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Catégorie L'appel de Nemesis: L'ébauche des premiers chapitres du tome 1
Chapitre 5 partie 2
_Il y a eu le bruit d'aujourd'hui rajouta Marek. Je suis sûr que c'était une explosion !
_Oui, c'est peut être lié, mais je ne suis sûr de rien.
On aurait dit que nous étions ces chasseurs de mystères dont on voit parfois les documentaires.
_C'est peut être des extraterrestres qui font une expérience sur toi ? demanda sérieusement Marek.
Je ne m'étais jamais posé la question des petits hommes verts ni des fantômes. En fait, en étant parfaitement honnête avec moi même, je ne m'étais pas beaucoup posé de question sur le « qui ? » mais plutôt sur le « pourquoi ? »
Nous restâmes silencieux. Chacun devait penser à sa propre théorie. A tête dans les nuages, je regardais défiler la route. Quand j'étais petit, j'adorais imaginer mon père s'arrêtant sur la bande d'arrêt d'urgence et m'imaginer partir à pied par delà ces collines sur la routes dont on ne peut que deviner le paysage qui se trouve derrière. Je me demandais jusqu'où on irait si on prenait la voiture et qu'on allait toujours tout droit.
J'y pensais à chaque fois que je prenais la route.
Marek gara sa voiture sur le parking du resto qui se trouvait juste à côté de l'entrée de la casse. Cette dernière se trouvait juste à côté d'une nationale où les voitures filaient à toute vitesse.
Marek gara sa voiture sur le parking du resto qui se trouvait juste à côté de l'entrée de la casse. Cette dernière se trouvait juste à côté d'une nationale où les voitures filaient à toute vitesse.
Nous sortîmes tous de la voiture en même temps et laissâmes nos sacs à l'intérieur.
_Bon, on va demander à quelqu'un où se trouve la carcasse de la voiture de Nat'? demanda Yann.
_Il vaudrait peut être mieux la chercher par nous même, non ? Cela pourrait faire bizarre, je trouve répondit Tania.
_Ah oui ? Parce que tu sais quel voiture avait Nataniel ? rétorqua Yann, avec un grand sourire.
Marek et David, devant nous, s'arrêtèrent en même temps pour se tourner vers moi.
_Tu ne sais pas quel bagnole il avait ? m'interrogea David, effaré.
_Attends, me défendis-je, je ne le connaissais pas depuis longtemps !
J'ouvris la porte du magasin à Tania, puis entrai juste derrière. Des tas de pièces détachées étaient exposées sur les étagères.
Un vieux bonhomme plutôt enrobée et couvert de cambouis, la clope au bec, le torchon dans les mains nous fit un signe de la main en signe d'accueil.
David s'avança doucement et parla d'une voix faible afin de demander la voiture de Nataniel.
_Nataniel qui ? questionna le vieil homme devant l'hésitation de David à trouver un nom qu'il ignorait.
Il se retourna vers nous, blanc, le visage décomposé par la surprise.
_Vincent dit Tania. La voiture d'un certain Mr Vincent. Heureusement que j'écoute quand on fait l'appel se justifia-t-elle, toute fière.
L'homme, sans vraiment poser de question, à notre grand soulagement, se tourna vers un pc vétuste et commença à tapoter à deux à l'heure sur un clavier qui tenait va savoir comment en un seul morceau.
Au bout de plusieurs minutes, il se leva, retira la clope de sa bouche et nous dit qu'aucun Mr Vincent n'avait eu à donner ou vendre sa voiture ici.
« C'est la seule casse de la région. J'comprends pas. »
_Vous êtes sûr ? voulu savoir Yann. Vous n'avez pas eu une voiture il y a quelques semaines suite à un accident sur la départementale 31 ?
_Celui-là d'accident ? bailla l'homme en reprenant la cigarette là où il l'avait laissé. Je suis sensé recevoir la voiture, mais pas avant que les gendarmes aient fini leur enquête.
Nous échangeâmes tous un regard blasé, avant de remercié l'homme poliment malgré son manque d'utilité.
Nous prîmes place dans la voiture, en silence. La voiture démarra et rejoignit la nationale.
Au bout de quelque minutes, le silence se brisa par l'intervention de Marek.
_J'suis deg.
_Ouais, moi aussi soutien David. On est trop des loosers.
C'était effectivement la loose totale. On savait que l'accident était louche, mais on n'avait même pas pensé au fait que la gendarmerie pouvait mener une enquête.
« On est trop nuls. »
_Je pige pas pourquoi la gendarmerie fait une enquête.
Je me rendis compte que les détails que les gendarmes m'avaient donné n'étaient peut être pas passé par la presse. Stupéfaits, ils écoutèrent alors la description que les gendarmes m'avaient faite de la voiture de Nataniel après l'accident.
Bien sûr, après cela, j'étais pris pour responsable de la balade inutile qu'on avait fait jusqu'à la casse.
Je me défendis à disant que Yann était au courant, et que cela avait permis de mieux se connaître.
_Mieux se connaître ? Parce que griller le carburant de ma bagnole, c'est mieux se connaître ?
Tout le monde rigola un bon coup. C'est vrai que c'était vraiment mauvais comme plan. On était trop sûrs de se la jouer enquêteurs du para-normal et on sortait de là bredouille et totalement blasés.
« Il faut vraiment qu'on fasse plus de virées comme ça ! »
_Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda David.
_Nous irons demain voir Nat' à l'hôpital répondis-je, songeur.
Posté le 29/11/2006 | 220 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article
Chapitre 4
Chapitre 4 : Premiers contacts
Nous passâmes le reste de ma semaine à chercher des infos sur les grandes batailles de l'Histoire. Pendant notre temps libre, nous allions régulièrement au CDI pour y emprunter divers livres, sur les croisades, la Révolution, les principales guerres du Moyen Age. Rien ne correspondait. De même, nos hypothèses sur la bataille ne cessaient de se contredire. On avait pensé tout d'abord à une grande guerre. Devant ce que j'avais vu, nous étions certains de trouver des traces écrites de ce qui était arrivé, des démons, des anges…
Rien ne correspondait. Rien. Le vendredi soir, une représentation donnée par la classe de théâtre avait lieu. On s'était convenu, avec Nataniel et Yann un rendez-vous devant le lycée.
_Tu crois qu'elle viendra? Me demanda Yann alors qu'on attendait Nataniel.
_Je n'en ai aucune idée répondis-je, le regard lointain. A mon avis elle devrait venir.
Nous vîmes Nataniel se faire déposer par ses parents.
_Salut, les gars, comment ça va?
Depuis l'autre nuit, Nataniel et moi avions était un peu méfiant de tout ce qui nous entourait, notamment du fait qu'à la fin du rêve, un des démons fonçait sur moi. On avait fait des tas d'interprétations, mais on était d'accord sur le fait que tout s'accordait pour dire qu'il faillait être sur le qui-vive.
La pièce de théâtre était somme toute sympathique. Une tragi-comédie contemporaine faite maison. Le lycée était anormalement calme. Seul le théâtre en cours centrale était éclairé. Le reste n'avait pour seul lumière que les sorties de secours. De temps à autre, je regardais les fenêtres des couloirs au dessus de la scène. J'aimais le côté presque mystique qui s'en dégageait, un peu comme dans les séries fantastiques pour ados.
De temps à autre, je voyais Nataniel qui, à côté de moi, surveillait lui aussi les couloirs du premier étage.
« Je ne suis pas le seul à être inquiet, apparemment. En deux petites semaines, je me suis fait un ami comme jamais auparavant. Mais il faut quand même que je le tienne un peu à l'écart, si ça risque quelque chose. Ça vaut aussi pour Yann. »
Je n'avait pas parlé de la fin de mon rêve à Nat' justement pour cette raison. Ce qui arrivait m'arrivait à moi, et si quelqu'un devait prendre des risques, ce serait moi. Je regardais de temps à autre les spectateurs dont les yeux brillaient de bonheur devant ce divertissement. J'en profitais pour chercher Tania du regard. Ça faisait un petit moment que je ne lui avais plus parlé. J'en étais le premier désolé.
