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Call Of Nemesis : Date indéterminée (partie 2/2)


Chapitre 3 : 21h11

 

 

 

 

La porte resta à demi ouverte, apparemment sans surveillance. Quelque chose clochait. D’abord le repas, le « je reviens avec une chaise », et maintenant la porte négligemment laissée sans garde... On cherchait à me rassurer, me mettre dans de bonnes dispositions. Savoir pourquoi leur attitude avait changé depuis notre première rencontre cette après midi me serait utile. J’imaginai de multiples hypothèses, sans qu’aucune ne me convienne. Ils n’avaient pas pu apprendre entre temps mon identité, puisque c’était pour cela qu’on me retenait ici.

Dans le même ordre d’idée, s’ils me connaissaient, ils devaient également savoir pourquoi j’étais ici. En fait, peu de choses pouvaient expliquer clairement leur nouveau comportement.

Les cacodaïmons n’avaient pourtant pas pour réputation d’être tendres. On les appelait justement ainsi puisque étymologiquement, cela signifiait « mauvais esprit ». Ceux qui croisèrent leurs routes –et qui y survécurent- rapportèrent plus tard qu’il s’agissait d’hommes et femmes particulièrement froids et sans pitié, capables de massacrer de sang froid des familles entières. Je tenais donc à rester vigilante, quoiqu’il arrive. Le moment était propice à la décontraction, et donc à l’erreur. Un faux pas maintenant, et le retour aux choses sérieuses serait extrêmement brutal. Au moins, cette fois, je n’avais pas eu à dissuader quelqu’un de me torturer. Enfin, pour l’instant.

Thomas –si c’était bien son vrai prénom- revînt sans trop se faire attendre –encore une chose troublante- puis s’assit jambes croisées sur la chaise qu’il avait rapportée. Je l’imitais, mais en gardant les jambes parallèles, pieds ancrés au sol. Cela n’avait l’air de rien, mais ma position était du coup bien plus active que la sienne. Il n’avait pas l’air de s’en rendre compte, ou du moins d’y accorder une réelle importance. Mais dans le jeu du « qui domine l’autre », la position pouvait révéler beaucoup de choses sur nos attitudes respectives.

Vu comment se présentaient la discussion, j’espérais en prendre et, pourquoi pas, récolter des informations.

_Vous devriez manger. La discussion risque d’être longue, et je me doute que vous devez avoir faim.

_Comme je vous l’ai dit, je souhaiterais plutôt...

Il me coupa la parole d’un geste lent de la main.

_Il n’y a personne à impressionner. Tout ce que je cherche, c’est à vous parler. J’ai seulement des choses à vous demander, et vous devez également en avoir...

Il laissa sa phrase en suspens dans le but de m’inciter à parler la première. Voilà un jeu où le premier à commencer avait toutes les chances de dévoiler ses cartes en mains. J’avais pourtant bel et bien une chose à lui demander. Je pris mon temps pour penser au mieux ce que j’allais dire. Je cherchai en moi un ton aussi confiant que sec :

_J’aurais une question, très brève, à vous poser...

Je marquai une pause et tentai de le transpercer des yeux.

_Vous jouez à quoi ?

Il fronça les sourcils et accentua son attention sur moi. Si je m’avouai avoir du mal à soutenir son regard, il était hors de question de porter le mien ailleurs. Après tout, je n’en étais pas à ma première fois.

_Qu’est-ce que vous voulez dire ?

_Vous m’avez enlevée, mise dans cette pièce où je suis retenue prisonnière et dans un même temps, vous tentez de me rassurer, m’apportez un repas chaud et proposez une discussion au lieu d’un interrogatoire. Faire tout cela alors que vous m’ôtez ma liberté...

Il ricana et accompagna ses mots de haussements d’épaule et de sourcil.

_Les autres veulent vous ôter votre vie. Vous voyez, vous y gagnez au change.

A court d’idée, je ne sus quoi répondre sur le moment. En réalité, il n’y avait rien à répondre. Tout ce que j’avais à faire était de sauter sur l’occasion, de rebondir sur sa phrase. Après un instant de silence, je repris la parole.

_Vous souhaitiez me demander « des choses »... Je suppose que vous ne m’avez pas sortie de là où j’étais par pur altruisme. Je peux apparemment vous rendre service. Nous serons deux à y gagner au change, vous voyez.

Il éclata de rire. Il décroisa ses jambes et se pencha vers moi. La pression était redescendue dès qu’il eut parlé des « autres » qui tenaient à m’ôter la vie. Ce jeune homme en face de moi ne faisait donc pas partie de la Troisième Faction. Si ce constat me réjouissait, cela signifiait par la même que j’en savais encore moins que ce que je croyais sur lui, qui, à l’inverse, était bien documenté.

_Vous vous appelez Tarah Belahid, reprit-il, lentement. Vous avez quarante-quatre ans et êtes journaliste de terrain pour les chaînes nationales. Voilà ce que je sais. Ce que j’ignore, c’est ce que vous avez appris.

_A propos de quoi ?

_De la guerre dans ce pays. De ses origines. De ceux qui l’ont déclenchée.

Je me rappelai avec lui comment nous en étions arrivés là. Tous ces évènements apparemment anodins qui coïncidaient tous peu à peu vers le chaos. D’une simple grève, tout dérapa. Il y eut des morts, par dizaines, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. S’en suivirent d’autres faits tragiques. Les forces de l’ordre firent feu quelques semaines plus tard pour maîtriser une foule de manifestants. Bientôt les cortèges funèbres se transformèrent en groupes d’émeutiers. Le pays tout entier devint rapidement une bombe à retardement. Des points de violence apparurent dans les mois qui suivirent un peu partout et contraignirent les élus à demander l’intervention de CRS, ainsi que la mise en place d’un couvre feu. Mais ce qui devait calmer la population l’embrasa. La gendarmerie fut attaquée, et parfois même mise en échec. C’est alors que nous perdîmes contact avec quelques casernes de pompier, de gendarmerie, et même militaires. Le temps que l’on réagisse, que l’on fasse notre travail, tout était fichu.

