient rien à côté des détonations que je voyais maintenant. Le sol en tremblait tellement que je perdis pieds pendant quelques secondes.

_Mais qu'est-ce que je dois comprendre de tout ça? hurlais-je au champ de bataille.

_ Ce que tu vois…

La phrase se fit interrompre par un bruit derrière moi de brindilles écrasées. Je fis volte-face, un genou encore à terre, et n'eu le temps de voir que l'immense masse bleu qui fondait sur moi, d'énormes griffes au bout de ses membres avant.

 

 

 

 

Je sursautai, la respiration comme si j'avais failli me noyer. Je me jetai instantanément sur l'interrupteur le plus proche. Je scrutais ma chambre à la recherche de quoi que ce soit qui puisse avoir des griffes. En me retournant je vis une tâche de sang sur l'oreiller, mais aussi sur mon haut de pyjama. Je portais la main à mon nez. Du sang coulait.

_Alors c'est réel, dis-je, presque fasciné par mes doigts ensanglantés.

Mes parents entrèrent dans ma chambre rapidement.

_On a entendu un cri! Ça va?

_Oui, oui, c'est bon, j'ai juste fait un cauchemar.

Voyant le regard de mes parents sur les tâches de sang que j'avais sur moi, j'improvisai la suite de mon explication.

_Oui… j'ai bougé de partout, et je suis tombé du lit. Là, je me suis cogné…

En montrant la table de nuit, je la touchais de mes doigts pleins de sang, afin d'y laisser une petite marque corroborant mes propos.

_Il vaudrait mieux que tu restes à la maison aujourd'hui, j'appelle le médecin dit ma mère derrière mon père qui ne me lâchait pas des yeux.

J'allais bien pourtant. Vers dix heures et demie du matin, alors que mes parents étaient partis comme d'habitude au travail, j'entendis la voiture du médecin arriver. En réalité, je n'avais aucune idée de quelle voiture il pouvait s'agir, mais le fait était qu'elle entrait dans le jardin par la grille ouverte…

L'auscultation dura plus longtemps que celles qu'on peut avoir dans un cabinet de docteur. Il vérifia si j'avais mal au crâne, s'il m'arrivait souvent de perdre du sang comme ça, si j'avais des troubles de l'équilibre, etc. Devant mes négations, il fut tout de même rassuré. Je le laissais faire l'ordonnance, sans rien lui dire.

« Il faut que j'en parle à Nataniel. Dommage que je n'ai pas son numéro de portable. »

Je raccompagnai le docteur à sa voiture, en l'assurant que je l'appellerai si cela venait à se reproduire. La voiture s'éloignant, je regardai ma montre. Il était midi et quelques minutes. Je vis une silhouette familière. Je souris.

_…Et c'était une bataille titanesque! On aurait dit le seigneur des anneaux! Des catapultes de partout! Et les anges!

On s'était installé dans la salle à mangé, une cannette de coca dans les mains. Je lui disais tout. Une fois ma narration finie, nous commençâmes à établir différentes hypothèses pour tenter de connaître la signification du rêve. A chaque hypothèse, un long silence suivait, comme pour faire le deuil de tant de neurones grillés inutilement à de idées plus bizarres les unes que les autres.

_Bon, commença Nataniel, et si tu étais comme un sorte d'élu qui était lié à un passé mystérieux?

_On n'est pas non plus dans la matrice, là. Il s'agissait d'une bataille avec des gars en armures…

_Oui, et des anges, et des démons, je sais, tu m'as dit. Je suis sûr qu'on trouvera une belle photo de cette bataille dans les bouquins d'histoire!

_Ce dont on est sûrs, finissais-je par dire en ignorant les plaisanteries de Nat', c'est qu'il s'agit de quelque chose qui vient du passé. Il faudrait qu'on cherche des infos sur les grandes batailles. On devrait forcément trouver quelque chose! Des batailles du moyen âge… ou de l'antiquité, c'est sûrement ça.

_On fera des recherches, me dit-il, sérieux.

_Ouais…

Je regardais la cannette que je tenais dans les mains, comme la plume de cette nuit. Je ne voulais pas poser de question à Nataniel, mais je trouvais bizarre qu'il comprenne si bien ce rêve, alors que même pour moi qui l'avais fait, je le trouvais nébuleux.

_Nat', dis-moi, ça ne te fait pas bizarre, tout ce qui arrive? Ce que je veux dire, c'est que je ne suis même pas effrayé de ce qui arrive. Je suis presque content qu'il m'arrive enfin un truc!

Il eût un sourire.

_Je te comprends, je ressens la même chose. C'est un truc de fou qui nous arrive à toi et moi. Le pire, c'est qu'on est tellement content que ça donne un sens à nos vies, qu'on en néglige le côté…

Voyant qu'il cherchait ses mots, j'acquiesçais.

_Reste à voir là où ça va nous mener…



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25/11/2006
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Chapitre 4

Chapitre 4 : Premiers contacts

 

 

 

 

 

 

Nous passâmes le reste de ma semaine à chercher des infos sur les grandes batailles de l'Histoire. Pendant notre temps libre, nous allions régulièrement au CDI pour y emprunter divers livres, sur les croisades, la Révolution, les principales guerres du Moyen Age. Rien ne correspondait. De même, nos hypothèses sur la bataille ne cessaient de se contredire. On avait pensé tout d'abord à une grande guerre. Devant ce que j'avais vu, nous étions certains de trouver des traces écrites de ce qui était arrivé, des démons, des anges…

Rien ne correspondait. Rien. Le vendredi soir, une représentation donnée par la classe de théâtre avait lieu. On s'était convenu, avec Nataniel et Yann un rendez-vous devant le lycée.

_Tu crois qu'elle viendra? Me demanda Yann alors qu'on attendait Nataniel.

_Je n'en ai aucune idée répondis-je, le regard lointain. A mon avis elle devrait venir.

Nous vîmes Nataniel se faire déposer par ses parents.

_Salut, les gars, comment ça va?

Depuis l'autre nuit, Nataniel et moi avions était un peu méfiant de tout ce qui nous entourait, notamment du fait qu'à la fin du rêve, un des démons fonçait sur moi. On avait fait des tas d'interprétations, mais on était d'accord sur le fait que tout s'accordait pour dire qu'il faillait être sur le qui-vive.

La pièce de théâtre était somme toute sympathique. Une tragi-comédie contemporaine faite maison. Le lycée était anormalement calme. Seul le théâtre en cours centrale était éclairé. Le reste n'avait pour seul lumière que les sorties de secours. De temps à autre, je regardais les fenêtres des couloirs au dessus de la scène. J'aimais le côté presque mystique qui s'en dégageait, un peu comme dans les séries fantastiques pour ados.

De temps à autre, je voyais Nataniel qui, à côté de moi, surveillait lui aussi les couloirs du premier étage.

« Je ne suis pas le seul à être inquiet, apparemment. En deux petites semaines, je me suis fait un ami comme jamais auparavant. Mais il faut quand même que je le tienne un peu à l'écart, si ça risque quelque chose. Ça vaut aussi pour Yann. »

Je n'avait pas parlé de la fin de mon rêve à Nat' justement pour cette raison. Ce qui arrivait m'arrivait à moi, et si quelqu'un devait prendre des risques, ce serait moi. Je regardais de temps à autre les spectateurs dont les yeux brillaient de bonheur devant ce divertissement. J'en profitais pour chercher Tania du regard. Ça faisait un petit moment que je ne lui avais plus parlé. J'en étais le premier désolé.

Un des acteurs fit une remarque sur l'éducation nationale. Tout le monde, même les profs éclatèrent de rire. Le mien disparu de la même façon qu'arriva une sensation que je commençais à connaître.

_Quelque chose ne va pas? Me demanda Nataniel avec un air très sérieux.

_Je ne sais pas…Il y a quelque chose…

Nous nous levâmes tous les deux, le regard perdu autour de nous. On s'écarta de la foule, tranquillement. On inspectait des yeux chacune des fenêtres. Celles des salles qui entouraient la cours centrale d'abord, donnant sur des classes vides et sombres. Ensuite, celle du premier étage, donnant sur le couloir par lequel on accédait à d'autres classes. La sensation était de plus en plus forte. Cela me déstabilisait même, comme une sorte de nausée.