Un des acteurs fit une remarque sur l'éducation nationale. Tout le monde, même les profs éclatèrent de rire. Le mien disparu de la même façon qu'arriva une sensation que je commençais à connaître.
_Quelque chose ne va pas? Me demanda Nataniel avec un air très sérieux.
_Je ne sais pas…Il y a quelque chose…
Nous nous levâmes tous les deux, le regard perdu autour de nous. On s'écarta de la foule, tranquillement. On inspectait des yeux chacune des fenêtres. Celles des salles qui entouraient la cours centrale d'abord, donnant sur des classes vides et sombres. Ensuite, celle du premier étage, donnant sur le couloir par lequel on accédait à d'autres classes. La sensation était de plus en plus forte. Cela me déstabilisait même, comme une sorte de nausée.
_Je monte voir. Autant s'assurer qu'il n'y a rien.
Nataniel s'en alla vers les escaliers, en s'assurant que personne du publique ni des surveillants ne faisait attention à ce qu'il faisait. Quant à moi, je décidais d'aller voir de plus près les salles. La cours était plutôt grande, et les salles qui l'entouraient n'étaient malheureusement pas toutes visibles de là où j'étais. Je m'éloignai du reste de la cours et m'enfonçait dans l'obscurité. A chaque embranchement possible, je me fiais à mon instinct, pensant que le choix que je faisais sur l'instant était dû à ma sensation.
Soudain, je stoppais mes recherches. Je percevais quelque chose de concret cette fois. Mon cœur battait la chamade. La respiration haletante, je levai la tête.
« C'est est juste au dessus… Au premier. »
_Nataniel!
Je me précipitai vers les escaliers les plus proches et poussai violemment la porte. Les marches ne m'avaient jamais semblé aussi petites. Je les montais quatre à quatre. Une fois en haut, je l'appelai, d'abord doucement, puis de plus en plus fort, tout en déambulant dans le couloir. Inquiet, je commençai à courir.
_Nat!?
_Ouais, je suis là!
Je fus soulagé de le voir, même si ma nausée était très forte.
_Tu as trouvé quelque chose? Je ne sais pas pourquoi…Mais je suis sûr que c'est…
« A l'étage… »
Le temps que je comprenne, j'étais déjà parterre, un mal affreux à la mâchoire. D'autres douleurs suivirent. Je cru que cela ne terminerait jamais.
Lorsque je repris connaissance, tout le monde était autour de moi, l'air affolé.
_Qu'est-ce qu'il s'est passé, Thomas? me demanda la directrice alarmée.
C'était précisément la question que je me posais moi-même. Je m'étais rendu compte trop tard que les nausées que j'avais senti, le fait que j'étais sûr que c'était au premier étage…
J'avais tenté de trouver Nat' pour le prévenir qu'autre chose était au premier, mais il n'y avait que lui…
« Comment ça se fait que je ne m'en sois pas rendu compte avant? »
Le bruit des interrogations des professeurs revint m'agresser les tympans. Je prétextai un mal de tête horrible afin d'échapper aux questions. Heureusement, mes parents étaient restés à la maison, pour me laisser aller avec mes potes. Sinon, c'était la honte absolue, en plus du mal de crâne. Mais ils allaient forcément finir par savoir. J'étais sûr désormais de ne plus sortir jusqu'à mes trente ans. Je me relevai, aidé de l'entourage. D'après le médecin venu voir on fils au théâtre, un individu était entré au lycée et m'avait roué de coup. Regardant tout le monde avec de gros yeux, Yann commença une phrase sur Nataniel que je me pressai d'interrompre en lui faisant signe de la tête avec le peu de force qu'il me restait.
J'étais désorienté. Tout ce monde qui s'affairait autour de moi me donnait la migraine.
« Comment… Nataniel était quelqu'un de confiance... »
J'avais peine à cacher ma déception.
« Autant ne pas y penser maintenant. Il vaudrait mieux que j'attende d'avoir un peu de recul sur tout ça pour éclaircir ce merdier. »
J'arrivai à convaincre tout le monde que je pouvais rentrer tout seul. Devant leurs réclamations, je décidai de demander, pour rassurer, que Yann m'accompagne. Lui aussi savait que Nataniel était dans les parages, et ses questions pouvaient être embêtantes selon à qui il les posait. Il était évident pour moi que de toute manière, ma présence à elle seule semblait constituer un danger pour les autres. Je trouvais normal d'avertir les plus proches à quoi ils s'exposaient.
Tout en parlant à Yann sur le chemin, je repensais à ces films d'horreur où le spectateur peste contre la stupidité de la fille qui, bonne poire qu'elle est, va voir d'où vient le bruit mystérieux qu'elle a entendu. Jamais je n'avais compris pourquoi les héros allaient de l'avant afin de voir ce qui se cachait derrière une marre de sang. Maintenant que j'étais cette greluche, je comprenais mieux les motivations de cette dernière. « C'est clair que quand on est confronté à un truc pareil, on est comme happé par le frisson du mystère. On est tellement intrigué… Il faut qu'on sache. »
Si on m'avait dit que je m'identifierais un jour à un personnage principal de films d'horreur, j'aurais ri aux larmes, c'était certain. Mais là, je n'avais vraiment pas la moindre envie de rire. J'arrivai, boiteux, chez moi, avec Yann, toujours sonné par ce que je lui avais dit pendant le trajet.
_Voilà… Tu sais maintenant que tu risques gros en restant en ma compagnie.
Il me regarda avec son air sarcastique.
_Et tu me dis ça après que j'ai marché avec toi pendant une dizaine de minute dans la nuit? Écoutes, Tom, je t'ai toujours considéré comme le seul sur qui je pouvais compter. Quand David s'en est pris à moi, tu étais là... Je ne te lâcherai pas si facilement, tu sais?
_Je vois, dis-je en souriant Mais j'ignore ce qui nous attend. C'est peut être bien plus dangereux que toute une équipe de rugby…
_Et bien on avisera dans ce cas. Après tout ce que tu as fait pour moi, franchement, ce n'est pas maintenant que je vais laisser tomber. Et puis, tu sais ce qu'on dit! S'il faut t'accompagner, nous t'accompagnerons. S'il faut se battre, nous nous battrons. S'il faut mourir, et bien tu mourras! Il faut pas déconner, non plus!
_Merci, ça fait plaisir! Si j'ai besoin de rien, je t'appelle!
« Après ce que je lui ai dit, il trouve encore le moyen de plaisanter. J'espère que lui, au miens, je pourrais compter sur lui, qu'il n'essayera pas de me tabasser! »
Je redoutais par-dessus tout la réaction de mes parents. Je savais d'avance que j'allais difficilement supporter toutes les questions, les gestes, les regards auxquels j'aurais forcément droit. Devant ma porte d'entrée, en regardant Yann partir, je me disais que la seule option consistait à jouer la stratégie féminine par excellence: le mal de tête.
Le reste me passa totalement à côté. Je me réveillai le lendemain en pleine après midi, dans mon lit, sans me souvenir de quoi que ce soit après que j'eus passé la porte de la maison, mis à part quelques bribes d'images. Cela m'arrangeait bien, il fallait l'avouer. J'avais le moral à zéro. Je me levai avec beaucoup de mal, le corps parsemé de bleus; des courbatures de partout; un mal de tête horrible…
Quand je descendis au salon, je vis mes parents, autour d'une table avec deux gendarmes.
« Logique. »
Ils me regardèrent tous. Je vis de la tristesse sur le visage de ma mère, mais aussi de l'inquiétude sur celui de mon père. Les gendarmes quant à eux semblaient sérieusement préoccupés. Je saluai autant que faire ce peu les agents, et embrassai mes parents. En m'asseyant, je remarquai la boîte de mouchoir à côté de ma mère. J'imaginai qu'elle avait passé un moment à pleurer hier soir, mon père à ses côtés pour la rassurer, la consoler. La seule chose qui pouvait me rassurer dans le fond était qu'ils ne savaient pas ce qui se cachait derrière mes bleus.