La France était en pleine guerre civile.

Je revus les annonces de presse posées sur la table, avant mon départ. On y lisait que des points chauds se formaient un peu partout en Europe.

Des milices se regroupèrent, et c’est alors que l’on commença à parler de factions. La première était incarnée par les forces de l’ordre de l’état, tellement submergées qu’il leur arrivait d’attaquer des villes sur un simple soupçon. La seconde avait été formée par des civils, pour protéger les points stratégiques. C’était de loin la moins organisée, s’attaquant les uns les autres. Enfin, la fameuse Troisième, dont je n’avais pas saisi les vrais motivations.

On entendait dire qu’ils souhaitaient un nouvel ordre mondial. J’étais sûre qu’il s’agissait d’autre chose. Aucun groupe alter mondialiste, aussi extrémiste fût-il, n’avait réalisé le centième de cette opération. L’armée elle-même ne pouvait stopper les cacodaïmons. Ces derniers représentaient être les décideurs de cette organisation. Un halo mystérieux les enveloppait, ils étaient comme des légendes dont on narrait les exploits invraisemblables. Outre la dimension mystique, des gens les suivaient dans leurs choix et les écoutaient, ce qui en faisait des personnes particulièrement dangereuses.

_Lorsque les émeutiers se sont organisés en milices, j’ai rapidement constaté qu’elles étaient interconnectées. Elles possédaient une capacité de coordination étonnante, pour des groupes de civils. Certains groupes paramilitaires ne sont pas aussi organisés. J’ai appelé mes contacts de l’armée de Terre, et appris qu’ils perdaient des casernes. Les tanks qui nous ont attaqué devaient provenir de l’une d’entre elles. Une partie de l’armée a déserté et rejoins les milices.

Au fur et à mesure que je parlais, je prenais mes aises, commençais à m’exprimer avec les mains. L’interrogatoire tant attendu ne devenait en fait qu’une simple discussion. J’en oubliais presque que j’étais sa captive.

_Quand avez-vous entendu parler de cacodaïmon, de Troisième Faction ?

_Une fois que j’avais identifié la coordination, j’ai surveillé les actions menées contre l’armée. Naturellement, à chaque vague de points chauds, on trouvait un point de violence qui éclatait avant tous les autres. Il y avait donc une cellule décisionnaire, que j’ai localisée par recoupements. J’ai pris mon caméraman et nous sommes partis pour ici, dans le Sud, pour trouver cette cellule, quatre jours avant l’attaque. La suite, je crois que vous la connaissez.

_Je vois...

Il parut absent, quelques secondes, le regard fixe sur le sol, puis revint à moi. Il se leva de sa chaise et fit quelques pas.

_Je pensais vraiment que vous aviez compris...

L’atmosphère se refroidit aussi sec. Désormais, lui seul avait encore des cartes en mains. J’avais mal joué mon coup et avais perdu l’initiative. La seule chose que je pouvais maintenant faire était de suivre ses mouvements. Echec et mat.

_Compris quoi ?

_Ce qu’il se passe dehors...

Il laissa volontairement un long silence planer. Finalement, j’admettais qu’il maîtrisait l’interrogatoire finement, pour un aussi jeune homme.

_Ce n’est pas une guerre civile.

_Que...

Je ravalai ma salive et refermai ma bouche béante. Il se moquait de moi, c’était inconcevable !

_Qu’est-ce que vous en savez ?

_Parce que je fais partie des personnes qui en sont à l’origine.

Mon cœur battait plus fort que ce que pouvait grogner mon estomac. Cet homme se tenait en face de moi, me fixait de ses yeux noirs perçants, un sourire de satisfaction aux lèvres.

Il avait gagné un point en me faisant baisser ma garde. Il s’amusait depuis le début à me faire tourner en bourrique,.

Tout était fait pour me mettre en confiance, afin de mieux me briser ensuite. Sans aller jusque là, la situation état passablement déstabilisante. Cela rendait au moins les choses plus intéressantes.

_De quel côté êtes-vous, exactement ?

_De celui des vivants.

Je pouffai de rire. Sa réponse voulait tout et rien dire à la fois. Je n’eus cependant pas l’occasion de répliquer. La porte s’ouvrit, avec « le serpent » derrière. L’homme blond qui accompagnait Thomas la première fois que je les avais vus se tourna vers moi, avant de s’adresser à son complice.

_Salutations. SinSèrement attriSté de Saloper Sette Superbe diScuSion, Sependant, nous Sommes aSiégés.

_Pile à l’heure. Nous en avons encore pour quelques minutes. Tu t’occuperas de son extraction après.

_Soit. Serait-tu Surprise de Savoir que les States et les britanniques ont Succombé SucSeSivement ? Sa nous a été tranSmit à l’inStant.

_Ils n’auront pas tenu bien longtemps...

Il soupira, perdu dans ses pensées alors que le blond sorti de la pièce. Pour ma part, je restai un peu sonnée de ce que je venais d’entendre. Il disait vrai, ça ne pouvait être une guerre civile généralisée, nous devions nous l’avouer une fois pour toute. Je finis mon résonnement à haute voix, dans l’espoir qu’il puisse m’aider.

_Ce n’est pas une attaque extérieure... Nous aurions déjà identifié l’ennemi... Mais quel groupe est assez puissant pour s’attaquer à plusieurs pays simultanément ?

Il sorti de ses réflexions d’un haussement de sourcil.

_Vous ne vous posez pas la bonne question, celle qui vous permettrai de tout comprendre.

« La bonne question... »

_...Qui sont les cacodaïmons ?.

Il sourit et s’approcha de moi. Je restai alerte, étant donné son caractère imprévisible.

_Voilà. C’est la bonne question à se poser.

Il sortit une enveloppe épaisse et froissée, pliée en deux, que je pris en me levant.

_Qu’est-ce que c’est ?

_C’est la raison pour laquelle nous vous avons amenée ici. Nous devions d’abord savoir qui vous étiez avant de vous confier de telles informations. Avant que vous ne le demandiez, elle contient ce dont vous avez besoin pour comprendre.