_Je monte voir. Autant s'assurer qu'il n'y a rien.

Nataniel s'en alla vers les escaliers, en s'assurant que personne du publique ni des surveillants ne faisait attention à ce qu'il faisait. Quant à moi, je décidais d'aller voir de plus près les salles. La cours était plutôt grande, et les salles qui l'entouraient n'étaient malheureusement pas toutes visibles de là où j'étais. Je m'éloignai du reste de la cours et m'enfonçait dans l'obscurité. A chaque embranchement possible, je me fiais à mon instinct, pensant que le choix que je faisais sur l'instant était dû à ma sensation.

Soudain, je stoppais mes recherches. Je percevais quelque chose de concret cette fois. Mon cœur battait la chamade. La respiration haletante, je levai la tête.

« C'est est juste au dessus… Au premier. »

_Nataniel!

Je me précipitai vers les escaliers les plus proches et poussai violemment la porte. Les marches ne m'avaient jamais semblé aussi petites. Je les montais quatre à quatre. Une fois en haut, je l'appelai, d'abord doucement, puis de plus en plus fort, tout en déambulant dans le couloir. Inquiet, je commençai à courir. 

_Nat!?

_Ouais, je suis là!

Je fus soulagé de le voir, même si ma nausée était très forte.

_Tu as trouvé quelque chose? Je ne sais pas pourquoi…Mais je suis sûr que c'est…

« A l'étage… »

Le temps que je comprenne, j'étais déjà parterre, un mal affreux à la mâchoire. D'autres douleurs suivirent. Je cru que cela ne terminerait jamais.

Lorsque je repris connaissance, tout le monde était autour de moi, l'air affolé.

_Qu'est-ce qu'il s'est passé, Thomas? me demanda la directrice alarmée.

C'était précisément la question que je me posais moi-même. Je m'étais rendu compte trop tard que les nausées que j'avais senti, le fait que j'étais sûr que c'était au premier étage…

J'avais tenté de trouver Nat' pour le prévenir qu'autre chose était au premier, mais il n'y avait que lui…

« Comment ça se fait que je ne m'en sois pas rendu compte avant? »

Le bruit des interrogations des professeurs revint m'agresser les tympans. Je prétextai un mal de tête horrible afin d'échapper aux questions. Heureusement, mes parents étaient restés à la maison, pour me laisser aller avec mes potes. Sinon, c'était la honte absolue, en plus du mal de crâne. Mais ils allaient forcément finir par savoir. J'étais sûr désormais de ne plus sortir jusqu'à mes trente ans. Je me relevai, aidé de l'entourage. D'après le médecin venu voir on fils au théâtre, un individu était entré au lycée et m'avait roué de coup. Regardant tout le monde avec de gros yeux, Yann commença une phrase sur Nataniel que je me pressai d'interrompre en lui faisant signe de la tête avec le peu de force qu'il me restait.

J'étais désorienté. Tout ce monde qui s'affairait autour de moi me donnait la migraine.

« Comment… Nataniel était quelqu'un de confiance... »

J'avais peine à cacher ma déception.

« Autant ne pas y penser maintenant. Il vaudrait mieux que j'attende d'avoir un peu de recul sur tout ça pour éclaircir ce merdier. »

J'arrivai à convaincre tout le monde que je pouvais rentrer tout seul. Devant leurs réclamations, je décidai de demander, pour rassurer, que Yann m'accompagne. Lui aussi savait que Nataniel était dans les parages, et ses questions pouvaient être embêtantes selon à qui il les posait. Il était évident pour moi que de toute manière, ma présence à elle seule semblait constituer un danger pour les autres. Je trouvais normal d'avertir les plus proches à quoi ils s'exposaient.

Tout en parlant à Yann sur le chemin, je repensais à ces films d'horreur où le spectateur peste contre la stupidité de la fille qui, bonne poire qu'elle est, va voir d'où vient le bruit mystérieux qu'elle a entendu. Jamais je n'avais compris pourquoi les héros allaient de l'avant afin de voir ce qui se cachait derrière une marre de sang. Maintenant que j'étais cette greluche, je comprenais mieux les motivations de cette dernière. « C'est clair que quand on est confronté à un truc pareil, on est comme happé par le frisson du mystère. On est tellement intrigué… Il faut qu'on sache. »

Si on m'avait dit que je m'identifierais un jour à un personnage principal de films d'horreur, j'aurais ri aux larmes, c'était certain. Mais là, je n'avais vraiment pas la moindre envie de rire. J'arrivai, boiteux, chez moi, avec Yann, toujours sonné par ce que je lui avais dit pendant le trajet.

_Voilà… Tu sais maintenant que tu risques gros en restant en ma compagnie.

Il me regarda avec son air sarcastique.

_Et tu me dis ça après que j'ai marché avec toi pendant une dizaine de minute dans la nuit? Écoutes, Tom, je t'ai toujours considéré comme le seul sur qui je pouvais compter. Quand David s'en est pris à moi, tu étais là... Je ne te lâcherai pas si facilement, tu sais?

_Je vois, dis-je en souriant Mais j'ignore ce qui nous attend. C'est peut être bien plus dangereux que toute une équipe de rugby…

_Et bien on avisera dans ce cas. Après tout ce que tu as fait pour moi, franchement, ce n'est pas maintenant que je vais laisser tomber. Et puis, tu sais ce qu'on dit! S'il faut t'accompagner, nous t'accompagnerons. S'il faut se battre, nous nous battrons. S'il faut mourir, et bien tu mourras! Il faut pas déconner, non plus!

_Merci, ça fait plaisir! Si j'ai besoin de rien, je t'appelle!

« Après ce que je lui ai dit, il trouve encore le moyen de plaisanter. J'espère que lui, au miens, je pourrais compter sur lui, qu'il n'essayera pas de me tabasser! »

Je redoutais par-dessus tout la réaction de mes parents. Je savais d'avance que j'allais difficilement supporter toutes les questions, les gestes, les regards auxquels j'aurais forcément droit. Devant ma porte d'entrée, en regardant Yann partir, je me disais que la seule option consistait à jouer la stratégie féminine par excellence: le mal de tête.

 

 

 

 

Le reste me passa totalement à côté. Je me réveillai le lendemain en pleine après midi, dans mon lit, sans me souvenir de quoi que ce soit après que j'eus passé la porte de la maison, mis à part quelques bribes d'images. Cela m'arrangeait bien, il fallait l'avouer. J'avais le moral à zéro. Je me levai avec beaucoup de mal, le corps parsemé de bleus; des courbatures de partout; un mal de tête horrible…

Quand je descendis au salon, je vis mes parents, autour d'une table avec deux gendarmes.

« Logique. »

Ils me regardèrent tous. Je vis de la tristesse sur le visage de ma mère, mais aussi de l'inquiétude sur celui de mon père. Les gendarmes quant à eux semblaient sérieusement préoccupés. Je saluai autant que faire ce peu les agents, et embrassai mes parents. En m'asseyant, je remarquai la boîte de mouchoir à côté de ma mère. J'imaginai qu'elle avait passé un moment à pleurer hier soir, mon père à ses côtés pour la rassurer, la consoler. La seule chose qui pouvait me rassurer dans le fond était qu'ils ne savaient pas ce qui se cachait derrière mes bleus.

Un des deux gendarmes prit après un long silence la parole. Il me regarda avec un regard compatissant tout en m'expliquant que Nataniel était à l'hôpital. Ses parents et lui avaient eût la veille au soir un accident de voiture. Ses parents avaient tous deux trouvé la mort. Lui était dans un coma artificiel, afin de le maintenir en vie, le temps qu'on lui trouve un nouveau cœur.

Devant ses mots, je fixai les gendarmes sans savoir que dire, la bouche grande ouverte de stupéfaction et de terreur. Les questions dans ma tête se multipliaient. Je sentais le regard de mes parents surveillant ma réaction. Les gendarmes étaient là pour savoir comment deux amis avaient failli trouver la mort dans la même soirée. Ils étaient sûrs que je connaissais la réponse, ce qui était bien sûr faut. Sans exclure la thèse de l'accident, ils trouvaient bizarre qu'en pleine nationale, la voiture avait pu heurter un bulldozer.