Un des deux gendarmes prit après un long silence la parole. Il me regarda avec un regard compatissant tout en m'expliquant que Nataniel était à l'hôpital. Ses parents et lui avaient eût la veille au soir un accident de voiture. Ses parents avaient tous deux trouvé la mort. Lui était dans un coma artificiel, afin de le maintenir en vie, le temps qu'on lui trouve un nouveau cœur.
Devant ses mots, je fixai les gendarmes sans savoir que dire, la bouche grande ouverte de stupéfaction et de terreur. Les questions dans ma tête se multipliaient. Je sentais le regard de mes parents surveillant ma réaction. Les gendarmes étaient là pour savoir comment deux amis avaient failli trouver la mort dans la même soirée. Ils étaient sûrs que je connaissais la réponse, ce qui était bien sûr faut. Sans exclure la thèse de l'accident, ils trouvaient bizarre qu'en pleine nationale, la voiture avait pu heurter un bulldozer.
_Un quoi? Un… Un bulldozer? Répétai-je, incrédule.
_Oui… C'est-à-dire que la voiture a reçu un choc frontal comparable à celui que pourrait faire un bulldozer. Nous n'avons pas plus d'information, mais même un camion n'aurait pas pu arracher de cette manière l'avant du véhicule. Je dois vous dire que c'est un véritable miracle pour nous que vôtre ami soit encore en vie.
Il marqua une courte pause.
_L'enquête va se poursuivre et déterminer les causes exactes de l'accident. En attendant, nous faisons, par mesure de sécurité, garder la chambre de Nataniel.
_Et vous dites qu'il est en attente de greffe? dis-je, la voix tremblante.
Le second gendarme pris la parole.
_Il faut que vous sachiez que l'accident a été extrêmement violent… Son cœur a été, de même que d'autres organes, endommagé... Par chance, nous avons pu…
Il regarda son collègue, lui même les yeux plongés dans ses papiers.
_Ses parents étaient donneurs d'organes. La greffe aura lieu demain… Les médecins ne veulent pas se prononcer pour l'instant.
J'avoue que je ne savais pas sur le moment ce qui était le pire. L'accident sur Nat', la perte de ses parents, la réaction des miens, celle des gendarmes, la nécessité de ne rien dévoiler, l'accident en lui-même… Les gendarmes partirent, sans que je bouge d'un pouce de ma chaise. J'avais envie de vomir, de pleurer, de crier, de tout balancer, de tout frapper, de mourir, de souffrir physiquement pour oublier la douleur que j'avais. Sans doute avais-je pensé que m'écrouler était la meilleure solution, car c'est-ce que je fis. Tout devînt noir et calme.
A mon réveil la maison semblait vide. Nous étions lundi, d'après ce que je voyais du réveil. Physiquement, j'allais mieux, mais moralement…
« Il faut que je le vois. »
Je regardai mon portable et y vis un message. Il s'agissait de Yann qui me disait pour Nat'. Encore abattu, je décidais de l'appeler.
_Salut. C'est moi.
_Ouais, salut Tom. J'ai su ce qu'il s'était passé pour Nat'.
_La menace est bien réelle, tu sais? Il est encore temps pour toi, je pense.
Il eut un silence. Je fus tout de même surpris de ne percevoir aucune hésitation dans sa voix. Il semblait aussi déterminé que moi.
_Oui, elle l'est. Mais on ne sait pas jusqu'à quel point. Et si c'était dangereux pour tout le monde? Après tout, on ne sait pas du tout ce qui se passe. Mais quelqu'un doit payer.
Je faisais mes cent pas habituels dans la chambre, le combiné dans la main. Je remarquai en passant la porte de la chambre entre ouverte. D'habitude, je n'aimais pas que les portes de la maison restent à demi ouvertes, mais là, j'avais d'autres chats à fouetter. J'acquiesçai en écoutant ce que me disais Yann. Il se montrait plus courageux, plus déterminé que je ne l'avais jamais été jusqu'à maintenant. J'admirai cela.
_C'est pas un accident.
_C'est clair, me répondis Yann sur le même ton.
_Maintenant, il faut savoir ce qu'il s'est vraiment passé. Il faudrait qu'on aille à la casse, voir dans quel état est la voiture. On trouve celui qui a fait ça, et on s'en occupe.
Le « ouais » de Yann sonnait non seulement comme une approbation, mais surtout comme un cri de rage. Un de mes meilleurs potes, même si je ne le connaissais pas depuis des lustres, venait de perdre en quelque sorte sa vie. Même si pendant deux jours, un sentiment de culpabilité m'avait gagné, j'avouais que j'avais du mal à croire qu'il était totalement étranger à cet accident. Je n'arrivais pas à m'expliquer pourquoi lui et pas moi. Pourquoi je n'avais eu qu'un simple avertissement et lui, une tentative de meurtre. Peut être avait-il quelque chose de spécial? Savait-il quelque chose?
_La greffe est demain. Si elle réussi, peut être qu'il s'en tirera rapidement…
_C'est quand même bizarre qu'ils s'en soient pris à Nat' et pas à toi… Pourquoi est-ce qu'ils ont fait tout ce cirque en se faisant passer pour Nat' si en même temps ils faisaient tout pour tenter de le descendre?
Je souri en songeant au fait que dans des situations comme ça, des jeunes comme nous ne pouvaient avoir du recul sur la situation. On avait même pas pris le temps de réfléchir à quoi que ce soit, ne serait-ce qu'au danger. Même le fait que tout était invraisemblable ne nous heurtait pas.
« C'est sûr que quand on a le truc devant les yeux, on ne se pose pas la question de savoir si on voit bien ce que l'on voit, ni même pourquoi on le voit. On agit en conséquence, un point c'est tout. »
On devait aller voir cette voiture. Je ne savais pas vraiment ce qu'on allait apprendre, mais il fallait bien faire quelque chose, et partir de quelque part.
_Tu ne connaîtrais pas quelqu'un justement qui puisse nous aider pour retrouver…
Un frisson me fit froid dans le dos. Je me tournai machinalement vers la porte entre ouverte. La lumière matinale passait par l'entrebâillement.
_Thomas? T'es toujours avec moi?
Le souffle coupé, j'allais à la porte.
_Thomas? repris Yann angoissé.
_Non, c'est bon, soufflai-je, j'ai juste besoin d'une petite douche.
_Ok, pas de problème, je te laisse, on se voit demain après midi pour la voiture! Salut!
Je posais le téléphone sur mon bureau, sans toutefois le quitter des yeux. Je commençai à me déshabiller pour prendre ma fameuse douche tant réclamée, le cerveau en ébullition de théories fumeuses.
« J'ai vraiment un mauvais pressentiment. Je suis en train de m'engager sur une voie sans retour possible. C'est un allé simple… »
Un allé que j'étais déterminé à prendre. C'était comme si je bouillais à l'intérieur, de rage et de colère. De rage pour ce qui était arrivé à Nat', contre ceux qui avaient provoqué ça, et de colère contre moi, qui en étais à cause.
L'eau chaude commençait à déferler sur mon crâne. C'était vraiment agréable. J'avais parfois l'impression en prenant ma douche que tout ce qui était impur partait en même temps que l'eau, le savon et la saleté. Peut être voyais-je cela comme un moyen de me débarrasser de ma culpabilité.
« Quelle importance. Ce n'est qu'un bain, rien de plus. »
Après tout, c'était la pure vérité. Ce n'était qu'un bain. Un stupide bain. Mais il fallait comme d'habitude que j'aille chercher midi à quatorze heure… et si tout était plus simple que ce que je ne l'imaginais? Sur le moment, je n'étais pas capable de dire si l'eau qui coulait le long de mon corps était chaude ou froide. C'était pareil pour mes idées. Elles allaient et venaient sans réel sens ni logique. J'étais forcé d'admettre que je nageais dans la confusion totale depuis quelques jours.