M’offrir un tel cadeau devait sûrement comporter une clause, de celles que l’ont ne lit jamais.

_Pourquoi vous m’aidez ?

Je vous l’ai dit, j’ai une grande part de responsabilité dans ce qui arrive au Monde. Il est temps de dévoiler la vraie nature de ce conflit. Nous devons nous organiser.

Il se dirigea vers la porte. Je le suivis machinalement et nous sortîmes dans un couloir d’hôpital. Durant tout ce temps, j’avais été enfermée dans une espèce de pièce de stockage.

« Si j’avais su. »

Le bâtiment entier était en ruine, couvert des cicatrices dues à ces derniers mois. Je plissai les yeux du fait de la luminosité ambiante.

Des tirs d’armes automatiques résonnaient continuellement. Parfois, des détonations plus fortes se faisaient entendre.

_Vous organiser ?

_Oui. Pour la contre-attaque.

Il m’amena dans une pièce où « le serpent » et d’autres hommes armés attendaient, puis il se tourna vers moi.

_Nous nous séparons ici. Ces hommes vous escorteront jusqu’à Paris, où vous diffuserez votre reportage pour lequel sont morts vos amis. Envoyez-le à qui vous pourrez.

Ce qui me toucha à ce moment précis fut sa façon de me parler. Ce jeune homme si gave, si affecté semblait porter un fardeau que je n’avais même pas envie de connaître. J’acquiesçai à ses mots et m’efforçai de communiquer ma compassion. Aucun jeune ne devrait connaître ça. Personne.

_Thomas ! Un des leurs est entré dans l’hôpital ! cria un homme torse nu, habillé seulement d’un short, derrière nous.

Je vis dans son regard un « adieu » que je lui renvoyai. Ses traits de visage se durcirent, puis il fit demi-tour pour rejoindre le grand brin en short, avant de disparaître.

On me tapota l’épaule. Le « serpent » -je pensai lui attribuer définitivement ce surnom- me tendit un sandwich, le sourire en coin.

_Sachez que votre déSès Serait aSez regrettable, Surtout à cause de Sette alimentaSion peu nourriSante que vous Semblez cultiver.

Je le pris et le remerciai de bon cœur. Le voyage aurait été rude sans manger. J’avais peut être perdu deux personnes cette semaine, mais j’avais trouvé des alliés –certes étranges.

Peu importait de savoir qui ils étaient vraiment.

Nous nous dirigeâmes en groupe, moi au centre, vers une des sorties. Une déflagration impressionnante se fit entendre dehors. Des ordres furent criés, et nous sortîmes dans une tempête de balles et d’obus en direction d’un camion. Certains des hommes qui m’accompagnaient stopèrent leur course pour faire feu. Je les perdis de vue. Sans doute étaient-ils derrière moi. Je pensai à Thomas, ce qu’il m’avait confié. Je n’étais pas dupe, je savais pertinemment que nous devions nous dépêcher, si nous voulions avoir une chance de diffuser le reportage. La vue au dehors me conforta dans mon idée. Bientôt, les chaînes cesseraient d’emettre, jusqu’à la fin de la guerre. Restait à savoir s’il existait un espoir de victoire face à cet ennemi invicible, invincible. J’avais déjà la chute de mon reportage en tête. Il suffisait maintenant d’arriver en vie à Paris.

« Il semblerait... Que nous soyons à l’aube de la Fin du Monde. »


Posté le 24/11/2007 | 445 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

Call Of Nemesis : Date indéterminée (partie 1/2)

Chapitre 1 :      _

 

 

Mes                                                                doigts                                       sont           

 
 

                                                                                                                       là.     

 

Je     

                                                             peux                                                les             

 

 

                            voir                                          sans                                bouger.

 

 

Ils                         sont                      couverts                                    de gravats.

 

 

Il                              me                  regarde,                                                                                                                                                          

                                                                                                   mort.                    

                           

 

Je…                       Je crois                                                        que je suis

            vivante.


 

 

 

Mais                                         j'ai du mal                                          à respirer.

 

 

Le vent                                                                 souffle,                           mais

 

je                          ne l'entends pas.                Je n'entends         plus.                  

Un   voile   noir   cache                         de   temps  à  autre                             ma vue.

 

La douleur                 vient                   ,                  progressivement.

 

Je   suis                                   au   sol,                                            sur  le  ventre.

 

_        !                  !        !

        

Du   coin  de  l'œil,                                         j'aperçois   Marion             qui   m'appelle,                                  à   moitié   cachée                       dans    une   ruelle.                         Je devine                                   ce qu'elle me dit.

« Planque-toi,                   planque  -  toi ! »

Mais   je   ne   peux   pas                                bouger.                 Mes  yeux  se  fixent

sur  le  sol  qui  tremble ,              le  grondement                 passe au dessus de ma tête   

en direction de la ruelle. Le souffle qui suit est si puissant que mon corps décolle et heurte la base d'un lampadaire. La souffrance me permet de me tenir éveillée.

« Tu dois te sortir de là. »

Je bascule mon bassin dans le but d'apercevoir l'avenue en aval et tends l'oreille, tant bien que mal. Contrairement à mon audition, ma vue ne me fait pas défaut. J'assiste à l'une des plus impressionnantes démonstration de puissance de feu de ma vie.

Les impacts creusent les façades, les vitres se brisent, des étages entiers sont pulvérisés par les tirs de chars. L'un d'eux a fait feu sur nous. Oui, c'est pour ça que je suis couchée. Ma jupe est fendue, trouée et très sale. Je devais –oui, je devais- la porter à l'antenne. Où est le caméraman ? Où est Marion ?

« Tu dois te sortir de là. »

Je suis sonnée, je le sais, tout comme j'ai conscience du fait que je ne peux pas me déplacer dans cet état. Les tirs se rapprochent, fusent au dessus de ma tête. Ils s'affèrent, courent et se cachent. Certains tombent, mais leurs troupes progressent, face à une division blindée en déroute. Les tirs d'obus sont moins fréquents, les chars se replient, j'ignore pourquoi. Ceux qui arrivent ne forment qu'une poignée d'hommes faiblement armés, à peine dangereux contre l'armada déployée. Cependant, pour moi, ils représentent une menace. De mon bras valide, je remets mes cheveux devant mon visage et fait la morte. Ils se rapprochent. Ils sont tout près, se parlent entre eux, mais je comprends mal.

