Call Of Nemesis : L'ombre De La Bête (Partie2/2)

La porte s’entrouvrit sur une femme apparemment très inquiète de nous voir.

Elle avait déjà les larmes aux yeux lorsqu’elle appela son mari. Ce dernier descendu du premier, et nous proposa de nous asseoir.

Pierre prit la parole, et nous présenta. A peine avait-il fini sa phrase que la mère était déjà en sanglots. J’avais jamais vu ça. Le jeunot non plus apparemment.

Le mari prit une boîte de mouchoir et la posa sur la table. Elle en prit une pleine poignée.

_C’est au sujet de ce Nataniel et de mon fils ? demanda le père. De l’altercation qu’ils ont eue entre eux hier soir ?

_Quand a-t-elle eu lieu, cette altercation ?

Le père nous expliqua que ce matin, ils avaient reçu un coup de fil du proviseur du lycée Alphonse Benoît. Leur fils et Nataniel s’étaient battus après la pièce de théâtre, où ma Claire jouait, laissant leur fils pratiquement inconscient. Nataniel avait disparu sans laisser de trace.

_Ça s’est passé vers… onze heures du soir.

« Impossible… »

Un frisson me parcouru le dos, comme une décharge électrique. J’en avais les yeux qui piquaient. Foutue affaire. J’devais vraiment avoir la guigne pour chopper un foutoir pareil.

Pierre lui demanda s’il était sûr. Evidémment qu’il l’était. Sinon, ça n’aurait pas été marrant.

J’ouvris le dossier de photos et les fis glisser. Ils purent voir les parents, le fils, et ses kidnappeurs.

Ils ne reconnurent même pas Nataniel.

_Mon fils devrait bientôt se lever. Si cela ne vous dérange pas, ce serait préférable de ne pas trop lui en dire d’un coup…

Je rassurai les parents sans que la mère s’arrête de pleurer.

« Si ça continue, moi aussi j’vais m’mettre à chialer. »

Des bruits de pas dans l’escalier. Le gamin descendit, la gueule pleine de bleus.

Il semblait pas être surpris d’nous voir. Il nous salua, fit la bise à ses parents et s’assit.

Après un blanc, Pierre explica l’accident au petit, sans lui parler de l’histoire des clandestins.

Fallait d’abord savoir s’il serait surpris qu’on lui dise que celui qui lui avait cassé la gueule avait eu en fait le soir même un accident.

Heureusement pour lui, ça l’étonna encore plus que nous. Il n’était donc pas au courant de c’que faisait son pote et ses parents.

Quand Pierre eut fini, le gamin resta sans voix.

Il posa quelques questions, notamment sur l’accident en lui-même. Puis il en vînt au sujet que je redoutais : l’état de son ami.

_L’enquête va se poursuivre, continua Pierre, dans le but de déterminer les causes exactes de l’accident. En attendant, nous faisons, par mesure de sécurité, garder la chambre de Nataniel.

_Et vous… Dites qu’il est en attente de greffe?

Je pris la parole. Pierrot en avait fait assez. J’m’adressai à la famille entière, pour pas subir le regard du gosse.

_Il faut que vous sachiez que l’accident a été extrêmement violent… Son cœur a été, de même que d’autres organes, endommagé... Par chance, nous avons pu…

Je jettai un coup d’œil sur mon collègue, qui était plongé dans ses papiers.

_Ses parents étaient donneurs d’organes. La greffe aura lieu demain… Les médecins ne veulent pas se prononcer pour l’instant.

La mère pleurait toutes les larmes de son corps, sans doute plus du fait que son fils était mêlé à ça que parce qu’une famille avait été détruite.

Le gamin ne réagissait plus. Le père faisait c’qu’il pouvait pour rassurer les deux.

Je fis signe à Pierre. Fallait qu’on parte. On avait plus rien à faire ici.

Aucun de nous ne parla durant le trajet du retour. De temps en temps, Pierre se frottait les yeux, comme s’il devait avoir honte d’être touché par les sentiments des autres.

Je regardai le paysage défiler. La journée était terminée. J’étais enfin en week end.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3 : Embranchements

 

 

 

 

 

 

Je fermai la porte de la maison, doucement. Quelques pas plus tard, dans la cuisine, je pris Lise par les hanches, et la serrait fort contre moi.

_Ouh… Toi, tu as eu une mauvaise nuit ! Tu me racontes ?

_Après manger, si ça t’dérange pas !

Un moment de silence. Elle savait quelle question j’allais lui poser.

C’était toujours aussi gênant pour nous, même après dix-neufs ans de mariage.

_Et… Comment s’est passée la pièce de Claire hier soir ?

_Ah, ta fille était magnifique dans son costume ! Même pour moi qui n’aime pas le théâtre, c’était vraiment bien. Ils avaient aménagé la cour intérieure du lycée… Bien organisé...