« Qui me dit que je ne me plante pas depuis le début? »
Un bruit me fit dresser les oreilles.
« Ça doit être les parents qui rentrent. C'est normal il est… »
Il n'était que cinq heures de l'après midi. Les parents ne rentraient qu'à sept heures.
Je regardais comme pour la dernière fois la lumière qui passait sous la porte, me contorsionnant dans la baignoire pour y voir quelque chose.
« Voyons voir ce qu'il n'y a pas. »
il y avait plus d'espace entre le sol et la porte de la salle de bain qu'avec celle des toilettes.
Je déchantai très vite en voyant deux ombres devant la porte.
_Oh! Merde!
Alors que je tentais de me lever, un violent coup secoua la porte. Mon sursaut me fit me coucher au fond de la baignoire. Cette fois, c'était pour de bon. On aurait dit qu'un bélier tentait de défoncer la porte. Je sortis tant bien que mal de la baignoire, tombant par terre. De la poussière commençai à tomber des gonds de la porte.
« Elle va céder! »
Les coups se faisaient de plus en plus puissants, mais aussi plus distants les uns des autres, comme si le bélier prenait de l'élan. Je regardai autour de moi, plus secoué encore par mes battements de cœurs que par ceux de la porte. Je trouvai une paire de ciseaux que ma mère rangeait là pour couper les cheveux. Je vis avec enchantement le maillot de bain de l'été dernier qui traînait encore là. Je pris trois secondes pour l'enfiler, sans vraiment savoir pourquoi. Sans doute un mauvais réflexe.
Toujours sous les nombreux coups, la porte tremblait de plus en plus. Je déverrouillai sans faire trop de bruit la porte, les ciseaux à la main. Je bloquai la porte du mieux que je pouvais de mon corps, et calculai la fréquence des coups.
« Ça y est! C'est bon! »
J'ouvrai d'un coup la porte, prêt à recevoir le bélier. La vision du couloir vide me déconcerta.
« La chambre. La porte était juste à côté. Si ce machin est rapide, c'est là qu'il a pu aller. »
La respiration haletante, je n'imaginais qu'une seule alternative. Je pris une longue inspiration, et couru vers les escaliers. Le truc me souvit avec rapidité et descendit les marches environ deux fois plus vite que moi, à en juger par la rapidité avec laquelle elle m'attrapa. Une douleur au ventre me fit hurler, avant que la bête me fasse m'écraser contre le mur. Je me relevai, et la vît durant un court instant bondir sur moi. Je n'eus le temps que de prendre une chaise pour me protéger avant qu'elle ne s'écrase dessus, la faisant voler en éclats. J'avais la tête qui tournait.
« Lèves-toi, Tom, c'est pas le moment! »
Je voyais du rouge de partout.
« Merde, j'ai un œil crevé. »
Je ne savais plus où j'étais ni ce qu'il se passait réellement. Mon œil crevé ne devait être qu'une simple écorchure. La bête, elle par contre, se tordait de douleur au sol. Un gros bout de bois s'était planté dans ce qui semblait être une articulation. Sans chercher à comprendre ce que je voyais, je pris une deuxième chaise, qui connu le même sort que la première: la tête de la chose. J'eus moins de succès. D'un coup de griffe, elle me la renvoya. J'entendis le verre se briser derrière moi. J'y voyais de moins en moins bien. Le sang m'aveuglait, tout devenait trouble. Épuisé, je posai genou à terre.
« Je dois… Me battre! »
La bête se releva à son tour, elle aussi avec beaucoup de mal. Elle posa le regard sur moi et émit un grognement, avant de pulvériser la fenêtre en prenant la fuite.
« J'ai… »
Je ne finis même pas ma phrase. Je tombai d'épuisement sur le sol.
_Que lui est-il arrivé? demanda une voix.
La voix résonnait. Il faisait noir.
_On en sait rien, on l'a trouvé là, étalé dans une marre de sang! répondit ma mère en sanglots.
_Il a perdu beaucoup de sang, il faut le transporter à l'hôpital.
_Non, docteur dit mon père, il nous a dit qu'il fallait éviter l'hôpital. C'est d'ailleurs tout ce qu'il nous a dit… Il faut trouver un autre moyen.
_Pourquoi éviter l'hôpital? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, bon sang?
Il eût un silence.
_Bon, je vais essayer de faire sans, mais c'est parce que je vous connais, et que je sais qu'il ne prend rien. Ça doit être vraiment important, s'il a pris la peine de vous le dire…
Lorsque mes parents me racontaient cela, quatre jours plus tard, j'eu toutes les peines du monde à m'en souvenir. Je me rappelais que je m'étais battu, contre un truc rouge, mais rien de plus. Mes parents m'avaient trouvé et, vu que je leur avais dit de ne pas aller à l'hôpital, avaient appelé nôtre médecin de famille qui était par la même occasion leur ami de long date. J'avais passé une dizaine de jours dans le lit, à être soigné. Mes parents et moi avions eu des discussions chaque fois que j'étais réveillé durant quatre jours.
Ils avaient tellement de questions à me poser.
J'en avais également. Après ce qu'il m'était arrivé, ils n'avaient eût aucun mal à avoir une semaine de congés pour s'occuper de moi. Mon père avait instauré une sorte de tour de garde avec ma mère dans la maison pour que je puisse dormir et me restaurer. Rétrospectivement, ils comprenaient mieux ma demande d'éviter l'hôpital. Nous étions vendredi matin, et je commençai enfin à pouvoir soulever la tête de mon oreiller.
Mes parents m'avaient prévenu de ne pas paniquer avant que je puisse voir ce qui m'était arrivé. Effectivement, ce fût un choc lorsque je vis enfin mon ventre. Quatre énormes cicatrices partant du cœur et allant jusqu'aux abdos. J'en avais vomi tellement cela avait été dur à supporter. Pendant plusieurs jours, la fièvre me garda au lit.
Je me tordais de douleur, en silence, pour ne pas alerter inutilement mes parents. J'avais envie de me battre contre quelque chose. J'avais besoin de me battre. J'étais totalement incapable de m'avouer vulnérable. Cette cicatrice en était pourtant la preuve, et je culpabilisait d'une part de ne pas avoir été à la hauteur de ce que j'espérais de moi et d'autre part d'avoir ce sentiment totalement ridicule et égoïste. Si dans la vie il y a des hauts et des bas, ces semaines-ci en auront été les bas.
Ce qui m'avait aidé, c'était la présence sans faille de mes parents, leur attention sur moi leur surveillance, mais aussi les visites de Yann qui me donnait des nouvelles. La classe avait repris. Tout le monde avait été choqué par l'accident de Nataniel. Ce dernier allait un peu mieux. La greffe avait réussi, et il commençait la rééducation. Je n'en savais pas plus sur son état mental, vu que les nouvelles, Yann les tenait du médecin. Mais le fait était Nataniel ne voulait voir personne, ce qui devait en dire long sur la souffrance qu'il éprouvait.
Quant à moi, les autres avaient demandé quelques nouvelles. Même David s'était déplacé un jour pour me voir. On avait enfin eût une discussion autre que les habituelles vannes. Cela m'avait touché qu'il se déplace malgré nos différents. A croire qu'il m'aimait bien.
_Comment va ? m'avait-il dit, visiblement très inquiet.
_Bien, merci gémis-je.
_Ecoutes, commençait-t-il d'un air hésitant, je n'ai jamais été sympa avec toi. Mais ce qu'il t'arrive, à toi et Nataniel, c'est…
Je me souvenais sur l'instant son moment d'hésitation où il s'était anxieusement frotté les mains.
_Horrible, avait-il fini de dire.
On avait ensuite parlé de choses et d'autres. Chacun avait dû sur le moment se rendre compte qu'il ne connaissais pas du tout la personne en face de lui. J'avais vraiment pris plaisir à parler avec lui.