_Il y a des survivants ?

_Non, je ne crois pas.

_Si, là ! Il y a une personne encore en vie ! Amenez vite un brancard !

Ils se posent tous tout autour de moi. L'un d'eux se penche. J'essaye de tomber dans les pommes, d'être morte, qu'ils me laissent tranquille. Mais je n'y parviens pas. Il est jeune, celui qui pose ses doigts sur mon coup, trop jeune, comme toujours.

_C'est           bon, on l'emmène, les gars ! Aller, on se bouge, maintenant !

Deux d'entre eux me soulèvent et me placent sur un brancard. Le paysage défile, me montre des corps sans vie, déchiquetés ; des décombres encore fumantes  et même deux chars complètement renversés. Parfois, la course stop un long moment, puis reprend de plus belle. Je ne regarde bientôt plus que le ciel et ses nuages. Juste le ciel.

 

 

 

 

Chapitre 2 : 13h17


 

 

 

 

Lorsque je repris conscience, il me fallut un long et douloureux moment avant de me souvenir de comment j'avais atterri là. La pièce sans fenêtre ne possédait pour seul meuble qu'une simple petite chaise en bois, usée par le temps. Une faible lumière jaune l'éclairait dans sa totalité. Ils me gardaient ici, sans doute pour m'interroger. En tant que journaliste, je devais avoir des informations qu'ils n'avaient pas. A moi de les marchander contre ma liberté. Seulement, j'en savais très peu, et ce serait sûrement insuffisant si je comptais également faire libérer le reste de mon équipe. Je stoppai net mon résonnement dès lors que je me souvins du sort de Yoann et Marion. Les larmes me vinrent rapidement et se bousculèrent bientôt pour couler.

_Tss !

« Ne pleure pas ! Pas quand ils pourraient venir te voir d'un moment à l'autre ! Tu te dis forte ? Alors prouve-le ! »

Je m'assis sur la chaise, pris mon inspiration et expirai lentement. Ce qui allait suivre ne laissait place ni au hasard, ni à l'erreur, et encore moins aux sentiments. Les ignorer rendait les épreuves plus simples à vivre. En un sens, le fait que je fusse seule me donnait un avantage, car il n'y avait pas d'autre personne dont il fallait se soucier, hormis moi. Je pouvais me permettre plus de liberté au niveau des négociations. Cette flexibilité était un luxe que je payais cher, de la vie de deux personnes que j'aurais voulu connaître davantage. J'avais rencontré Yoann le jour de son embauche. Un jeune caméraman drogué à l'adrénaline... Couvrir les conflits aurait dû être son truc, tout comme c'était le mien. La vie ne lui avait pas permis de poursuivre ses rêves. Quant à Marion, nous l'avions prise pour guide lorsque nous étions arrivés dans la région.

Tous deux connaissaient les risques d'un tel reportage. Les origines de cette guerre civile... Je n'aurais jamais dû confier un tel sujet à deux jeunes comme eux. Je n'y pouvais maintenant plus grand chose, à part essayer de sauver la dernière membre de l'équipe.

Sur ce dernier point, je focalisai mes pensées. J'ignorais tout de mes tortionnaires, leurs motivations, leurs méthodes d'interrogatoire.

Après des missions au Cambodge ou en Corée du Sud, jamais je n'étais tombée sur des ravisseurs que je ne connaissais pas. La difficulté résidait dans le maintient de la situation, sachant pertinemment que je n'avais rien pour marchander ou me battre, et personne pour me sortir d'affaire cette fois.

La porte s'ouvrit si brusquement que je manquai de peu de sursauter. Derrière, deux hommes –dont le jeune qui m'avait découverte- entrèrent. Les deux caucasiens, extrêmement différents, possédaient néanmoins exactement le même regard. Le premier, la trentaine, peut être plus, affichait un sourire qui ne le quittait semblait-il jamais. Le second, plus jeune possédait un visage bien plus grave. Mes deux visiteurs demeuraient immobiles et peu loquaces, si imposants, si massifs. Ils correspondaient à la description que m'en avait faite Marion, qu'elle-même avait entendu quelques semaines plus tôt.

Je me risquai au bout de quelques secondes à rompre le silence, quitte à ce qu'ils prennent par la suite l'initiative.

_Vous êtes... Des cacodaïmons, n'est-ce pas ?

Du petit sourire du premier émergea une rangée de dents. Le second se contenta de froncer les sourcils. Ils se regardèrent.

_Surprenant, n'est-Se pas ? S'est intereSant.

Le blond paraissait prendre plaisir à accentuer ses « s ». Maintenant que je l'entendais, il ressemblait assez à un reptile. Le visage allongé, ses yeux clairs brillaient, sans qu'il ne les eusse bougé des miens.

_Que Savez-vous de Sela ?

J'avais commencé à parler. Trop tard pour faire marche arrière et me taire. J'espérai néanmoins ne pas dire de monstruosité, ce qui malheureusement était fort probable, vu mon manque d'information.

_Vous êtes... La Troisième faction. Lors des première émeutes, vous avez mis le feu aux poudres, coordonné les cellules de tous le pays et finalement déclenché la guerre civile que nous connaissons.

Le serpent cacha sa rangée de dents, et ce fût le second qui montra la sienne.

_S'est déSevant...

Il baissa les yeux, pivota en direction de la porte, l'ouvrit, puis sortit sans rien ajouter. On aurait presque dit un gosse. L'autre par contre restait planté devant moi, sans bouger. Des deux, il était le plus impressionnant. Son visage ne trahissait aucune émotion et son corps ne laissait paraître que la maîtrise qu'il en avait.

J'avais repris l'avantage face à leur manège. Il m'appartenait désormais de rester silencieuse et d'attendre qu'il ouvre la bouche, ce qu'il ne tarda pas à faire.