Elle accompagnait comme chaque fois ses commentaires de mouvements de tête. Mais à chaque fois, son regard me le disait, malgré elle :

« Tu as raté le spectacle de notre fille. »

Mon ventre grogna. Je fis mine à Lise que j’allais chercher Claire dans sa chambre.

Je montai l’escalier, arrivai devant sa porte et toquai.

Elle ouvra, totalement exaspérée, comme à chaque fois que je la dérangeais dans son antre secrète.

Elle pouvait s’estimer heureuse. Certains parents prendraient même pas la peine de frapper pour rentrer dans son nid à posters.

Mais je comprenais aussi qu’elle était en colère contre moi. C’était normal.

Alors qu’elle mettait la table, j’en profitai pour me changer et me mettre plus à l’aise.

Je repensai au jeune Nataniel et son regard.

« Tous le même regard. »

Tous ces jeunes que j’avais pu voir dans les accidents de la route, comme Cédric.

C’était après l’avoir vu deux jambes en moins que j’avais demandé à faire de la paperasse.

Même sans jambes, ça n’avait pas empêché mon frangin d’être un super ingénieur.

_Papaaaa !!! meugla une voix depuis le rez-de-chaussée.

Je répondis du même meuglement.

« J’suis eeeen week eeend. »

 

 

 

_J’suis en r’tard!

Vache. J’en revenais pas. Le week end était passé si vite.

La portière de la voiture claqua. Guigui au volant, il traça, toutes sirènes hurlantes.

Apparemment, il y avait eut beaucoup d’agitation chez les Carnicer.

J’avais justement parlé de lui, la veille, à Lise.

_Et ce Thomas sait quelque chose à propos des homicides ?

_Non… Mais j’suis persuadé qu’il a un rapport avec c’qui est arrivé aux Vidal.

_Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

_C’est le seul dans toute la région à avoir eu des rapports sérieux avec un membre de la famille Vidal. Et le pire, c’est que l’soir même de l’accident de Nataniel, Thomas s’faisait agresser par lui, au lycée.

_Oui, ta fille m’en avait parlé, j’avais oublié de te le dire. D’ailleurs, les deux dont tu me parles sont dans sa classe. Elle n’aime pas trop Thomas si je me souviens bien. Trop dans son monde...

_Demain, faudra que j’pense à lui dire de s’éloigner le plus possible de lui.

_Il est dangeureux ?

_Non… Mais tout ça, ça l’est. C’est bien plus gros qu’un accident de voitures. Bien plus…

_Mais tu feras ton travail… N’est-ce pas ?

_Comme j’te l’ai promi le jour où j’t’ai épousé. Oui.

Puis elle glissa sa main sous la couverture et…

Le freinage brusque me fit revenir à la réalité. Devant le portail, une mamie courte sur patte arrêtait pas de gesticuler. Guillaume tenta de la dissuader de venir avec nous, alors que je poussai énergiquement le portail et courrait, main sur la crosse, vers la porte d’entrée.

Avant que j’l’atteigne, un homme l’ouvrit. Je lui demandai immédiatement son identité.

Il était d’un calme inquiétant .

_Je suis le cousin de Thomas. Qu’il y a-t-il de si urgent pour que vous courriez comme cela jusqu’à ma porte ?

Je lui expliquai l’appel de la voisine, alors que Guillaume nous rejoignait.

_Il n’y a rien ici, à part une chaise en miette. Elle a dégringolé de l’escalier…

_On peut entrer ? lança Guillaume.

_Sous quel motif ? Navré, mais je ne puis laisser des individus pénetrer dans cette demeure en l’absence de leurs proprietaires… Et Thomas est au lycée.

Il le regarda avec insistance, avant de revenir lentement sur moi.

_Bon, ben désolé. On s’en va.

Dans le même temps, Guigui fit demi-tour et la porte se referma pratiquement sur moi.

_Qu’est-ce qui t’prend ? Faut vérifier l’intérieur !

Il monta dans la voiture et m’attendit. Je pris le temps de dire à la voisine que ce n’était rien, puis je montai à ma place, sans comprendre.

Peut être que j’avais pas envie de comprendre, que j’voulais seulement… Partir loin.

Sur la route, il rompa le silence.

_J’sais pas ce qu’il m’a prit… J’ai eu comme une sensation qu’il fallait que je parte…

_C’est pas grave. De toute façon… Faut s’occuper des dossiers…

 

 

 

L’après midi entière, jusqu’au soir, chacun de nous se goinfra un, voire deux dossiers. Restait quand même cette histoire du cousin sorti de derrière les fagots qui me préoccupait.

Lorsque j’eus un moment de libre, j’appelai le lycée Benoît pour obtenir les dossiers de Nataniel et Thomas.

_… Merci pour votre coopération… Mais sinon, Thomas est un élève calme ?

_ Il est agréable, d’après ses professeurs. Il a seulement manqué les cours aujourd’hui.

_Non de… !

Je raccrochai le téléphone au nez d’la femme.