Tania aussi demandait régulièrement à Yann des trucs sur moi. Mais les choses avaient changés. Elle ne faisait plus partie de mes préoccupations. Cela faisait tant de temps que je ne l'avais pas vu…
Le vendredi, après onze jours passé dans un lit, je décidai de me lever.
J'hurlais de douleur alors que mes bras s'appuyaient puissamment sur le matelas afin de trouver une prise. Des larmes coulaient le long de mes joues. Ce n'était pas des larmes de douleur. J'étais en train de pleurer. Pour la première fois depuis le début, je lâchais enfin tout ce que j'avais sur le cœur. A bout de force, je basculai du lit et tombai par terre. Je pleurais, de tout cœur, de toute mon âme, du haut de ma tristesse. Comment dans ces moments là peut-on avoir encore le courage de continuer? Comment avoir encore cette envie de savoir?
Mon corps tout entier était engourdi de douleur, lorsque, énervé par tant de faiblesse, je me mis sur un pied.
« Qui suis-je pour abandonner? De quel droit, alors que Nataniel a perdu ses parents, je me permets de me plaindre!? »
_Lèves-toi, pauvre con! dis-je, gémissant.
J'hurlais à nouveau en décollant du sol mon genou. Mais je ne pleurais plus. Même si les larmes continuaient de tomber, je me refusais à pleurer.
La respiration haletante, je m'essayai à faire quelques pas. La douleur n'était supportable que parce que j'avais la pensé de ceux dont la souffrance était trop grande. Je n'étais pas religieux. Il m'arrivait cependant de me demander quelque fois s'il n'y avait pas une puissance qui s'acharnerait sur certains. Ainsi, alors que d'autres gagnent au loto, ces hommes payeraient pour les autres.
Je n'avais pas le droit de croire que je faisais partie de ces derniers, car j'avais toujours été chanceux. Pour tous ceux qui avaient moins de chances, je devais être fort, et lutter, comme pour leur faire hommage.
J'avais besoin de mes parents. C'était un fait. Même si je brulais d'envie de leur demander d'aller se mettre en sécurité, loin de moi, je ne le pouvais pas. Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivais, et leur présence était la seule chose qui restait à peu près stable en ce moment. Au bout de la journée, je m'étais assez exercé pour pouvoir marcher sans trop de problème. Même si je sentais que mon état s'améliorait, je ne pouvais m'empêcher de garder l'aversion que j'avais pour ce qu'était devenu mon corps.
Je commençais à en avoir vraiment marre de subir tous ces trucs. Je n'avais pas mérité ça. Nataniel non plus.
Je pris mon portable en main et cherchai dans le répertoire le numéro de Yann. J'aurais presque référé m'adresser à son répondeur. Cela m'aurait éviter d'avoir à lui demander directement quelque chose que je savais dangereux.
_Savoir ce qu'il s'est passé peut nous coûter cher.
_Plus cher que ce que ça t'a déjà coûté ? s'enquit Yann
_Bien plus, j'en ai peur. J'ai le sentiment qu'on s'engage sur un chemin sans retour.
_Non, Thomas, tu ne le sens pas. Tu le sais. De toute manière, je sais où est la casse automobile où est entreposée la voiture de Nat', ou plutôt ce qu'il en reste.
Je sentis du silence qui suivit ses paroles qu'il s'en voulait d'avoir dit ça. Je décidai de ne pas m'attarder là dessus et de continuer notre conversation.
_On peut y aller quand ?
_C'est toi qui me demande ça ? dit-il, à moitié amusé. C'est plutôt à moi de m'inquiéter de quand tu sera capable de venir ! Le mieux est que j'y aille demain. De toute manière, tu n'as pas de vélo pour y aller, et c'est à une dizaine de kilomètres de la ville.
De vélo, il est vrai que je n'en disposais pas. Mais il y avait la voiture de mes parents qui aurait pu faire l'affaire. Le problème est que j'avais déjà tellement tardé pour passer mon code pour la conduite accompagnée que je devais encore attendre deux ans avant de passer le permis. Je n'avais jamais pris le temps et maintenant…
_Prends des photos, s'il te plaît.
_J'y manquerais pas. Je te rappelle demain.
En posant le téléphone, je réfléchissais à ce qu'avait dit Yann.
« Je le sais. »
Posté le 25/11/2006 | 292 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article
Chapitre 3
Chapitre 3 : Le rêve
Je tendis la main. C'était sans doute une pluie d'été. Elle était chaude. De grosses gouttes tombaient. Mes vêtements mouillés collaient sur ma peau. Je ne pouvais voir autour de moi qu'une personne. Cette personne me ressemblait comme deux gouttes d'eau, à ceci près qu'il saignait. Le poignard était planté dans son ventre. Il le tenait, en le regardant alors que la pluie s'abattait sur nous comme pour nous frapper d'une force dérisoire, mais acharnée.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Il agonisait, toujours genoux à terre. Il me regarda.
_Tu… Tu veux… Vraiment… Savoir?
Sa voit était saccadée.
« Il est gravement blessé... »
J'étais comme figé, stupéfait de ce qu'il arrivait. Il me voyait et pouvais me parler. Mais il fallait en finir, je devais savoir, quelque chose me poussait à vouloir connaître le fin mot de tout.
_Racontes-moi lui dis-je en m'approchant de lui.
_Je ne vais pas te raconter…
Il tenta de se relever, sans que je l'aide et resta avec un seul genou à terre.
_Je vais plutôt te montrer.
_Me montrer quoi ?
Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, il disparu. Je regardai l'emplacement où il se trouvait, il y a quelques secondes. Il y avait toujours cette mare de sang et les deux immenses ombres qui ne pouvaient être que deux collines. J'étais au milieu. D'un coup, le paysage s'éclairci. Le soleil se levait. Je découvris avec horreur que mon « double » n'avait pas été seul blessé. Des cadavres à perte de vue s'entassaient les uns sur les autres. Les épées, tantôt plantées dans les victimes, tantôt dans le sol étaient couvertes de sang. S'entremêlaient les boucliers, épées longues, courtes, fléaux, haches…
« Je veux savoir! Que s'est-il passé !? »
_Patience, me répondit ma voix.
Le soleil se recoucha lentement. Autour de moi, le paysage changeait. Les cadavres disparaissaient, les armes également. Je me retrouvai rapidement seul, seulement entouré du relief de ce lieu peu commun. J'entendais un bruit, comme un bourdonnement. Cela venait d'une des collines, mais je ne savais pas laquelle…
Le bourdonnement se rapprochait. Suivant mon instinct, je commençai à courir en direction de la colline d'où je pensais que les sons venaient. Dans ma course folle, j'étais aveuglé par les grosses gouttes qui me tombaient dessus. Je trébuchais de temps à autre, parvenant à me ressaisir. Cependant, plus j'avançais vers la colline, et plus elle me paraissait lointaine. Je m'arrêtai, essoufflé, m'appuyant sur mes genoux. Je me rendis compte en regardant devant moi que la colline était toujours à la même distance.
Tout devenait flou, petit à petit. J'étais en train de me réveiller.
« Non ! Pas maintenant ! »
_Patience…
La lumière était aveuglante. Je soupirai. Encore dans ce que j'appelais le brouillard matinal, je regardais ma montre.
_7h40 ? Merde !
Je me levai d'un bon et courait de par et d'autre de la chambre pour me préparer.
D'abord, les habits, pour éviter d'aller en cours à poil, puis ensuite le sac, pour éviter de venir les mains vides.
Une fois en bas, je prenais en coup de vent mon manteau et les clefs pour fermer. Sur le chemin, je pressai le pas, jusqu'à courir. Je devais faire des efforts pour ne pas penser au rêve. Je n'avais pas vraiment le temps.
« Ce soir…On verra ce soir. »
Arrivant au lycée, je vis un surveillant qui commençait à fermer le portail « Sud ».
_Non ! Attendez !
_Désolé, tu as trois minutes de retard !
D'après son regard, on aurait cru que j'avais commis la pire faute de ma vie. Après, tout cela n'avait sonné qu'il y a cinq minutes.