_Cacodaïmon, hum ? Je dois vous avouer que je suis également très déçue par votre ignorance. J'espérais beaucoup de vous.

Il fit demi-tour, vers la porte. La faim et la soif se feraient bientôt sentir, mais il fallait que j'obtienne un nom à mettre sur son visage, seule manière d'établir un contact durable avec eux.

_Comment vous appelez-vous ?

Il se retourna, lentement.

_Un de mes amis vous dirait que la vraie seule question à se poser est qui êtes-vous, vous ? Interrogez-vous avant de demander à connaître mon identité.

Puis il passa d'un sourire de vainqueur la porte. S'en suivirent le silence et la solitude. Sans doute allaient-ils me faire mijoter une journée entière. Accessoirement, ce groupe, qui tenait apparemment à m'empêcher d'achever mon reportage, voulait ma tête. Puisque je vivais encore, je supposai sans trop me tromper qu'ils avaient modifié leurs plans me concernant, pour l'instant, du moins. Il ne fallait donc pas que j'espère sortir de là aujourd'hui ou demain. Je ne savais même pas à quel date nous étions. Cela faisait un, peut être deux jours que j'étais prisonnière. La seule information temporelle que j'avais était l'heure de ma vieille montre.

« Treize heures dix-sept. Ils viendront t'interroger la nuit tombée. Tu devrais dormir. »

Au bout de vingt ans passés à voyager d'un pays à l'autre, je commençais à connaître la chanson. Une chose qui ne pourrait sans doute jamais changer était ma manie de me materner sans arrêt, comme si j'étais incapable de faire quoi que ce fût sans me l'avoir au préalable ordonné à moi-même.

Je décidai de me mettre à l'aise, de leur montrer que je savais comment fonctionnait ce jeu. Je pris la chaise et la reversai juste contre la porte. Au moins, il ne me surprendraient pas durant mon repos. Je m'assis dans le coin opposé et me servis de ma veste comme d'un oreiller. Pour cette fois-ci, je comptais laisser la lumière allumée. Pour cette fois-ci seulement.

Comme prévu, lorsque l'on poussa la porte, la chaise bascula et me réveilla. Le jeune homme –encore lui- entra sans poser un seul regard sur la chaise, un plateau repas dans ses mains. Mon ventre grogna si fort qu'il fallut que je me lève pour camoufler le vacarme. Ce fut l'occasion de regarder l'heure, ce qui me permit de voir que mon estimation avait été bonne.

Je m'approchai de lui, pris la chaise et la remise debout, à sa place.

_Voici pour vous.

Il me tendit le plateau, que je pris, doucement.

_Merci.

Sans jeter un œil à ce qu'il y avait dessus, je le posai au sol, dans un coin.

_Si cela ne vous fait rien, je mangerai plus tard. Je souhaiterais avant tout discuter avec vous.

Un très léger rictus paru déformer son visage, mais les mots qui suivirent furent sur le ton de la réjouissance. Je me serais volontiers attaqué à ce qu'il avait apporté, mais pour rien au monde je ne lui aurais donné satisfaction.

_Bien. Dans ce cas, discutons.

Il me tourna le dos et se dirigea encore une fois vers la porte. J'allais encore le perdre ! Je le pris de vitesse, aussi calmement que possible.

_Je ne sais toujours pas comment vous appeler !

Il tourna la tête, les yeux rivés vers le sol.

_Avant, on m'appelait Thomas.

_...Et maintenant ? Comment vous appelle-t-on ?

Il leva ses yeux dans les miens, puis sourit, en guise de réponse avant de sortir de la pièce.

_Je reviens avec une chaise.






Posté le 24/11/2007 | 384 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Call Of Nemesis : L'ombre De La Bête (Partie2/2)

La porte s’entrouvrit sur une femme apparemment très inquiète de nous voir.

Elle avait déjà les larmes aux yeux lorsqu’elle appela son mari. Ce dernier descendu du premier, et nous proposa de nous asseoir.

Pierre prit la parole, et nous présenta. A peine avait-il fini sa phrase que la mère était déjà en sanglots. J’avais jamais vu ça. Le jeunot non plus apparemment.

Le mari prit une boîte de mouchoir et la posa sur la table. Elle en prit une pleine poignée.

_C’est au sujet de ce Nataniel et de mon fils ? demanda le père. De l’altercation qu’ils ont eue entre eux hier soir ?

_Quand a-t-elle eu lieu, cette altercation ?

Le père nous expliqua que ce matin, ils avaient reçu un coup de fil du proviseur du lycée Alphonse Benoît. Leur fils et Nataniel s’étaient battus après la pièce de théâtre, où ma Claire jouait, laissant leur fils pratiquement inconscient. Nataniel avait disparu sans laisser de trace.

_Ça s’est passé vers… onze heures du soir.

« Impossible… »

Un frisson me parcouru le dos, comme une décharge électrique. J’en avais les yeux qui piquaient. Foutue affaire. J’devais vraiment avoir la guigne pour chopper un foutoir pareil.

Pierre lui demanda s’il était sûr. Evidémment qu’il l’était. Sinon, ça n’aurait pas été marrant.

J’ouvris le dossier de photos et les fis glisser. Ils purent voir les parents, le fils, et ses kidnappeurs.

Ils ne reconnurent même pas Nataniel.

_Mon fils devrait bientôt se lever. Si cela ne vous dérange pas, ce serait préférable de ne pas trop lui en dire d’un coup…

Je rassurai les parents sans que la mère s’arrête de pleurer.

« Si ça continue, moi aussi j’vais m’mettre à chialer. »

Des bruits de pas dans l’escalier. Le gamin descendit, la gueule pleine de bleus.

Il semblait pas être surpris d’nous voir. Il nous salua, fit la bise à ses parents et s’assit.

Après un blanc, Pierre explica l’accident au petit, sans lui parler de l’histoire des clandestins.

Fallait d’abord savoir s’il serait surpris qu’on lui dise que celui qui lui avait cassé la gueule avait eu en fait le soir même un accident.

Heureusement pour lui, ça l’étonna encore plus que nous. Il n’était donc pas au courant de c’que faisait son pote et ses parents.