_Un quoi? Un… Un bulldozer? Répétai-je, incrédule.

_Oui… C'est-à-dire que la voiture a reçu un choc frontal comparable à celui que pourrait faire un bulldozer. Nous n'avons pas plus d'information, mais même un camion n'aurait pas pu arracher de cette manière l'avant du véhicule. Je dois vous dire que c'est un véritable miracle pour nous que vôtre ami soit encore en vie.

Il marqua une courte pause.

_L'enquête va se poursuivre et déterminer les causes exactes de l'accident. En attendant, nous faisons, par mesure de sécurité, garder la chambre de Nataniel.

_Et vous dites qu'il est en attente de greffe? dis-je, la voix tremblante.

Le second gendarme pris la parole.

_Il faut que vous sachiez que l'accident a été extrêmement violent… Son cœur a été, de même que d'autres organes, endommagé... Par chance, nous avons pu…

Il regarda son collègue, lui même les yeux plongés dans ses papiers.

_Ses parents étaient donneurs d'organes. La greffe aura lieu demain… Les médecins ne veulent pas se prononcer pour l'instant.

J'avoue que je ne savais pas sur le moment ce qui était le pire. L'accident sur Nat', la perte de ses parents, la réaction des miens, celle des gendarmes, la nécessité de ne rien dévoiler, l'accident en lui-même… Les gendarmes partirent, sans que je bouge d'un pouce de ma chaise. J'avais envie de vomir, de pleurer, de crier, de tout balancer, de tout frapper, de mourir, de souffrir physiquement pour oublier la douleur que j'avais. Sans doute avais-je pensé que m'écrouler était la meilleure solution, car c'est-ce que je fis. Tout devînt noir et calme.

A mon réveil la maison semblait vide. Nous étions lundi, d'après ce que je voyais du réveil. Physiquement, j'allais mieux, mais moralement…

« Il faut que je le vois. »

Je regardai mon portable et y vis un message. Il s'agissait de Yann qui me disait pour Nat'. Encore abattu, je décidais de l'appeler.

_Salut. C'est moi.

_Ouais, salut Tom. J'ai su ce qu'il s'était passé pour Nat'.

_La menace est bien réelle, tu sais? Il est encore temps pour toi, je pense.

Il eut un silence. Je fus tout de même surpris de ne percevoir aucune hésitation dans sa voix. Il semblait aussi déterminé que moi.

_Oui, elle l'est. Mais on ne sait pas jusqu'à quel point. Et si c'était dangereux pour tout le monde? Après tout, on ne sait pas du tout ce qui se passe. Mais quelqu'un doit payer.

Je faisais mes cent pas habituels dans la chambre, le combiné dans la main. Je remarquai en passant la porte de la chambre entre ouverte. D'habitude, je n'aimais pas que les portes de la maison restent à demi ouvertes, mais là, j'avais d'autres chats à fouetter. J'acquiesçai en écoutant ce que me disais Yann. Il se montrait plus courageux, plus déterminé que je ne l'avais jamais été jusqu'à maintenant. J'admirai cela.

_C'est pas un accident.

_C'est clair, me répondis Yann sur le même ton.

_Maintenant, il faut savoir ce qu'il s'est vraiment passé. Il faudrait qu'on aille à la casse, voir dans quel état est la voiture. On trouve celui qui a fait ça, et on s'en occupe.

Le « ouais » de Yann sonnait non seulement comme une approbation, mais surtout comme un cri de rage. Un de mes meilleurs potes, même si je ne le connaissais pas depuis des lustres, venait de perdre en quelque sorte sa vie. Même si pendant deux jours, un sentiment de culpabilité m'avait gagné, j'avouais que j'avais du mal à croire qu'il était totalement étranger à cet accident. Je n'arrivais pas à m'expliquer pourquoi lui et pas moi. Pourquoi je n'avais eu qu'un simple avertissement et lui, une tentative de meurtre. Peut être avait-il quelque chose de spécial? Savait-il quelque chose?

_La greffe est demain. Si elle réussi, peut être qu'il s'en tirera rapidement…

_C'est quand même bizarre qu'ils s'en soient pris à Nat' et pas à toi… Pourquoi est-ce qu'ils ont fait tout ce cirque en se faisant passer pour Nat' si en même temps ils faisaient tout pour tenter de le descendre?

Je souri en songeant au fait que dans des situations comme ça, des jeunes comme nous ne pouvaient avoir du recul sur la situation. On avait même pas pris le temps de réfléchir à quoi que ce soit, ne serait-ce qu'au danger. Même le fait que tout était invraisemblable ne nous heurtait pas.

« C'est sûr que quand on a le truc devant les yeux, on ne se pose pas la question de savoir si on voit bien ce que l'on voit, ni même pourquoi on le voit. On agit en conséquence, un point c'est tout. »

On devait aller voir cette voiture. Je ne savais pas vraiment ce qu'on allait apprendre, mais il fallait bien faire quelque chose, et partir de quelque part.

_Tu ne connaîtrais pas quelqu'un justement qui puisse nous aider pour retrouver…

Un frisson me fit froid dans le dos. Je me tournai machinalement vers la porte entre ouverte. La lumière matinale passait par l'entrebâillement.

_Thomas? T'es toujours avec moi?

Le souffle coupé, j'allais à la porte.

_Thomas? repris Yann angoissé.

_Non, c'est bon, soufflai-je, j'ai juste besoin d'une petite douche.

_Ok, pas de problème, je te laisse, on se voit demain après midi pour la voiture! Salut!

Je posais le téléphone sur mon bureau, sans toutefois le quitter des yeux. Je commençai à me déshabiller pour prendre ma fameuse douche tant réclamée, le cerveau en ébullition de théories fumeuses.

« J'ai vraiment un mauvais pressentiment. Je suis en train de m'engager sur une voie sans retour possible. C'est un allé simple… »

Un allé que j'étais déterminé à prendre. C'était comme si je bouillais à l'intérieur, de rage et de colère. De rage pour ce qui était arrivé à Nat', contre ceux qui avaient provoqué ça, et de colère contre moi, qui en étais à cause.

L'eau chaude commençait à déferler sur mon crâne. C'était vraiment agréable. J'avais parfois l'impression en prenant ma douche que tout ce qui était impur partait en même temps que l'eau, le savon et la saleté. Peut être voyais-je cela comme un moyen de me débarrasser de ma culpabilité.

« Quelle importance. Ce n'est qu'un bain, rien de plus. »

Après tout, c'était la pure vérité. Ce n'était qu'un bain. Un stupide bain. Mais il fallait comme d'habitude que j'aille chercher midi à quatorze heure… et si tout était plus simple que ce que je ne l'imaginais? Sur le moment, je n'étais pas capable de dire si l'eau qui coulait le long de mon corps était chaude ou froide. C'était pareil pour mes idées. Elles allaient et venaient sans réel sens ni logique. J'étais forcé d'admettre que je nageais dans la confusion totale depuis quelques jours.

« Qui me dit que je ne me plante pas depuis le début? »

Un bruit me fit dresser les oreilles.

« Ça doit être les parents qui rentrent. C'est normal il est… »

Il n'était que cinq heures de l'après midi. Les parents ne rentraient qu'à sept heures.

Je regardais comme pour la dernière fois la lumière qui passait sous la porte, me contorsionnant dans la baignoire pour y voir quelque chose.

« Voyons voir ce qu'il n'y a pas. »

il y avait plus d'espace entre le sol et la porte de la salle de bain qu'avec celle des toilettes. 

Je déchantai très vite en voyant deux ombres devant la porte.

_Oh! Merde!

Alors que je tentais de me lever, un violent coup secoua la porte. Mon sursaut me fit me coucher au fond de la baignoire. Cette fois, c'était pour de bon. On aurait dit qu'un bélier tentait de défoncer la porte. Je sortis tant bien que mal de la baignoire, tombant par terre. De la poussière commençai à tomber des gonds de la porte.