« Cinq minutes !? »
J'étais vraiment en retard. J'avais déjà manqué des cours ce mois-ci.
« Je vais me faire tuer. »
On avait cours de biologie durant trois heures consécutives, et le prof avait la fâcheuse habitude de ne jamais être en retard. Il lui arrivait même d'être en avance. Vu que le portail se fermait devant moi, il ne me restait qu'une option : le portail Nord, qui était à 100 mètres plus loin…
Mes pensées se bousculaient. Je pensais au rêve que j'allais faire ce soir, à mon retard, à Nataniel que je devais démasquer, à comment le démasquer et à Tania…
Dans la cours, en direction du bâtiment scientifique, j'eu la surprise de croiser Nataniel, visiblement tout aussi surpris que moi.
_Tu n'est pas sensé être en cours ? On est en retard ! lui lançai-je, à demi paniqué.
_Tu n'est pas au courant ? Monsieur Charançon est tombé malade ! Une semaine d'absence ! Il est marqué au tableau, dit-il en rigolant.
On pouvait dire que ça tombait vraiment à pique. Un peu trop, même, mais soit. La vie est toujours faite de ce qu'on attend le moins. Cela ne nous faisait donc que deux heures de cours l'après midi…
« Parfait, je vais enfin pouvoir parler avec lui… »
_Et si tu venais chez moi, on pourrait parler comme ça ?
Il sourit.
_Oui, pourquoi pas ?
Sur le chemin, alors qu'il me parlait du lycée, de la classe, de la manière dont il essayait de s'intégrer, je ne pensais qu'à essayer de le démasquer. Cette idée m'occupait tellement l'esprit qu'il s'en rendit compte. Alors que je cherchais mes clefs pour ouvrir la porte, il prit subitement un air sérieux.
_Qu'est-ce qu'il y a ? Tu me regardes bizarrement depuis ce matin… C'est par rapport au fait que j'ai parlé à Tania en sport ?
_Non, désolé, c'est que je dors très mal en ce moment.
Je comptais voir sa réaction, mais je n'y vis rien de très révélateur. Je ne me rendis même pas compte qu'il savait pour Tania.
_Comment ça se fait ?
_Tu n'en as aucune idée ?
Je perdais patience. Autant en finir en posant carte sur table. Tout en parlant, on s'installait dans la salle à manger. On s'assit tous les deux.
_Pourquoi tu me demandes ça, Tom ?
Mon manque de sommeil ne me facilitait pas la tâche. D'ordinaire calme, j'en finissais par m'énerver.
_Arrêtes de te foutre de moi, Nat' tu le sais très bien ! Tout a commencé quand tu es arrivé ! Tu crois que je n'ai rien vu ?
Il me regardait avec de grands yeux, comme si je lui parlais une autre langue. Cela m'énervait d'autant plus que d'être pris pour un idiot.
« Il sait. C'est sûr. »
Je m'approchai de lui. Je devais savoir.
_Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas !
Le temps que je me rende compte de ce que je faisais, je l'avais pris par le col, soulevé de sa chaise, et plaqué contre le mur.
_Tu me dois une explication, je crois !
Il me regardait de ses yeux clairs, effrayé.
_De quoi tu parles Thomas ? Je n'ai rien fait ! Lâches moi, qu'on discute calmement ! Je ne comprends rien !
Je m'exécutai, totalement désemparé par ce que je venais de faire. Jamais je n'avais fait de telle démonstration de force. Il resta à me regarder, à me jauger. Il restait très calme. Inquiet, mais calme.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Sans se quitter des yeux, il se décolla du mur, et je m'assis. Je baissai les yeux vers la table.
« Le roi des cons, je suis le roi des cons ! Non, celui des cinglés, plutôt. »
Mes pensées s'embrouillaient, se mêlaient. J'arrivais à ne plus savoir comment j'avais pu croire que…
_Nataniel, je suis vraiment désolé…
Il me regardait. Il paraissait aussi perdu que moi.
_Ecoutes, commença-t-il, on se connaît encore mal, mais autant te dire que j'ai vu comment tu regardais Tania…je n'oserais pas… Je ne suis pas du style à couper l'herbe sous le pied, ou coiffer au poteau, si tu vois ce que je veux dire.
J'eu un rire presque moqueur.
_Il ne s'agit pas de ça. C'est autre chose. Quelque chose est en train de m'arriver… Il se passe des trucs depuis quelques jours.
Il s'assit. Je lui racontai alors tout ce que j'avais vécu ces derniers jours. Je lui parlai du rêve, du poignard violet, de la présence de l'autre jour. Il m'écouta pendant près d'une heure, sans rien dire. J'essayais de n'oublier aucun détail. Lorsque mon récit fût terminé, il resta quelques secondes à me regarder, sans rien dire. J'avais l'idée qu'il se précipite vers la porte d'entrée pour s'enfuir en criant au fou. Il n'en fit rien. A ma grande surprise, il le prit plutôt bien.
_Tu te drogues, c'est ça ? Tu te drogues, et tu veux me faire essayer, me dit-il doucement.
« Comment lui faire croire ? Je ne suis même pas sûr d'y croire moi même. »
_Ok, admettons que ce soit vrai. Tu penses que c'est quoi tout ça ?
_J'en sais absolument rien soupirai-je.
_Ca expliquerait pourquoi tu as dit ces trucs à… Comment il s'appelle déjà celui-là ? …Ah, oui, David, l'autre jour.
_Qu'est-ce que j'avais dit ? répondis-je, impatient d'entendre la réponse.
_Tu as dit un truc du style, heu… Que tu espérais vraiment que le jour venu, il saura prouver sa véritable valeur.
Je le regardai, désolé. C'était donc pour ça seulement que tous m'avaient regardé comme un alien? J'hochai la tête pour lui signifier que j'avais saisi sa, ou plutôt ma phrase, sans pour autant en comprendre le sens.
Nous restâmes quelques minutes à fixer chacun un bout de la table à manger, perdus dans nos pensées. Au bout d'un moment, il s'accouda à la table, comme pour réfléchir. Je levai les yeux vers lui, interloqué.
_Quoi ?
Il me regarda, un sourire en coin, les yeux brillants.
« Lui, il a une idée stupide derrière la tête ! »
Il s'approcha de moi.
_On doit en savoir plus, non ? Il faut qu'on explique ça !
« Je savais bien qu'il avait une idée débile ! »
_On ? répétai-je.
_Bien sûr ! Tu me raconteras ! Il faut savoir ce qui se cache derrière ça !
Il regarda sa montre.
_Bon ! Je dois y aller, ma mère m'attend pour le déjeuner. On se revoit cet aprèm' !
Je le raccompagnai à la porte, pensif. Lorsque j'eus refermé la porte, la situation me paraissait encore moins claire qu'avant. Pourquoi Nataniel avait une réaction si…
« Enthousiaste. »
Ce mot résonna dans ma tête. Je replaçai les chaises, lentement.
« Moi, si on m'annonce un truc comme ça…surtout quelqu'un que je connais à peine… »
Mais Nataniel était manifestement d'un vrai soutien. Pour une fois que c'était le cas, j'avais plus envie d'y croire que de me poser des questions dont je savais que les réponses ne me plairaient sûrement pas.
« Bon, vivement la fin de journée ! Nataniel a raison. Il faut que je sache.»
Je ne sais pour quelle raison, mais l'après midi me paru drôlement courte. Les deux heures de physique furent assez rapides. J'expliquais cela par la bataille de gommes assez monumentale qui avait eût lieu. Nous étions beaucoup à « taquiner » le professeur, surtout du fait qu'il avait la fâcheuse habitude de mettre tout le monde un par table. Du coup, pour discuter, cela rendait les choses très dures. Alors les mots fusaient. Cependant, lorsque le bout de papier roulé en boule atteignait une mauvaise personne, celle-ci répliquait souvent avec un bout de gomme. Pour peu qu'il manque sa cible et en touche une autre, la bataille était déclenchée.