Quand Pierre eut fini, le gamin resta sans voix.

Il posa quelques questions, notamment sur l’accident en lui-même. Puis il en vînt au sujet que je redoutais : l’état de son ami.

_L’enquête va se poursuivre, continua Pierre, dans le but de déterminer les causes exactes de l’accident. En attendant, nous faisons, par mesure de sécurité, garder la chambre de Nataniel.

_Et vous… Dites qu’il est en attente de greffe?

Je pris la parole. Pierrot en avait fait assez. J’m’adressai à la famille entière, pour pas subir le regard du gosse.

_Il faut que vous sachiez que l’accident a été extrêmement violent… Son cœur a été, de même que d’autres organes, endommagé... Par chance, nous avons pu…

Je jettai un coup d’œil sur mon collègue, qui était plongé dans ses papiers.

_Ses parents étaient donneurs d’organes. La greffe aura lieu demain… Les médecins ne veulent pas se prononcer pour l’instant.

La mère pleurait toutes les larmes de son corps, sans doute plus du fait que son fils était mêlé à ça que parce qu’une famille avait été détruite.

Le gamin ne réagissait plus. Le père faisait c’qu’il pouvait pour rassurer les deux.

Je fis signe à Pierre. Fallait qu’on parte. On avait plus rien à faire ici.

Aucun de nous ne parla durant le trajet du retour. De temps en temps, Pierre se frottait les yeux, comme s’il devait avoir honte d’être touché par les sentiments des autres.

Je regardai le paysage défiler. La journée était terminée. J’étais enfin en week end.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3 : Embranchements

 

 

 

 

 

 

Je fermai la porte de la maison, doucement. Quelques pas plus tard, dans la cuisine, je pris Lise par les hanches, et la serrait fort contre moi.

_Ouh… Toi, tu as eu une mauvaise nuit ! Tu me racontes ?

_Après manger, si ça t’dérange pas !

Un moment de silence. Elle savait quelle question j’allais lui poser.

C’était toujours aussi gênant pour nous, même après dix-neufs ans de mariage.

_Et… Comment s’est passée la pièce de Claire hier soir ?

_Ah, ta fille était magnifique dans son costume ! Même pour moi qui n’aime pas le théâtre, c’était vraiment bien. Ils avaient aménagé la cour intérieure du lycée… Bien organisé...

Elle accompagnait comme chaque fois ses commentaires de mouvements de tête. Mais à chaque fois, son regard me le disait, malgré elle :

« Tu as raté le spectacle de notre fille. »

Mon ventre grogna. Je fis mine à Lise que j’allais chercher Claire dans sa chambre.

Je montai l’escalier, arrivai devant sa porte et toquai.

Elle ouvra, totalement exaspérée, comme à chaque fois que je la dérangeais dans son antre secrète.

Elle pouvait s’estimer heureuse. Certains parents prendraient même pas la peine de frapper pour rentrer dans son nid à posters.

Mais je comprenais aussi qu’elle était en colère contre moi. C’était normal.

Alors qu’elle mettait la table, j’en profitai pour me changer et me mettre plus à l’aise.

Je repensai au jeune Nataniel et son regard.

« Tous le même regard. »

Tous ces jeunes que j’avais pu voir dans les accidents de la route, comme Cédric.

C’était après l’avoir vu deux jambes en moins que j’avais demandé à faire de la paperasse.

Même sans jambes, ça n’avait pas empêché mon frangin d’être un super ingénieur.

_Papaaaa !!! meugla une voix depuis le rez-de-chaussée.

Je répondis du même meuglement.

« J’suis eeeen week eeend. »

 

 

 

_J’suis en r’tard!

Vache. J’en revenais pas. Le week end était passé si vite.

La portière de la voiture claqua. Guigui au volant, il traça, toutes sirènes hurlantes.

Apparemment, il y avait eut beaucoup d’agitation chez les Carnicer.

J’avais justement parlé de lui, la veille, à Lise.

_Et ce Thomas sait quelque chose à propos des homicides ?

_Non… Mais j’suis persuadé qu’il a un rapport avec c’qui est arrivé aux Vidal.

_Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

_C’est le seul dans toute la région à avoir eu des rapports sérieux avec un membre de la famille Vidal. Et le pire, c’est que l’soir même de l’accident de Nataniel, Thomas s’faisait agresser par lui, au lycée.

_Oui, ta fille m’en avait parlé, j’avais oublié de te le dire. D’ailleurs, les deux dont tu me parles sont dans sa classe. Elle n’aime pas trop Thomas si je me souviens bien. Trop dans son monde...

_Demain, faudra que j’pense à lui dire de s’éloigner le plus possible de lui.

_Il est dangeureux ?

_Non… Mais tout ça, ça l’est. C’est bien plus gros qu’un accident de voitures. Bien plus…

_Mais tu feras ton travail… N’est-ce pas ?

_Comme j’te l’ai promi le jour où j’t’ai épousé. Oui.

Puis elle glissa sa main sous la couverture et…

Le freinage brusque me fit revenir à la réalité. Devant le portail, une mamie courte sur patte arrêtait pas de gesticuler. Guillaume tenta de la dissuader de venir avec nous, alors que je poussai énergiquement le portail et courrait, main sur la crosse, vers la porte d’entrée.

Avant que j’l’atteigne, un homme l’ouvrit. Je lui demandai immédiatement son identité.

Il était d’un calme inquiétant .

_Je suis le cousin de Thomas. Qu’il y a-t-il de si urgent pour que vous courriez comme cela jusqu’à ma porte ?

Je lui expliquai l’appel de la voisine, alors que Guillaume nous rejoignait.

_Il n’y a rien ici, à part une chaise en miette. Elle a dégringolé de l’escalier…

_On peut entrer ? lança Guillaume.

_Sous quel motif ? Navré, mais je ne puis laisser des individus pénetrer dans cette demeure en l’absence de leurs proprietaires… Et Thomas est au lycée.

Il le regarda avec insistance, avant de revenir lentement sur moi.

_Bon, ben désolé. On s’en va.