_Guillaume ! Le cousin, j’le sens pas !

Je pris ma veste. Mon pote fit pareil. J’avais jamais en si peu de temps entendu autant ce foutu gyro. Il m’explosait les tympans à force.

Il faisait déjà nuit lorsqu’on se gara de l’autre côté du rond point qui cachait l’entrée du lotissement. On allait vérifier discrètement si tout allait bien, puis partir comme on était venu.

Le temps de faire le tour du rond point à pied, une voiture sorti de chez les Carnicer.

Guillaume se pencha vers moi, en chuchotant.

_… Mon médecin de famille ! Tiens, regardes. La voiture des parents est là.

On se glissa à l’intérieur du jardin, puis nous allâmes jusqu’à regarder par la fenêtre. Les parents mangeaient à table, la télé allumée. Le gosse n’était pas là, lui.

Mais tout avair l’air normal. Sauf nous. Jusque dans la voiture, nous gardâmes le silence. Et encore, une fois à l’intérieur, on ne parla pas non plus.

_L’affaire va être classé, Didier. Depuis le début, on va à gauche à droite… Enfin voilà quoi. Le commendant veut pas d’une merde noire. Et moi non plus.

_J’comprends.

Ca me foutait mal au cœur de pas honorer correctement ma promesse. Mais il y avait des limites à c’que j’pouvais faire.

Guillaume tourna la clef et mis le contact attendant de pouvoir démarrer.

_Attends, arrêtes !

_Quoi ?

Je montrai du doigt l’toit de l’immeuble en face. Même s’il f’sait pratiqu’ment plus jour, on y voyait assez.

C’qui s’trouvait là était sûrement notre principal suspect. J’pensai à Claire. Elle devait être dehors à cette heure-ci. Et cette chose pouvait aussi s’en prendre à elle.

_Puuuutain de…

La respiration de Guillaume s’embala. Moi-même, j’avais du mal à garder mon calme, mais j’étais scotché.

Un truc énormissime. Voilà c’que c’était. Ca bougeait, c’était vivant. On était plus du tout dans l’hypothèse de la mise en scène, là. Là, on avait du concret. Un concret avec un bras comme mes deux cuisses en appui sur l’extremité du toit, tourné vers la maison Carnicer.

Dans les deux cents kilos, vu ses muscles, il était encore assez ramassé pour passer une porte, enfin, plus ou moins. Son crâne était allongé, avec des oreilles en pointe, presque comme un doberman. Le ciel lui donnait une teinte rougeâtre… A moins que c’ne fut sa couleur de peau.

J’avais du mal à discerner la taille de c’monstre, mais il semblait pas assez gros pour l’incident de Marseille.

« Il y en a d’autres... »

_On se casse, on se casse !!

_Ta gueule, Guigui ! Il va nous voir !

Les massacres en Chine, à Marseille, ici… Si les clandestins étaient venus sauver les Vidal ?

J’imaginai petit à petit toute l’histoire.

« Les parents morts dans leur lit, le sang dans la chambre, les griffures, le béton éclaté, la voiture… »

Le parents s’étaient donc fait surprendre par ces… Choses. Mais avant que ça chope le gosse, les autres étaient venus et avaient quitté la maison… Seulement les machins les avaient rattrapés et voilà. Guillaume était complètement paniqué. Il fallut que je l’attrape pour qu’il me r’garde.

_On doit renforcer la sécurité de Nataniel ! Et il faut protéger l’autre gosse !

_Et avec quoi ? Avec quoi !? T’as vu ce… Truc ! Tu fais c’que tu veux, mais moi, j’me casse !

_Ok… Démarre doucement, et on part feux éteints…

Ils s’en étaient prit à la famille Vidal. Mais si c’était le gosse qu’on avait voulu sauver, alors il devait être spécial. J’irai le voir, à l’hôpital. Mais d’abord… D’abord, j’parlerai à Lise.

« Elle, elle saura. »

Le paysage défilait devant mes yeux. J’avais peur. Mais c’qui était arrivé aux Vidal pouvait m’arriver à ma famille et moi, à celle des Carnicer.

_Didier ! Me dis pas que tu vas continuer après ce qu’on a vu !?

_Désolé, Guigui. Mais j’vais pas lâcher les deux gosses maint’nant.

Je savais pas comment, mais j’allais les protéger. Quoiqu’il arrive.

_Et tu vas faire quoi !?

_J’vais honorer ma promesse.

J’voyais déjà la suite. Le labo nous dirait qu’le sang d’la chambre était chelou. L’enquête serait divisée en deux : d’un côté, l’accident foireux, et de l’autre, le cambriolage-enlèvement, qui l’était tout autant. J’irai veiller sur les gosses après l’service –voire pendant. Un gars de la D.S.T. viendrait nous dire bonjour et j’me f’rais butter en portégeant l’second gosse.

P’tet. P’tet pas.











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14/08/2007
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