J'appris d'ailleurs par un de ces fameux mots que les vacances de la Toussaint étaient proches. Une nouvelle qui ne présageait pas que du bon puisque les vacances se faisaient précéder d'une semaine de devoirs surveillés. Étant donné les circonstances, les études servaient pour une fois de passe-temps, me sortant de mes inquiétudes
Le soir, je me posais sur mon lit et essayais de faire le point.
« C'est franchement bizarre…Je n'ai aucun sentiment vis à vis de tout ça.»
Cela faisait un petit bout de temps que je faisais mes cent pas en essayant de m'expliquer pourquoi je n'arrivais pas à avoir de véritable peur. J'avais seulement de l'inquiétude et de l'excitation.
« De toute manière, je suis, que je le veuille ou non, dans la merde ! Alors autant que j'y reste de mon plein gré ! »
Il arrivait souvent que mes pensées n'est pas grand sens pour moi, mais je m'avouais à cet instant que celle-là était vraiment incompréhensible.
Je me cachais avec peine l'appréhension que je ressentais. Mes idées et mes pensées, dont la plupart n'avaient aucun sens, se mélangeaient, se fondaient les unes aux autres, me troublant encore plus que ce que je ne l'étais.
Je m'allongeais dans mon lit, comme on s'installe sur la table de torture du dentiste. Je restais là, les yeux grands ouverts, attendant bien sagement que Morphée me prenne dans ses bras. Mes paupières devenaient de plus en plus lourdes, au fur et à mesure que le temps s'écoulait. D'un coup, j'eu l'impression de tomber de haut, je rouvris les yeux, en sursaut, pour voir au dessus de moi un ciel noir dont les gouttes de pluie commençait à me mouiller.
Je me levai d'un bon. Tout était comme à l'accoutumé. Le bourdonnement que j'avais entendu la dernière fois avait disparu, tout comme les cadavres qui gisaient en ce lieu si singulier. Ce dernier me semblait le seul point commun entre chaque rêve.
« Et si je l'avais vu en vrai ? »
Cela ne me disait pas grand-chose. Un bref son dans les airs me fit lever la tête. Il devait sûrement y avoir des oiseaux dans les parages. En y regardant de plus près, j'aperçu une plume qui, perturbé par les trombes d'eau, retombait. Je n'eu qu'à tendre ma main afin de cueillir cet étrange présent.
Tandis que l'eau ruisselait sur mon visage, je fixais dans l'incompréhension cette plume noire.
« Qu'est-ce que…? »
Je n'eu le temps de finir mes pensées. Quelque que chose me passa juste au dessus de la tête. Je m'agenouillai dans l'herbe, alerte. La chose ailée se dirigea vers l'une des montagnes et disparu derrière. Le grondement se fit de nouveau entendre. Le son semblait plus proche désormais. Instinctivement, je ne regardais que la colline où ce truc était parti…Prenant mon courage à deux mains, je commençais à courir de toute mon énergie vers la colline. Je grimpai la pente avec vigueur. D'autres choses passèrent au dessus de moi. Arrivé en haut, en regardant de plus près l'une d'elle passer, je découvris avec stupeur qu'il s'agissait d'hommes aillés.
« Des anges? »
Je n'étais pas au bout de mes surprises. Le sommet de la colline dévoilait un spectacle tout aussi terrifiant que saisissant. Des soldats à perte de vue se battaient en armure. Les fameux anges se précipitaient tels des aigles sur leurs proies. Des hurlements se firent entendre. Le ciel s'embrasa. Des boules de feu apparurent dans la nuit, et atteignirent lourdement en différents points la masse incroyable de guerriers, éclaboussant certains de flammes. Je regardais, immobile, impuissant. Les guerriers ne semblaient pas perdre en vivacité et rage. On devinait le bruit d'os brisés sous l'impact des fléaux de certains. Des cris de toute part résonnaient dans la plaine. Quelques boules de feu éclataient sur les anges en vol. Eux et leurs ailles enflammées tombaient alors dans le flot d'armures et de cadavres. Mais des cris plus horribles que d'autres se firent bientôt entendre. Des renforts venaient renforcer chacun des camps. Les corps s'entassaient alors que d'autres guerriers arrivaient encore et encore. J'en voyais qui enjambaient les corps des leurs, d'autres qui trébuchaient dessus.
Une lueur bleue-nuit à l'horizon faisait fuir un des camps. Lorsque cette lueur que je voyais comme une sorte de nuage arriva à hauteur des « chevaliers », des cris horribles se firent entendre. Le bleu fit très rapidement place au rouge sang.
« Mais qu'est-ce que ça veut dire? Quel rapport avec les autres rêves? »
La bataille faisait rage, les guerriers en armures laissaient rapidement place à un tout autre type d'armée composée de quelque chose qui n'avait rien d'humain. Les cris devenaient bestiaux, enragés. Les anges eux aussi se multipliaient sur le champ de bataille. Les explosions de boules de feu n'étaient rien à côté des détonations que je voyais maintenant. Le sol en tremblait tellement que je perdis pieds pendant quelques secondes.
_Mais qu'est-ce que je dois comprendre de tout ça? hurlais-je au champ de bataille.
_ Ce que tu vois…
La phrase se fit interrompre par un bruit derrière moi de brindilles écrasées. Je fis volte-face, un genou encore à terre, et n'eu le temps de voir que l'immense masse bleu qui fondait sur moi, d'énormes griffes au bout de ses membres avant.
Je sursautai, la respiration comme si j'avais failli me noyer. Je me jetai instantanément sur l'interrupteur le plus proche. Je scrutais ma chambre à la recherche de quoi que ce soit qui puisse avoir des griffes. En me retournant je vis une tâche de sang sur l'oreiller, mais aussi sur mon haut de pyjama. Je portais la main à mon nez. Du sang coulait.
_Alors c'est réel, dis-je, presque fasciné par mes doigts ensanglantés.
Mes parents entrèrent dans ma chambre rapidement.
_On a entendu un cri! Ça va?
_Oui, oui, c'est bon, j'ai juste fait un cauchemar.
Voyant le regard de mes parents sur les tâches de sang que j'avais sur moi, j'improvisai la suite de mon explication.
_Oui… j'ai bougé de partout, et je suis tombé du lit. Là, je me suis cogné…
En montrant la table de nuit, je la touchais de mes doigts pleins de sang, afin d'y laisser une petite marque corroborant mes propos.
_Il vaudrait mieux que tu restes à la maison aujourd'hui, j'appelle le médecin dit ma mère derrière mon père qui ne me lâchait pas des yeux.
J'allais bien pourtant. Vers dix heures et demie du matin, alors que mes parents étaient partis comme d'habitude au travail, j'entendis la voiture du médecin arriver. En réalité, je n'avais aucune idée de quelle voiture il pouvait s'agir, mais le fait était qu'elle entrait dans le jardin par la grille ouverte…
L'auscultation dura plus longtemps que celles qu'on peut avoir dans un cabinet de docteur. Il vérifia si j'avais mal au crâne, s'il m'arrivait souvent de perdre du sang comme ça, si j'avais des troubles de l'équilibre, etc. Devant mes négations, il fut tout de même rassuré. Je le laissais faire l'ordonnance, sans rien lui dire.
« Il faut que j'en parle à Nataniel. Dommage que je n'ai pas son numéro de portable. »
Je raccompagnai le docteur à sa voiture, en l'assurant que je l'appellerai si cela venait à se reproduire. La voiture s'éloignant, je regardai ma montre. Il était midi et quelques minutes. Je vis une silhouette familière. Je souris.
_…Et c'était une bataille titanesque! On aurait dit le seigneur des anneaux! Des catapultes de partout! Et les anges!
On s'était installé dans la salle à mangé, une cannette de coca dans les mains. Je lui disais tout. Une fois ma narration finie, nous commençâmes à établir différentes hypothèses pour tenter de connaître la signification du rêve. A chaque hypothèse, un long silence suivait, comme pour faire le deuil de tant de neurones grillés inutilement à de idées plus bizarres les unes que les autres.