Dans le même temps, Guigui fit demi-tour et la porte se referma pratiquement sur moi.

_Qu’est-ce qui t’prend ? Faut vérifier l’intérieur !

Il monta dans la voiture et m’attendit. Je pris le temps de dire à la voisine que ce n’était rien, puis je montai à ma place, sans comprendre.

Peut être que j’avais pas envie de comprendre, que j’voulais seulement… Partir loin.

Sur la route, il rompa le silence.

_J’sais pas ce qu’il m’a prit… J’ai eu comme une sensation qu’il fallait que je parte…

_C’est pas grave. De toute façon… Faut s’occuper des dossiers…

 

 

 

L’après midi entière, jusqu’au soir, chacun de nous se goinfra un, voire deux dossiers. Restait quand même cette histoire du cousin sorti de derrière les fagots qui me préoccupait.

Lorsque j’eus un moment de libre, j’appelai le lycée Benoît pour obtenir les dossiers de Nataniel et Thomas.

_… Merci pour votre coopération… Mais sinon, Thomas est un élève calme ?

_ Il est agréable, d’après ses professeurs. Il a seulement manqué les cours aujourd’hui.

_Non de… !

Je raccrochai le téléphone au nez d’la femme.

_Guillaume ! Le cousin, j’le sens pas !

Je pris ma veste. Mon pote fit pareil. J’avais jamais en si peu de temps entendu autant ce foutu gyro. Il m’explosait les tympans à force.

Il faisait déjà nuit lorsqu’on se gara de l’autre côté du rond point qui cachait l’entrée du lotissement. On allait vérifier discrètement si tout allait bien, puis partir comme on était venu.

Le temps de faire le tour du rond point à pied, une voiture sorti de chez les Carnicer.

Guillaume se pencha vers moi, en chuchotant.

_… Mon médecin de famille ! Tiens, regardes. La voiture des parents est là.

On se glissa à l’intérieur du jardin, puis nous allâmes jusqu’à regarder par la fenêtre. Les parents mangeaient à table, la télé allumée. Le gosse n’était pas là, lui.

Mais tout avair l’air normal. Sauf nous. Jusque dans la voiture, nous gardâmes le silence. Et encore, une fois à l’intérieur, on ne parla pas non plus.

_L’affaire va être classé, Didier. Depuis le début, on va à gauche à droite… Enfin voilà quoi. Le commendant veut pas d’une merde noire. Et moi non plus.

_J’comprends.

Ca me foutait mal au cœur de pas honorer correctement ma promesse. Mais il y avait des limites à c’que j’pouvais faire.

Guillaume tourna la clef et mis le contact attendant de pouvoir démarrer.

_Attends, arrêtes !

_Quoi ?

Je montrai du doigt l’toit de l’immeuble en face. Même s’il f’sait pratiqu’ment plus jour, on y voyait assez.

C’qui s’trouvait là était sûrement notre principal suspect. J’pensai à Claire. Elle devait être dehors à cette heure-ci. Et cette chose pouvait aussi s’en prendre à elle.

_Puuuutain de…

La respiration de Guillaume s’embala. Moi-même, j’avais du mal à garder mon calme, mais j’étais scotché.

Un truc énormissime. Voilà c’que c’était. Ca bougeait, c’était vivant. On était plus du tout dans l’hypothèse de la mise en scène, là. Là, on avait du concret. Un concret avec un bras comme mes deux cuisses en appui sur l’extremité du toit, tourné vers la maison Carnicer.

Dans les deux cents kilos, vu ses muscles, il était encore assez ramassé pour passer une porte, enfin, plus ou moins. Son crâne était allongé, avec des oreilles en pointe, presque comme un doberman. Le ciel lui donnait une teinte rougeâtre… A moins que c’ne fut sa couleur de peau.

J’avais du mal à discerner la taille de c’monstre, mais il semblait pas assez gros pour l’incident de Marseille.

« Il y en a d’autres... »

_On se casse, on se casse !!

_Ta gueule, Guigui ! Il va nous voir !

Les massacres en Chine, à Marseille, ici… Si les clandestins étaient venus sauver les Vidal ?

J’imaginai petit à petit toute l’histoire.

« Les parents morts dans leur lit, le sang dans la chambre, les griffures, le béton éclaté, la voiture… »

Le parents s’étaient donc fait surprendre par ces… Choses. Mais avant que ça chope le gosse, les autres étaient venus et avaient quitté la maison… Seulement les machins les avaient rattrapés et voilà. Guillaume était complètement paniqué. Il fallut que je l’attrape pour qu’il me r’garde.

_On doit renforcer la sécurité de Nataniel ! Et il faut protéger l’autre gosse !

_Et avec quoi ? Avec quoi !? T’as vu ce… Truc ! Tu fais c’que tu veux, mais moi, j’me casse !

_Ok… Démarre doucement, et on part feux éteints…

Ils s’en étaient prit à la famille Vidal. Mais si c’était le gosse qu’on avait voulu sauver, alors il devait être spécial. J’irai le voir, à l’hôpital. Mais d’abord… D’abord, j’parlerai à Lise.

« Elle, elle saura. »

Le paysage défilait devant mes yeux. J’avais peur. Mais c’qui était arrivé aux Vidal pouvait m’arriver à ma famille et moi, à celle des Carnicer.

_Didier ! Me dis pas que tu vas continuer après ce qu’on a vu !?

_Désolé, Guigui. Mais j’vais pas lâcher les deux gosses maint’nant.

Je savais pas comment, mais j’allais les protéger. Quoiqu’il arrive.

_Et tu vas faire quoi !?

_J’vais honorer ma promesse.

J’voyais déjà la suite. Le labo nous dirait qu’le sang d’la chambre était chelou. L’enquête serait divisée en deux : d’un côté, l’accident foireux, et de l’autre, le cambriolage-enlèvement, qui l’était tout autant. J’irai veiller sur les gosses après l’service –voire pendant. Un gars de la D.S.T. viendrait nous dire bonjour et j’me f’rais butter en portégeant l’second gosse.

P’tet. P’tet pas.