« Elle va céder! »

Les coups se faisaient de plus en plus puissants, mais aussi plus distants les uns des autres, comme si le bélier prenait de l'élan. Je regardai autour de moi, plus secoué encore par mes battements de cœurs que par ceux de la porte. Je trouvai une paire de ciseaux que ma mère rangeait là pour couper les cheveux. Je vis avec enchantement le maillot de bain de l'été dernier qui traînait encore là. Je pris trois secondes pour l'enfiler, sans vraiment savoir pourquoi. Sans doute un mauvais réflexe.

Toujours sous les nombreux coups, la porte tremblait de plus en plus. Je déverrouillai sans faire trop de bruit la porte, les ciseaux à la main. Je bloquai la porte du mieux que je pouvais de mon corps, et calculai la fréquence des coups.

« Ça y est! C'est bon! »

J'ouvrai d'un coup la porte, prêt à recevoir le bélier. La vision du couloir vide me déconcerta.

« La chambre. La porte était juste à côté. Si ce machin est rapide, c'est là qu'il a pu aller. »

La respiration haletante, je n'imaginais qu'une seule alternative. Je pris une longue inspiration, et couru vers les escaliers. Le truc me souvit avec rapidité et descendit les marches environ deux fois plus vite que moi, à en juger par la rapidité avec laquelle elle m'attrapa. Une douleur au ventre me fit hurler, avant que la bête me fasse m'écraser contre le mur. Je me relevai, et la vît durant un court instant bondir sur moi. Je n'eus le temps que de prendre une chaise pour me protéger avant qu'elle ne s'écrase dessus, la faisant voler en éclats. J'avais la tête qui tournait.

« Lèves-toi, Tom, c'est pas le moment! »

Je voyais du rouge de partout.

« Merde, j'ai un œil crevé. »

Je ne savais plus où j'étais ni ce qu'il se passait réellement. Mon œil crevé ne devait être qu'une simple écorchure. La bête, elle par contre, se tordait de  douleur au sol. Un gros bout de bois s'était planté dans ce qui semblait être une articulation. Sans chercher à comprendre ce que je voyais, je pris une deuxième chaise, qui connu le même sort que la première: la tête de la chose. J'eus moins de succès. D'un coup de griffe, elle me la renvoya. J'entendis le verre se briser derrière moi. J'y voyais de moins en moins bien. Le sang m'aveuglait, tout devenait trouble. Épuisé, je posai genou à terre.

« Je dois… Me battre! »

La bête se releva à son tour, elle aussi avec beaucoup de mal. Elle posa le regard sur moi et émit un grognement, avant de pulvériser la fenêtre en prenant la fuite.

« J'ai… »

Je ne finis même pas ma phrase. Je tombai d'épuisement sur le sol.

 

 

 

 

_Que lui est-il arrivé? demanda une voix.

La voix résonnait. Il faisait noir.

_On en sait rien, on l'a trouvé là, étalé dans une marre de sang! répondit ma mère en sanglots.

_Il a perdu beaucoup de sang, il faut le transporter à l'hôpital.

_Non, docteur dit mon père, il nous a dit qu'il fallait éviter l'hôpital. C'est d'ailleurs tout ce qu'il nous a dit… Il faut trouver un autre moyen.

_Pourquoi éviter l'hôpital? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, bon sang?

Il eût un silence.

_Bon, je vais essayer de faire sans, mais c'est parce que je vous connais, et que je sais qu'il ne prend rien. Ça doit être vraiment important, s'il a pris la peine de vous le dire…

Lorsque mes parents me racontaient cela, quatre jours plus tard, j'eu toutes les peines du monde à m'en souvenir. Je me rappelais que je m'étais battu, contre un truc rouge, mais rien de plus. Mes parents m'avaient trouvé et, vu que je leur avais dit de ne pas aller à l'hôpital, avaient appelé nôtre médecin de famille qui était par la même occasion leur ami de long date. J'avais passé une dizaine de jours  dans le lit, à être soigné. Mes parents et moi avions eu des discussions chaque fois que j'étais réveillé durant quatre jours.

Ils avaient tellement de questions à me poser.

J'en avais également. Après ce qu'il m'était arrivé, ils n'avaient eût aucun mal à avoir une semaine de congés pour s'occuper de moi. Mon père avait instauré une sorte de tour de garde avec ma mère dans la maison pour que je puisse dormir et me restaurer. Rétrospectivement, ils comprenaient mieux ma demande d'éviter l'hôpital. Nous étions vendredi matin, et je commençai enfin à pouvoir soulever la tête de mon oreiller.

Mes parents m'avaient prévenu de ne pas paniquer avant que je puisse voir ce qui m'était arrivé. Effectivement, ce fût un choc lorsque je vis enfin mon ventre. Quatre énormes cicatrices partant du cœur et allant jusqu'aux abdos. J'en avais vomi tellement cela avait été dur à supporter. Pendant plusieurs jours, la fièvre me garda au lit.

Je me tordais de douleur, en silence, pour ne pas alerter inutilement mes parents. J'avais envie de me battre contre quelque chose. J'avais besoin de me battre. J'étais totalement incapable de m'avouer vulnérable. Cette cicatrice en était pourtant la preuve, et je culpabilisait d'une part de ne pas avoir été à la hauteur de ce que j'espérais de moi et d'autre part d'avoir ce sentiment totalement ridicule et égoïste. Si dans la vie il y a des hauts et des bas, ces semaines-ci en auront été les bas.

Ce qui m'avait aidé, c'était la présence sans faille de mes parents, leur attention sur moi leur surveillance, mais aussi les visites de Yann qui me donnait des nouvelles. La classe avait repris. Tout le monde avait été choqué par l'accident de Nataniel. Ce dernier allait un peu mieux. La greffe avait réussi, et il commençait la rééducation. Je n'en savais pas plus sur son état mental, vu que les nouvelles, Yann les tenait du médecin. Mais le fait était Nataniel ne voulait voir personne, ce qui devait en dire long sur la souffrance qu'il éprouvait.

Quant à moi, les autres avaient demandé quelques nouvelles. Même David s'était déplacé un jour pour me voir. On avait enfin eût une discussion autre que les habituelles vannes. Cela m'avait touché qu'il se déplace malgré nos différents. A croire qu'il m'aimait bien.

_Comment va ? m'avait-il dit, visiblement très inquiet.

_Bien, merci gémis-je.

_Ecoutes, commençait-t-il d'un air hésitant, je n'ai jamais été sympa avec toi. Mais ce qu'il t'arrive, à toi et Nataniel, c'est…

Je me souvenais sur l'instant son moment d'hésitation où il s'était anxieusement frotté les mains.

_Horrible, avait-il fini de dire.

On avait ensuite parlé de choses et d'autres. Chacun avait dû sur le moment se rendre compte qu'il ne connaissais pas du tout la personne en face de lui. J'avais vraiment pris plaisir à parler avec lui.

Tania aussi demandait régulièrement à Yann des trucs sur moi. Mais les choses avaient changés. Elle ne faisait plus partie de mes préoccupations. Cela faisait tant de temps que je ne l'avais pas vu…

Le vendredi, après onze jours passé dans un lit, je décidai de me lever.

J'hurlais de douleur alors que mes bras s'appuyaient puissamment sur le matelas afin de trouver une prise. Des larmes coulaient le long de mes joues. Ce n'était pas des larmes de douleur. J'étais en train de pleurer. Pour la première fois depuis le début, je lâchais enfin tout ce que j'avais sur le cœur. A bout de force, je basculai du lit et tombai par terre. Je pleurais, de tout cœur, de toute mon âme, du haut de ma tristesse. Comment dans ces moments là peut-on avoir encore le courage de continuer? Comment avoir encore cette envie de savoir?

Mon corps tout entier était engourdi de douleur, lorsque, énervé par tant de faiblesse, je me mis sur un pied.

« Qui suis-je pour abandonner? De quel droit, alors que Nataniel a perdu ses parents, je me permets de me plaindre!? »

_Lèves-toi, pauvre con! dis-je, gémissant.

J'hurlais à nouveau en décollant du sol mon genou. Mais je ne pleurais plus. Même si les larmes continuaient de tomber, je me refusais à pleurer.