_Bon, commença Nataniel, et si tu étais comme un sorte d'élu qui était lié à un passé mystérieux?
_On n'est pas non plus dans la matrice, là. Il s'agissait d'une bataille avec des gars en armures…
_Oui, et des anges, et des démons, je sais, tu m'as dit. Je suis sûr qu'on trouvera une belle photo de cette bataille dans les bouquins d'histoire!
_Ce dont on est sûrs, finissais-je par dire en ignorant les plaisanteries de Nat', c'est qu'il s'agit de quelque chose qui vient du passé. Il faudrait qu'on cherche des infos sur les grandes batailles. On devrait forcément trouver quelque chose! Des batailles du moyen âge… ou de l'antiquité, c'est sûrement ça.
_On fera des recherches, me dit-il, sérieux.
_Ouais…
Je regardais la cannette que je tenais dans les mains, comme la plume de cette nuit. Je ne voulais pas poser de question à Nataniel, mais je trouvais bizarre qu'il comprenne si bien ce rêve, alors que même pour moi qui l'avais fait, je le trouvais nébuleux.
_Nat', dis-moi, ça ne te fait pas bizarre, tout ce qui arrive? Ce que je veux dire, c'est que je ne suis même pas effrayé de ce qui arrive. Je suis presque content qu'il m'arrive enfin un truc!
Il eût un sourire.
_Je te comprends, je ressens la même chose. C'est un truc de fou qui nous arrive à toi et moi. Le pire, c'est qu'on est tellement content que ça donne un sens à nos vies, qu'on en néglige le côté…
Voyant qu'il cherchait ses mots, j'acquiesçais.
_Reste à voir là où ça va nous mener…
Posté le 25/11/2006 | 269 consultations | 6 commentaires | Voir et commenter l'article
Chapitre 6
Chapitre 6 : L'explosion
Le fait que Marek râla tout le trajet du retour au volant de sa voiture ne l'empêcha pas de nous raccompagner chacun notre tour chez nous. Ce fut d'abord le tour de Tania d'être déposée devant chez elle.
Seuls dans la voiture, aucun des mecs de la voiture ne se risqua à faire un commentaire sur Tania. Nul besoin de parole pour savoir qu'elle plaisait à chacun de nous. Il fallait dire que si on aimait pas son caractère un peu particulier, son physique pouvait facilement mettre tout le monde d'accord.
Je fus le suivant à être raccompagné. Je les remerciai avant de quitter le véhicule.
Mon sac en main, j'avançai vers la grille, en pensant rapidement au mensonge que j'allais dire à mes parents afin qu'ils ne s'inquiète pas.
J'imaginai en ouvrant la grille une virée entre potes en ville.
« Ouais, exactement. Une virée. On s'est promené en ville, juste pour se balader un peu. »
J'ouvrais la porte d'entrée en ayant l'air le plus naturel possible.
Ce n'était pas facile de se dire que l'on cachait délibérément quelque chose à ses parents. Dans ce cas précis, cela leur rendait service.
« A moins que cela soit moi et personne d'autre à qui je rende service… »
J'entrais dans le salon où la table avait été mise.
_Coucou ? appelai-je.
Une réponse masculine se fit entendre du premier étage. Mon père descendit les escaliers sans manquer de me demander comment était ma petite balade avec mes amis.
_Bien répondis-je sans trop m'étendre. Où est maman ?
_Elle est dans le garage, elle fait la lessive.
Mon père s'installa à sa place à table, se servit un verre d'eau, puis attrapa les commandes de la télé et l'alluma.
C'était comme ça, chez nous. Ma mère acceptait les tâches, à condition que tout objet mécanique ou électrique quel qu'il soit dans la maison fonctionne correctement. Et ça, c'était la tâche de mon père.
La télé s'alluma sur les informations. Toujours les mêmes journalistes avec leurs atrocités quotidiennes.
_…Explosion dans les eaux internationales en Océan Atlantique… On ne connaît pas l'origine… Les habitants des côtes françaises ont peur qu'un tsunami déferle sur la France dans les prochaines heures.
_Ils ne pensent pas que la vague va se déplacer comme une onde et attendre aussi les Etats Unis, ils s'en foutent de ça ! s'énerva mon père.
« L'onde de choc de cette après midi… »
J'augmentai le volume à la fois pour être sûr de tout entendre et pour faire taire mon père qui s'était lancé dans les commentaires sans fin dont j'avais moi aussi le secret.
_… Aucune trace de radioactivité n'a été décelée dans cette explosion de puissance équivalente à celles de 500 bombes atomiques.
Ils avaient le chic pour en mettre trois tonnes dès que le spectacle en valait la peine. Pour les attentats en Irak, il n'y avait guère plus qu'une annonce, mais lorsqu'il s'agissait d'un truc style le salon de la coiffure, là, on avait droit à un reportage télévisé. Après tout, nous n'étions pas des gens à informer, mais des spectateurs voulant être divertis.
« Honte à nous. »
Je tentai toute fois de me reconcentrer sur leur tentative d'explication de ce fait scientifique.
_L'explosion a, d'après les images satellites, expliqua le scientifique avec images à l'appui , a creusé pendant quelques secondes une sorte de trou en plein milieu de l'Océan Atlantique que l'eau n'a pas tardé à vite remplir.
_Peut-on s'attendre à de graves conséquences sur les populations ?
_Oui, tout à fait. D'ailleurs, une vague d'une dizaine de mètres de hauteur se déplace actuellement vers les eaux françaises, notamment.
La détonation a été totalement spectaculaire puisqu'elle a pu être entendu par un vingt-quatrième du globe terrestre, soit une détonation à peine deux fois plus faible que celle du Krakatoa le 27 août 1883 qui a pu être entendu sur un douzième de la planète et qui est à ce jour, la plus assourdissante des explosions !
Le scientifique laissa alors la parole à la journaliste qui continua son sujet avec la maîtrise de la situation par les autorités et un discours de Jacques Chirac qui évoqua une évacuation partielle des côtes, ainsi qu'un démarrage d'enquête sur l'origine de ce mini cataclysme.
Ça faisait froid dan le dos une explosion de telle ampleur, d'autant plus que l'eau n'était pas mon élément.
J'imaginai malgré moi la chose et fus pris presque immédiatement de frissons. Cette masse inimaginable d'eau s'approchant des côtes…
_Vous êtes sur la une ? dit ma mère en fermant la porte de la buanderie. C'est la deux qu'il faut mettre !
Mon père s'exécuta sans broncher. C'était l'habitude de ma mère que de regarder la météo sur la 2. Seulement, ici aussi, il parlait de cette explosion.
_Ce qui est remarquable, expliquait un autre scientifique, c'est le son qu'on a pu entendre suite à cette explosion. En effet, il semblerait presque entendre un cor, qui est un instrument à vent…Il est vrai qu'un danger réside dans la vague qui s'approche des côtes et atteindra celles françaises demain matin, vers les 9h…
Il suivit ensuite une espèce de démonstration avec le déplacement de la vague et son entrée dans le territoire.
Une fois ses explications terminées, le journaliste précisa que la théorie de teste d'une nouvelle arme n'était pas exclue, et que c'était peut être un test pour de futurs attentats terroristes d'un nouveau genre, se servant de la nature pour faire des dégâts à grande échelle.
_D'après une source non officielle, les services secrets français mènerait actuellement une enquête afin de déterminer la cause de cet évènement.
_Si les services secrets s'en occupent, c'est que ça doit être très sérieux s'enquit mon père.
Posté le 24/11/2006 | 574 consultations | 11 commentaires | Voir et commenter l'article
Chapitre 5 partie 1
Chapitre 5 : De retour
_Je t'assure, maman, je peux très bien retourner au lycée !
Quoi que je pouvais dire, ni ma mère ni mon père ne concédaient ce que j'y retourne. Même si je n'osais pas l