Posté le 14/08/2007 | 565 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article

Call Of Nemesis : L'ombre De La Bête (Partie1/2)

Call Of Nemesis :

L'Ombre De La Bête



Copyright 2007 Thomas Carnicer




Chapitre 1 : Sortie de route



 

 

 

 

 

 

_Arrête le gyro, Guigui, on y est. Tu peux te garer là.

_Oh Putain, y a eu de la casse !

Guillaume coupa le contact, mais aucun de nous bougea. On restait dans la voiture, comme deux cons. On avait carrément pas envie de sortir de la bagnole pour aller voir l'carnage.

Un mec s'amena vers la portière conducteur.

_Salut, les gars. Désolé qu'on ait du vous appeler, mais on avait besoin de renfort.

Guigui tourna la tête vers moi, l'air dégoûté.

_Salut, Pierre. Bon ben on y va…  Prends l'appareil photo, Didier.

En un mouvement, je pris l'appareil et sorti de la voiture. J'avais le cœur qui battait la chamade. Fallait vraiment que j'sois appelé ce soir pour un crash de bagnole.

« Bordel. » 

Le collègue qui était venu nous chercher se retourna en marchant.

_Ils étaient trois. Les parents et leur fils. Ils ont du être percutés de plein fouet par un camion, parce que l'avant du véhicule est arraché. C'est le couple de personnes âgées là-bas qui les a trouvés. On a seulement eu le temps de passer l'appel radio et de sécuriser les lieux.

En parlant, on s'approchait. On pouvait voir dans le champ à côté de la départementale la carcasse en deux parties, avec des pompiers et une scie circulaire sur l'une des deux.

_Vous découpez ? Y'a un survivant ? demanda Guigui.

_Oui, le gosse est encore en vie. On essaie de le sortir de là depuis quelques minutes. Il a des morceaux du toit coincés dans la poitrine.

Je soufflai. Vu que j'me coltinais l'appareil photo, c'était à moi de m'approcher. De loin, je vis les corps éclatés des parents, à l'avant.

_La vache… souffla Guigui.

Au moins, j'étais pas le seul à pas supporter.

« Et encore heureux que les pompiers s'en occupent. »

_J'sais pas si j'aurais supporté de découvrir ça.

Guigui fit signe de la tête qu'il était d'accord avec moi. C'était à lui de faire les croquis pour le dossier. Il poussa un soupir. Je jetai un regard vite fait sur la route. Des traces de pneus. Le véhicule avait sûrement freiné d'un coup.

Un truc m'étonna. Les traces de pneus allaient pas jusqu'au champ. Elles s'arrêtaient trois, quatre mètres avant. A deux endroits, juste devant où elles finissaient, le béton était éclaté.

J'savais pas c'qui pouvait faire ça, mais j'pensai à un camion grue. C'était assez balèze pour ouvrir comme ça une bagnole et ses pieds étaient lourds au point d'endommager le bitume.

_Pierre, va voir les vieux, prend leur témoignage. Dis à Justine de s'occuper de la circulation.

_Oui mon adjudant.

Deux pompiers étaient assis loin de la carcasse, l'un des deux la tête entre les genoux, son gerbis encore frais pratiquement sur ses godasses.

_Pourquoi est-ce qu'on a pas prévenu la dépanneuse ?

_Ben parce que c'est aux flics de le faire ! Sinon, ils peuvent pas faire leurs photos !

Pauv' gamins. Ils devaient avoir quelque chose comme dix-huit ans et ils se tapaient déjà des trucs comme ça. Fallait en avoir, du courage.

A peine j'avais l'appareil dans les mains qu'ils avaient sorti le gosse de l'arrière. Je le vis sur le brancard, la tête couverte de sang. Il gémissait. Ses yeux bleus se posèrent sur moi.

« Ce regard… »

Un peu sonné, je pris les photos. Je regardais la scène que par l'écran du numérique.

Pas question de voir ça de mes propres yeux.

Voilà. J'avais plus qu'à prendre les parents.

_Métier de con...

En remontant sur la route, je pris aussi l'endroit où le béton avait pété.

Quand la dépanneuse arriva, les pompiers étaient partis.

Tout c'qu'il restait d'eux, c'était le vomi du gamin. L'ambulance s'amena un peu plus tard, juste le temps que le chauffeur de la dépanneuse gueule qu'il avait autre chose à foutre.

Sur le capot de la voiture, Guigui s'avançait pour le dossier. On en avait déjà une cinquantaine comme celui-là à faire.

_T'as fini, monsieur l'adjudant ?

Il parlait au gars qui s'appelait Pierre. Je savais pas bien d'où il le connaissait, mais Guillaume avait toujours le contact facile.

_Ben écoute, j'ai fais les croquis, Pierre s'est occupé de prendre tous les noms, y compris des secours…

Il me passa une carte d'identité. C'était celle du gosse. Nataniel Vidal. Dix-neuf ans. Français.

_… Je crois qu'on a tout fait, reprit Guigui. Par contre, on la garde, la bagnole. Elle partira pas tout de suite à la casse.

Il regarda les marques sur la route. Clair qu'elle était pas sortie toute seule.

_Peut être que c'est un camion grue qui l'a chopée, leur dis-je.

_Je ne crois pas, non, répondit Pierre. Regarde bien. Le véhicule allait tout droit d'après les empreintes de pneu. Ou alors la grue serait arrivée en coupant la route, par le champ d'en face.

Clair que c'était pas possible. Mais ils avaient coupé la voiture en deux comment ?

Guillaume supposa que les traces de pneu qu'on voyait sur la route n'étaient pas celles de la voiture, mais d'un autre véhicule qui aurait assisté à la scène.

Pierre et moi on était d'accord avec cette possibilité, surtout qu'on voyait pas vraiment ce qui aurait pu se passer d'autre. Les ambulanciers remontèrent les corps dans leur camion. L'un d'eux nous apporta les cartes d'identité des parents. Ca allait pas servir à grand chose, vu qu'on avait celle du gamin, mais si ça leur f'sait plaisir… Guillaume prit les deux cartes dans les mains. Il me