La respiration haletante, je m'essayai à faire quelques pas. La douleur n'était supportable que parce que j'avais la pensé de ceux dont la souffrance était trop grande. Je n'étais pas religieux. Il m'arrivait cependant de me demander quelque fois s'il n'y avait pas une puissance qui s'acharnerait sur certains. Ainsi, alors que d'autres gagnent au loto, ces hommes payeraient pour les autres.

Je n'avais pas le droit de croire que je faisais partie de ces derniers, car j'avais toujours été chanceux. Pour tous ceux qui avaient moins de chances, je devais être fort, et lutter, comme pour leur faire hommage.

 

 

 

 

J'avais besoin de mes parents. C'était un fait. Même si je brulais d'envie de leur demander d'aller se mettre en sécurité, loin de moi, je ne le pouvais pas. Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivais, et leur présence était la seule chose qui restait à peu près stable en ce moment. Au bout de la journée, je m'étais assez exercé pour pouvoir marcher sans trop de problème. Même si je sentais que mon état s'améliorait, je ne pouvais m'empêcher de garder l'aversion que j'avais pour ce qu'était devenu mon corps.

Je commençais à en avoir vraiment marre de subir tous ces trucs. Je n'avais pas mérité ça. Nataniel non plus.

Je pris mon portable en main et cherchai dans le répertoire le numéro de Yann. J'aurais presque référé m'adresser à son répondeur. Cela m'aurait éviter d'avoir à lui demander directement quelque chose que je savais dangereux.

_Savoir ce qu'il s'est passé peut nous coûter cher.

_Plus cher que ce que ça t'a déjà coûté ? s'enquit Yann

_Bien plus, j'en ai peur. J'ai le sentiment qu'on s'engage sur un chemin sans retour.

_Non, Thomas, tu ne le sens pas. Tu le sais. De toute manière, je sais où est la casse automobile où est entreposée la voiture de Nat', ou plutôt ce qu'il en reste.

Je sentis du silence qui suivit ses paroles qu'il s'en voulait d'avoir dit ça. Je décidai de ne pas m'attarder là dessus et de continuer notre conversation.

_On peut y aller quand ?

_C'est toi qui me demande ça ? dit-il, à moitié amusé. C'est plutôt à moi de m'inquiéter de quand tu sera capable de venir ! Le mieux est que j'y aille demain. De toute manière, tu n'as pas de vélo pour y aller, et c'est à une dizaine de kilomètres de la ville.

De vélo, il est vrai que je n'en disposais pas. Mais il y avait la voiture de mes parents qui aurait pu faire l'affaire. Le problème est que j'avais déjà tellement tardé pour passer mon code pour la conduite accompagnée que je devais encore attendre deux ans avant de passer le permis. Je n'avais jamais pris le temps et maintenant…

_Prends des photos, s'il te plaît.

_J'y manquerais pas. Je te rappelle demain.

En posant le téléphone, je réfléchissais à ce qu'avait dit Yann.

« Je le sais. »



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25/11/2006
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Chapitre 5 partie 1

Chapitre 5 : De retour

 

 

 

 

 

 

_Je t'assure, maman, je peux très bien retourner au lycée !

Quoi que je pouvais dire, ni ma mère ni mon père ne concédaient ce que j'y retourne. Même si je n'osais pas leur dire, c'est quand même à la maison que je m'était fait attaqué.

_C'est trop dangereux pour toi ! Tu l'a dit toi même, tu ne sais pas ce qui est en train de se passer !

J'admirai la chose qui m'avait par le passé toujours agacé : la capacité aux parents de toujours montrer qu'ils maîtrisent la situation, alors que ce n'était pas le cas.

_C'est vrai. Je ne comprend rien à ce qu'il se passe, mais je dois aller de l'avant, maman. Il le faut ! Qu'est-ce que je deviendrais si je me laissais aller ? Et Nataniel ? Je vais le laisser tomber comme ça ?

Devant le regard perplexe de ma mère, je cherchais secours du regard auprès de mon père.

_Papa…

_Thomas. Ta mère a raison. C'est dangereux. C'est pour cette raison que tu devrais y aller. Tu dois savoir ce qu'il se passe, ou l'aventure qui est arrivé à ton pauvre ami risque peut être de se reproduire.

Ma mère regardait mon père avec des yeux ronds, sans que je n'y vois aucune contestation . Les larmes lui montant au yeux, elle décida simplement d'hocher la tête, puis de retourner à la cuisine d'un pas lent.

Pour ma part, je regardai mon père. Je tentai sur le moment de sonder le sentiment que j'avais. Ce n'était pas de la surprise, ni de l'inquiétude, mais de la stupéfaction, liée à de l'angoisse.

Voir mon propre père si inquiet, si sérieux… Lui qui était d'un naturel calme et optimiste, il arborait à présent un regard grave et profond qui me faisait me sentir mal dans ma peau.

_Fais bien attention à toi, dit-il, doucement.

Je lui adressai un sourire en coin en guise de réponse. Je savais que ça ne suffirait pas, mais les mots me manquaient pour dire quoi que ce soit.

Mon père alla chercher quelque chose dans la bibliothèque du salon. Le fait qu'il soit de dos ne m'empêcha pas de savoir d'avance ce qu'il allait chercher. Un objet caché derrière les livres. Un objet auquel je n'avais jamais eu le droit de toucher jusqu'à présent. Enfin, si, je m'en étais servi, mais quand mes parents n'étaient pas là.

_Fais bien attention avec ça. Je sais que tu sais t'en servir, mais surtout ne te fais pas piquer avec.

Mon père me tendis le poignard qu'il avait jalousement gardé toutes ces années. Un poignard du Japon féodal, m'avait-il dit un jour. Ce n'était pas certain. En revanche, sa solidité n'était plus à prouver et il était sûr qu'entre des mains expérimentées, cela deviendrait une arme de choix.

Le fourreau et le manche étaient tous deux de couleur marron. Le tout formait un ensemble assez homogène et très simple.

Chaque famille a toujours un trésor, une sorte de relique sacrée qui se passe de générations en générations. Nous, nous avions cette lame magnifique.

Mon père avait dû me voir m'entraîner avec dans le jardin, sûrement. Là aussi, la capacité de mes parents à connaître le moindre de mes faits et gestes m'avait toujours étonné. S'ils pouvaient savoir ce que je faisais, il était en revanche plus difficile pour eux de savoir ce qu'il y avait dans mon esprit. Je pris l'objet en main, sans le quitter des yeux. Le piquer dans le dos de mes parents pour jouer avec était une chose. Se le faire offrir pour se défendre en était une toute autre.

Le soir, seul dans ma chambre, je restais éveillé dans mon lit à contempler l'arme que j'avais installé à côté du sac de cours. Préparer ce dernier avait été assez drôle. Cela m'avait rappelé combien le lycée pouvait être cool, comparé à ce qu'on avait subit, Nat' et moi.

J'allais revoir Yann, David, Tania…Mais aussi Elodie, Marek et tous les autres.

« Nataniel… »

 

 

 

Le retour au lycée ne se fit pas sans éprouver une certaine douleur, notamment lorsqu'il fallu me lever à sept heures du matin. Fort heureusement, mon envie d'aller au lycée était plus forte que ma souffrance. Mes parents partirent comme à chaque fis vers 7h20, mais prirent le temps de bien me dire au revoir, sans bien sûr oublier de me dire de les appeler à midi, et quand je rentrerais…

Cela faisait 17 jours que je n'avais pas quitté la maison. Lorsque je mis le pied dehors, tout était si calme. Je fermai la grille derrière moi et contemplais la maison, comme pour la voir une dernière fois.

Sur le chemin, je tentai de faire attention au moindre détail de la route, à la moindre feuille. L'air sentait bon et était agréable. Jamais je n'avais autant éprouvé de plaisir à faire ce trajet. Avais-je mûri ? Ou n'étais-je simplement devenu plus mature qu'avant ? Je ne connaissais aucune réponse à ces questions. Mais je m'avouais très inquiet quand je pensais au fait que seul le fait d'avoir croisé la mort m'avait montré la véritable valeur de la Vie. J'avais peur que tout le monde soit comme moi, que tout le monde soit idiot au point de ne plus voir les choses importantes de la vie. Je plaignis ceux dans ce cas-là.

« Ils sont déjà morts sans le savoir. »

Maintenant, j'éprouvais du plaisir à remplir mes poumons d'air frais, à regarder les oiseaux virevolter dans le ciel azuré. S'en était presque poétique. Non. Ca l'était. C'était vraiment beau.

J'aurais voulu partager cette sensation avec le monde entier. Mais voir ne serait-ce que l'armada d'élèves devant le lycée, les voir, eux, si…différents.

« A moins que ce soit moi qui soit différent. Ou peut être est-ce le monde qui a changé pendant mon absence, parce que jamais il ne m'avait parût ainsi… »

Je souris. Je délirais à penser le monde de cette façon, en formulant les phrases comme si je les lisais dans un livre. En tout cas, ce genre de pensée, même si je ne les avais jamais lus, je les aurais bien écrite dans un journal ou un truc du genre. C'est dans ces moments là qu'on regrette toujours de ne pas avoir un papier et un stylo…

Certaines personnes me regardaient, puis se retournaient pour discuter avec leurs semblables. Je ne pouvait entendre que des bribes de conversation, des murmures.

_…T'as vu ? c'est le mec qui s'est fait chopé chez lui

_…Bizarre, ce qu'il leur ai arrivé à tous les deux…

Je fis mine de ne rien percevoir, comme à l'accoutumé. Sauf qu'ici, c'était de ma vie dont on parlais, et non de mes chaussures bizarres ou de ma façon de marcher. Cela me demandais d'autant plus d'efforts que quelques groupes ne se gênaient vraiment pas pour parler à voix haute.

Ce qui me faisait bizarre, ce n'était pas tellement l'impression que ceux autour de moi me jugeaient. J'y étais habitué. En revanche, j'ignorais ce que cela faisait d'être réellement le centre de conversation, mon impression se limitant normalement à un délire paranoïaque égocentrique.

Je pressais le pas, jusqu'à en avoir une démarche ridicule, tellement j'étais impatient de revoir tout le monde, de poser toute sorte de questions à Yann, de reparler à Tania, ou encore de discuter une nouvelle fois avec David.

 

Les conversations se turent très vite lorsque j'arrivai au niveau de la classe, qui attendais dans la cours la venue de notre prof de math bien aimée.

La plupart avait le regard rivé sur leurs chaussures, comme s'ils avaient honte de quelque chose. Seuls quelques uns osaient croiser leurs regards dans le mien. Parmi eux, Yann, bien sûr, mais aussi David qui esquissa un sourire en coin et Tania.

Alors que je m'apprêtai à entamer la discussion en arrivant au niveau de Yann, un grand baraqué se mit en travers de ma route.

Je levai le nez, surpris, pour voir Marek se tenir en face de moi. Avant que je ne puisse le prévenir que je n'étais pas en état de supporter quoi que ce soit, il mit sa main gauche sur mon épaule.

_Je sais que j'ai toujours été un enfoiré avec toi, Tom.

Il parlait d'une voix forte que tous pouvaient entendre.

_Je tiens à ce que tu saches que je suis avec toi. On est tous avec toi. On coincera ces fumiers, j'te le promet !

Ces paroles furent suivies de l'approbation du reste de la classe. Les yeux écarquillés, devant un mec de presque une tête de plus que moi, je bafouillai un merci, puis me retournai pour remercier aussi ceux derrière moi qui avaient levé la tête.

La prof de math, égale à elle-même, ne se rendit même pas compte de ma présence en ouvrant la salle de cours. Comme à son habitude, elle se mélangeait les pinceaux en choisissant parmi son trousseau de clés celle qui ouvrait.

Au fur et à mesure que la classe entrait, Yann, David et Tania se rapprochaient de moi, leurs regards complices.

J'entendis à l'oreille :

_Comment ça va aujourd'hui ?

Cette voix-là me fit sourire. Je me retournai lentement, pour voir le sourire parfaitement charmant de Tania.

Je choisis la table la plus en retrait. Yann et moi avions des trucs à se dire. La salle était bien éclairée. Elle avait une grande fenêtre à ma gauche qui donnait sur une partie de la cours intérieure et deux fenêtres à droite, plus hautes, qui donnaient sur la cours Nord.

Yann vînt s'asseoir à côté de moi, comme je le souhaits. Tania et David s'assirent à côté, devant moi, tandis que Marek choisit la table à notre gauche.

Je percutai dans l'instant le regard complice de Tania et David. Le pincement au cœur me fit tomber ma trousse.

_C'est arrivé pendant que tu… commença Yann.

Il prît une pause et continua.

_Ils se sont rencontrés sur le chemin de chez toi. Elle a vu qu'il n'était pas aussi con qu'il en avait l'air. Ils sortent ensemble depuis quelques jours. Je suis désolé.

Je me tournai en direction de Yann, l'air exaspéré.

_Et tu trouves ça drôle ? C'est tout ce que tu as trouvé en guise de bienvenue ?

Il sourit puis éclata de rire. La prof se retourna et chercha du regard l'origine de bruit, sans toutefois la discerner. La faute à ses lunettes, sûrement.

_Désolé, pouffa-t-il, mais c'était vraiment trop tentant ! T'aurais du voir ta tronche ! Ils se sont effectivement rencontrés en allant chez toi, mais ils ne sont qu'amis.

« Amis.. »

Je ne l'étais même pas avec Tania. J'aurais voulu  être tellement… Et je n'étais même pas de ses connaissances. Un frisson désagréable me parcourra le dos.

Je me concentrai sur les intégrales marquées au tableau. Le but était simple. On avait une un calcul d'intégrale et on devait faire une intégration par parties. Il fallait prendre le début, et le remplacer par, euh…

La prof continuait dans l'indifférence générale son cours de sa voix de vieille peau.

Personne ne l'aimait. Il fallait dire qu'elle ne faisait rien pour.

 

Je posai le regard sur la feuille de Yann. Il me regarda, amusé. Il avait déjà fini. Il soupira et tourna la feuille de manière à ce que je puisse en voir le contenu et le copier sur ma feuille.

Frustré par mon manque de sérieux, mais aussi d'intelligence, je décidai d'en venir aux choses intéressantes.

_Tu as vu quoi à la casse ?

_Rien, désolé. Elle était fermée hier soir. Tu veux venir avec moi ce soir ?

_Mais elle est où ? Parce que je n'ai pas de vélo, moi !

_Ah ben c'est sûr que déjà à pied, ça fait une trotte, mais alors avec tes chaussures, ça prendra la soirée !

Je le regardai, l'air exaspéré. Il riait dans son coin, tout content de sa blague. Il n'avait pas tort. Mes chaussures étaient…massives.

David se retourna.

_C'est pas fini de piailler, tapettes ?

Tania lui mis une tape derrière la tête alors que la prof écrivait chiffre pour chiffre le calcul qu'avait fait Yann.

« Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour être à la place de David… »

Je n'avais aucune chance avec elle. Pourquoi est-ce que je continuais me faire autant de mal ? Cette fille était à cent lieux de moi.

 

 

 

 

L'heure de la récré sonna, au grand soulagement de la classe. Deux heures de mathématiques fatiguait plus que la blessure qui me parcourait le torse. Elle était toujours aussi douloureuse. Mais je m'y étais habitué. Cela me rendait différent, en quelque sorte. J'aimais ça.

Je fis grincer mes canines, regardant d'un œil sévère ces imbéciles, incapables de comprendre quoi que ce soit.

Parce que différents, innocents, insouciants, ils ne l'étaient pas. Ils n'avaient seulement pas un point de vue assez large. Moi non plus d'ailleurs. Et c'était bien là le problème.

Une question de points de vue. Je ne comprenais pas ce qui arrivais car j'étais trop centré sur ma personne.

« Et si je n'étais pas le problème ? Si je ne l'avais jamais été ? »

De loin, Yann me fit signe de la tête pour que je les rejoigne, lui, David, Tania, Marek…

Les récents évènements les avaient rapproché. Mais je ne faisait pas partie de leur groupe.

D'un signe de tête, je déclinai son offre et partis de mon côté, le sourire en coin.

Je n'avais pas besoin de compagnie. J'avais besoin de réfléchir, besoin de marcher.

J'avais la sensation d'effleurer du bout des doigts la solution au problème. A moins que cela en soit seulement une parmi d'autres.

J'avais toujours résonné comme si j'étais le problème, m'incluant dans chacune de mes hypothèse en tant qu'élément de base.

« Et si je n'étais dans le problème que par erreur ? Si je n'étais là qu'en tant qu'élément de base ? »

C'était fort probable. Je n'étais qu'un gamin. Je n'avais été qu'un dommage collatéral.

_On ira le voir ce soir, si tu veux.

Yann se posa à côté de moi, sur les marches.

J'avais pris l'habitude de faire le tour de la cours pour aller me poser en face du stade d'athlétisme. Personne n'y allait jamais, sauf pour les cours de sports. J'y avais mon refuge perso.

D'autres bruit de pas se firent entendre.

Je restai à regarder devant moi, tandis que Tania s'assit en contre-bas, que David se mis sur ma gauche. Un dernier se mit derrière moi.

_Tu n'es pas seul Thomas dit David.

_Tu ne l'es plus renchéri Marek.

_Alors cesses de faire comme si c'était toujours le cas acheva Tania.

« Touché. »

_C'est très sympa à vous.

Je me levai de l'escalier et me tournai vers eux.

_Si j'ai besoin d'un coup de main, je vous appellerais sans faute !

_T'as plutôt intérêt…dit Marek en hochant la tête.

C'était adorable de leur part, mais je savais d'avance que je ne ferais pas appel à eux.

« Trop dangereux… »

_Bon, et bien, nous allons à la salle ?

Ils se levèrent puis ramassèrent leurs sacs.

C'était vraiment adorable de leur part de me soutenir ainsi. Je supposai sur l'instant que j'aurais fait la même chose pour eux.

Je ne le supposais pas vraiment. Je l'espérais, plutôt.

J'espérais tellement de choses, en réalité. J'essayais tant bien que mal de garder le contrôle de la situation, tandis qu celle-ci me glissait des doigts de minutes en minutes.

J'avais même parfois l'impression que mon corps lui-même échappait à ma volonté. Toutes ces pensées dont j'avais l'impression qu'elles venaient parfois de quelqu'un d'autre que moi, et tous ces sentiments…

En m'approchant de la classe, je regardais autour de moi, mes amis marchant à mes côtés.

« Et si j'étais tout seul ? S'il ne me servaient à rien ? S'ils n'étaient là que pour se donner bonne conscience ? »

Je m'en voulu de me poser ce genre de questions. Mais j'étais rarement celui vers qui on allait pour aider. J'étais le fantôme du coin de la classe, celui dont on parlais lorsqu' aucun autre sujet ne venait à l'esprit.

Pourquoi cela changerait-il ? Est-ce que je m'étais trompé à ce point sur la manière dont les autres me voyaient ?

« Quelle importance ? Ils sont là… »

_Ils sont là, murmurai-je en regardant mes amis.

_Qui sont là ? demanda Marek d'une voix distraite.

_Les envahisseurs répondis David.

Tout le monde rit  de bon cœur, même si sa blague n'était pas si drôle que cela. Pourquoi me torturais-je de la sorte alors que le principal était qu'ils soient présents lorsque j'en avais besoin.

Les cours furent intéressants, pour une fois. Cela venait sûrement du fait que je n'y avais pas mis les pieds depuis un mois.

 

 

 

 

Au lieu de renter chez moi le midi, je décidai de rester manger avec la bande. Nous allâmes nous acheter un sandwich au Point Chaud près du lycée pour ensuite aller sur le terrain d'athlétisme derrière le lycée, là où quelques groupes dispersés étaient en train de manger.

Avoir Tania à côté de moi, dans l'herbe, me faisait bizarre. J'étais heureux, mais frustré de ne pas être véritablement avec elle. J'avais envie d'exploser, de montrer tout ce que j'avais en ce moment si parfait.

On se sentait si bien là. Le vent caressait mon visage.

_Alors, dit Marek, la bouche à moitié pleine, il paraît que tu as une immense cicatrice ?

Je tournai mon regard vers Yann, prenant un air désabusé. Mais même cette question ne pouvait enlever cette bonne humeur qui siégeait en moi.

_Sérieux ? s'étonna Tania. Fais voir ?

Cela aurait été un des garçons, je l'aurait envoyé gentiment chier. Mais c'était Tania. Il fallait faire preuve de plus te tact.

_Je ne préfère pas la montrer… Elle est assez impressionnante.

« Merde, je n'aurais jamais dû dire ça. Si tu voulais la dissuader, Tom, c'est raté. »

_Ben justement, raison de plus, renchéri David.

« Après tout…Si ça lui plais. Elle pourrait être impressionnée ? »

J'avais pourtant quelques raisons de ne pas la montrer. Non seulement j'étais complexé par mon petit bide sans abdos, mais aussi –et surtout- je ne voulais pas trop en dire sur comment je me l'étais faite.

Je soupirai devant l'insistance générale et me levai tranquillement. Une fois devant eux, je relevai mon tie-shirt.

Les réactions furent à la hauteur de ce que je redoutais. Yann baissa les yeux vers le sol, David porta la main à sa bouche tandis que les larmes montaient aux yeux de Tania. Marek se contenta seulement de me consoler.

_Bah putain, fit-il, les yeux fixés sur les quatre marques de griffes.

Je me rassis aussi lentement que je m'étais levé et recommençai à manger.

« T'as raison, pour péter l'ambiance, il n'y a pas mieux ! »

_C'est… Ce n'est pas…

Tania cherchait avec difficulté ses mots, si ben que je ne savais pas vraiment où elle voulait en venir.

_C'est pour cela que tu es resté cloué au lit pendant des semaines ? Mais c'est arrivé comment ?

Elle me regardait droit dans les yeux. J'avais presque le sentiment qu'elle regardait en moi. Les autre devaient probablement me regarder aussi, mais son regard captait toute mon attention.

_Des fois, je me dis que c'est arrivé à quelqu'un d'autre, que je n'ai rien à voir avec ça.

J'essayai sur l'instant de me rappeler avec exactitude ce qu'il s'était passé.

« Il y avait la maison. J'étais dans la salle de bain, et quelque chose était de l'autre côté de la porte. »

_Quelque chose…

Je me rendis compte que tous était pendus à mes lèvres, ne comprenant pas à quoi je faisait allusion.

_De quoi tu parles ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda David.

Même Yann n'en connaissait pas la réponse. Je n'étais moi-même pas sûr de savoir. Je posai les yeux sur la tomate qui dépassait du sandwich de Marek.

_Il y a plusieurs semaines, je me suis fait attaquer chez moi.

_Par qui ? enchaîna rapidement Marek, posant par la même son déjeuner.

_Attends, laisses moi finir. Ce truc, cette chose qui m'a attaqué, ça n'était pas humain. Une espèce de… De loup garou rouge.

« Le mec qui a raconté avoir ramassé un poil de dessous de bras appartenant au yeti doit sûrement être plus crédible que moi. »

David prit une longue inspiration.

_Tu dois avoir subit un choc émotionnel qui a fait que tu as substitué la réalité avec des croyances ou du moins des images appartenant à ta culture. Être attaqué chez soit est extrêmement traumatisant, vu que c'est là où tu te sens théoriquement en sécurité. Du coup, ton agresseur sûrement vêtu de rouge, est devenu par la suite quelque chose de non-humain, quelque chose de fantastique, afin de refouler la réalité de l'agression et de faire passer cette dernière pour un cauchemar.

Nous regardâmes David, les yeux écarquillés.

_Ma mère est psychologue dit-il en approuvant notre réaction d'un hochement de tête.

C'était tout à fait faisable. Cela n'expliquait pourtant pas la blessure qu' « il » m'avait fait. Mais sa démonstration me rassurait suffisamment pour que je la prenne comme raisonnement logique.

_Mais c'est arrivé quel jour ? reprit Yann.

« C'est vrai, c'était quel jour ? »

_Je sais plus dis-je d'un air désolé.

_Regardez moi ça enchaîna Marek en montrant une fille d'un signe de tête.

Je savais qu'il souhaitait changer de conversation, et je lui en étais gré.

_Ca n'a pas l'âge de voter que ça porte déjà un string.

J'ignorais que Marek était si à cheval sur ce genre de chose.

Machinalement, je tournai la tête en direction de la « fille au string », histoire de voir si… Si c'était si voyant que ça.

_Alors vous, les mecs, pour mater, vous êtes forts, tiens !

Nous étions effectivement tous en train de regarder la jeune fille, oubliant par la même Tania qui ne manqua bien sûr pas de montrer son mécontentement. Le regard lointain, dans une direction opposée à la fille, elle soupira.

_Si elle veut mettre un string, continua-t-elle, ça la regarde, pas de quoi en faire toute une histoire !

David explosa de rire.

_Si elle ne veut pas qu'on la regarde, elle n'a qu'à ne pas l'exposer à tout le monde !

Marek et Yann approuvèrent d'un signe de tête, affichant tous deux un grand sourire. Ils n'avaient pas tort. La réaction de Tania était légèrement exagérée, d'autant plus que la présence d'un string rouge dépassant un pantalon taille basse noir avait du mal à paraître anodine.

_Attends, c'est quand même son choix que de s'habiller comme elle le souhaite, et vous, vous la matez tout ça parce que…Bon c'est vrai, c'est un peu voyant.

_Et toi, Tania, tu portes un string ? demanda Yann.

Elle devînt pale sous l'interrogation surprenante de Yann puis, rapidement, la couleur de son visage vira au rouge vif. Marek et David étaient tous deux pliés de rire tandis que ce sacré plaisanté semblait réellement attendre une réponse.

Elle bafouilla quelques mots absolument incompréhensibles, du moins lorsqu'ils étaient audibles.

_C'est mon affaire, ça ! finit-elle par dire

Je me mis à rire à mon tour, face à la gène de Tania qui de tous temps m'avait semblé si sûre d'elle. Elle nous dévisagea, chacun notre tour, puis sourit.

_Bandes de cons !

_Ouais ! dis-je, tout content.

Elle me jeta un regard qui me fit me déconnecter de la réalité durant quelques secondes. J'en frissonnais lorsque Yann nous rappela qu'il restait encore une demi-heure devant nous avant la reprise des cours.

Nous passâmes quelques minutes, bercés par le silence des autres criant et se courant après, d'immenses platanes dont les milliers de feuilles bougeaient et virevoltaient au gré du vent et par les oiseaux piaillant de toute leur force.

Un grondement se fit entendre.

_C'est quoi ça ? dit David.

_J'en sais rien, répondis-je inutilement.

Le grondement ne dura que quelques secondes avant de s'amplifier de telle manière que le sol paru trembler.

Lorsque cela finit, seul le vent se permettait encore de faire du bruit. Même les oiseaux faisaient silence.

Peu à peu, des chuchotements venant des quatre coins du stades se firent entendre. Yann posa son regard sur moi, sérieux.

Je poussai un long soupir.

_Tu sais ce que c'est ? me demanda lentement Yann.

_Non, je n'en sais rien.

_Comment peut-il savoir ce que c'est, crétin !

David mis une tape sur l'épaule de Yann, lequel porta la main à cette dernière.

_On aurait dit une explosion, comme si un bâtiment avait sauté, signala Tania qui n'avait même pas remarqué le coup de David.

_Tu veux dire qu'on a subit une attaque ?

Marek, jeune homme confiant, montrait un peu trop d'inquiétude pour que je me sente totalement rassuré.

_Des terroristes ? enchaîna David.

_Bah tiens, tu peux te foutre de moi, avec tes questions ! rétorqua Yann en riant.

_Il va falloir qu'on aille à la casse ce soir lui fis-je.

_Et comment comptes-tu y aller ? Tu n'as pas de vélo !

Tania leva les yeux vers nous.

_Vous voulez aller à a casse pour quoi ?

Marek acquiesça. Il avait dû comprendre le lien.

_Tu veux aller voir la voiture de Nataniel, dit-il. Toi non plus tu ne crois pas aux conneries des gendarmes… J'ai une voiture, je peux vous y amener.

David et Tania nous regardèrent tous deux avec un air interrogateur.

_Je viens, dirent-ils en même temps.

 

 

 

 

Les nuages rouges commençaient à cacher ce qu'il restait du soleil de cette journée lorsque nous sortîmes du lycée. Une teinte rouge couvrait alors la ville, ce qui était assez inhabituel pour la saison.

Chacun en sortant du lycée appela ses parents, avec plus ou moins de réussite. Marek engueula sa mère afin qu'elle le laisse nous conduire tandis que David et Yann marchandaient avec leurs parents respectifs.

Tania quant à elle eut à affronter au téléphone le refus de son père à ce qu'elle nous accompagne.

_Je sais ce que je fais, papa, je suis assez grande pour me protéger !

« Ainsi la fille au caractère bien trempé est-elle seulement surprotégée par son père. Elle a peut être un grand frère, ce qui expliquerait bien des choses… »

Finalement, son père flancha et lui permis de nous rejoindre. Toute contente, elle nous rapporta la bonne nouvelle en rangeant son portable.

Pour ma part, j'appelai mon père, sachant très bien que jamais ma mère ne me laisserai aller me balader avec des potes par les temps qui couraient, d'autant plus lorsque la nuit tombait.

« Ce serait un comble que je sois le seul à ne pas pouvoir venir ! »

Le téléphone sonna une fois, puis deux, puis trois. Le répondeur se déclencha à mon grand soulagement.

_Oui, papa, ben c'était moi. C'était juste pour te dire qu'avec les potes, on allait se balader en ville, et que je viendrais peut être un peu plus tard.

Je m'éloignai quelques instants du groupe afin de rajouter LA phrase qui serait susceptible de le rassurer

_T'en fais pas, je ferais attention…Allez, à ce soir !

Je raccrochai le téléphone, accompagnant mon geste d'un soupir. Je fis un signe de tête a destination des autres afin que nous prenions la direction de la voiture de Marek. *

_T'avais pas dit que tu avais une voiture ? se moqua Yann.

_C'est quoi ça ? dit Marek en montrant son engin.

_C'est une tondeuse à gazon avec un toi et des sièges par dessus.

J'échangeai un regard avec David qui, amusé, devait comme moi être d'accord sur l'Etat douteux de cette…automobile.

Après avoir tenté tant bien que mal de trouver chacun une place dans la petite voiture toute rafistolée de Marek, ce dernier démarra.

 Tout se mit à trembler : les fenêtres, les portes, le capot du moteur même, comme si elle était atteinte de la maladie de Parkinson.

Sur la route, je me rendais peu à peu compte que nous partions vers l'aventure. Un sentiment d'excitation me poussa à expliquer aux autres le peu de choses que je savais, ou du moins, que je croyais.

_Voilà ce que je sais, dis-je un peu fort afin d'être entendu de notamment de Marek et de Tania, à qui avait naturellement laissé la place de devant.

_Il y a quelques mois, j'ai commencé à faire des rêves super bizarres, où une bataille avec des anges et des espèces de démons se déroulait. En fait, il s'agit d'un rêve, mais qui est de plus en plus complet à chaque fois.

Tout en parlant, l'image de la bête bleue qui fonçait sur moi dans le dernier de mes rêves revînt à l'esprit.

 Je cherchai dans mon esprit à la comparer avec ce que je me souvenais de la chose rouge qui m'avait attaqué.

« C'est vrai qu'elles semblent si… »

Je revînt de mon moment d'absence alors que Yann continuait l'histoire en faisant référence à ce que j'avais dit à Nataniel, et l'incident au lycée, le soir de son accident.

_Attends, coupa David, tu veux dire qu'une sorte de fantôme de Nat' t'a attaqué alors qu'il venait d'avoir l'accident ?

_Pas exactement, repris-je. Je dis juste que celui qui m'a attaqué ressemblait à Nat', et que j'ai eus une sensation très bizarre avant qu'il ne m'attaque. Après, je me suis fait attaqué chez moi…



Voir Chapitre 5 Partie 2



24/11/2006
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